Portrait de Laurent Brun, le lyonnais à la tête de la CGT-Cheminots

Originaire de Lyon, Laurent Brun est un quadra qui accroche des grèves record au palmarès de la CGT-Cheminots
 
Il est, comme Donald Trump, de haute stature et a le goût des complets sombres sur chemise blanche et cravate rouge, mais la ressemblance s'arrêtera là: "ce sont bien les seules choses qu'on partage", s'amuse Laurent Brun, le jeune leader de la CGT-Cheminots, qui décore son bureau avec un buste de Lénine.

Depuis janvier 2017 à la tête du premier syndicat de la SNCF, ce fils et petit-fils de cheminots à la barbichette soignée a épinglé en moins de trois ans deux grèves historiques à son palmarès:
-Celle en cours contre la réforme des retraites, ininterrompue depuis le 5 décembre (la plus longue en continu devant le conflit de l'hiver 1986-87).
-Et celle du printemps 2018 contre la réforme ferroviaire, qui avait totalisé 36 jours de grève par épisodes étalés sur trois mois, sans réussir à stopper le vote de la loi. 

La grève actuelle, entrée jeudi dans son 29e jour? "Je ne pensais pas que cela durerait aussi longtemps et que cela serait aussi fort au niveau interprofessionnel. Le gouvernement a réuni les conditions pour ça", déclare Laurent Brun à l'AFP.

Âgé de 40 ans, originaire de Lyon, il sera en mars prochain candidat à sa propre succession au poste de secrétaire général de la puissante CGT-Cheminots. Une fonction avant laquelle il "ne portait jamais de costume" mais "s'habillait plutôt comme un sac", raconte ce célibataire sans enfant.
Lors de la grande grève emblématique de 1995 à la SNCF, qui a fait plier le gouvernement Juppé, rengainant sa réforme des retraites, il avait "16 ans et était au lycée", se souvient-il. "Pendant cette période et toutes les grandes grèves en général, c'était le tour de vis à la maison", où l'emploi paternel apportait "le principal salaire", tandis que sa mère était "assistante maternelle", précise-t-il.
 

Encarté au PCF


S'il est issu du sérail cheminot, Laurent Brun ne pense pas tout de suite à rejoindre la SNCF. Après un bac S et "une année de biologie à l'université", il réalise que "les études longues, ce n'était pas (son) truc". Alors "je me suis mis au travail", sans connaître le chômage. Il reste "environ un an chez Carrefour" comme caissier et "envoie des candidatures spontanées" à différentes entreprises, "EDF, des banques, la SNCF..."
Contacté par le groupe ferroviaire, il y entre "en 2000 comme agent de mouvement au fret", à la gare de Lyon-Perrache, là où sera construit plus tard "un centre commercial". 

Mais celui qui, depuis ses 18 ans, est encarté au Parti communiste est très vite gagné par le virus du militantisme syndical. Dès 2005, il quitte les quais de la gare et devient "permanent syndical" à la CGT-Cheminots locale.
Cela fait "une carrière courte à la production" pour cet "apparatchik de la CGT", souligne un brin critique un syndicaliste du secteur ferroviaire.
"C'est quelqu'un de têtu, absolument pas ouvert d'esprit ni au compromis, sauf s'il y est forcé", affirme un autre syndicaliste. Non, "il peut être conciliant", assure un troisième. "Il dirige le premier syndicat représentatif et se comporte en tant que tel", relève un quatrième.

D'aucuns lui prêtent des "ambitions nationales à la confédération à Montreuil" (le siège de la CGT). C'est "l'homme de l'appareil CGT, un pur produit de ce système. Pour lui, il n'y a que la CGT qui compte", insiste une autre source syndicale. "Sous les traits de la jeunesse, un vieux stalinien comme on en fait plus. Il décide et impose sa décision", accuse-t-elle. 
A ceux qui le taxent de stalinisme, Laurent Brun tacle: "Je n'ai jamais envoyé de camarades au goulag. Quand on nous sort l'URSS ou Staline, c'est qu'on n'a plus d'arguments." Mais ce fils de parents communistes revendique l'héritage de Lénine, dont "les écrits sont toujours d'actualité", juge-t-il, "éclairants et intéressants pour se poser des questions".
 
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