Professeur Olivier Revol : un surdoué au chevet des enfants HPI... et au secours de leurs parents

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Écrit par Yannick Kusy (@yannkusy) Propos recueillis par Alain Fauritte

A Lyon, le professeur Olivier Revol, neurologue et pédopsychiatre, est spécialisé dans l'écoute et l'accompagnement des enfants HPI, ou surdoués. Sur le plateau de "Vous êtes formidables", il raconte qu'il a lui-même été l'un d'eux. Et explique comment les aider à grandir.

« Vous savez que j’étais attaché, quand j’étais petit ? » Rencontre étonnante avec le grand spécialiste de l’hyperactivité et de la précocité intellectuelle. Médecin, neuropsychiatre et pédopsychiatre, le docteur Olivier Revol est chef du service de psychopathologie du développement de l’enfant et de l’adolescent aux Hospices civils de Lyon.

Né à Lyon, Olivier a lui-même été un enfant hyperactif. « Mes parents me le rappellent régulièrement. Petit, on me prenait dans la rue avec un harnais et une laisse. On ne voit plus cela maintenant, mais cela me protégeait », justifie-t-il. « Je crois que, quand on a un enfant hyperactif, on s’inquiète pour lui. Ce n’est pas parce qu’il est mal élevé. Il ne le fait pas exprès. C’est comme ça. »

Avec le recul, Olivier Revol réalise aujourd’hui qu’il était un enfant différent des autres. « A l’époque, ce n’était pas le cas. On a l’impression que tout le monde est comme ça, a besoin de bouger, coupe la parole, ne prête pas attention à ce qu’il va dire. Et puis, petit à petit, on se rend compte que cela ne plait pas. Alors on réalise qu’il y a un problème. » On se sent également rejeté, mais on ne sait pas pourquoi. « On s’interroge sur ses éventuelles erreurs, alors qu’en fait, c’est au-delà du contrôle de notre volonté. »

Hyperactif : atout ou handicap ?

« J’adore cette question ! », s’enthousiasme le professeur. Ses petits patients et leurs parents la lui posent régulièrement. « Je leur dis : ce que l’on va faire, mon grand, c’est essayer de transformer ton hyperactivité et proactivité. Tu as la chance d’avoir une énergie renouvelable. On va essayer d’en faire une force. »

Notre interlocuteur a vécu une période où cette énergie était moins facilement identifiée. « Mes parents étaient médecins. Mais ils ignoraient que l’hyperactivité pouvait être un problème d’origine neurologique. » Ils affrontaient donc les mêmes difficultés que bon nombres de parents. « Lorsqu’on est convoqué par l’école ou les profs parce que votre enfant a ce type d’attitude, ce n’est pas facile. Beaucoup me le disent : ils se sentent remis en question en permanence à cause de ce problème. »

Tu as la chance d’avoir une énergie renouvelable. On va essayer d’en faire une force

Rétrospectivement, Olivier Revol reconnaît qu’il a sans doute suivi des études médicales pour « essayer de trouver dans le cerveau l’origine de mes difficultés. En réalité, je ne savais pas quoi faire d’autre ! Je n’étais pas brillant à l’école. J’ai eu mon bac à 16 ans et, ne connaissant que le milieu médical dans lequel je baignais, j’ai fait ça… un peu, aussi, parce qu’on me disait que je n’y arriverai jamais. C’était un challenge », ajoute-t-il.

Etudier le cerveau au Canada

Après quelques études à Lyon, il rejoint Montréal en 1995. « J’étais déjà praticien hospitalier et pédopsychiatre depuis deux ans. Je voyais beaucoup d’enfants, avec des problèmes d’apprentissage, d’agitation. Et on se limitait souvent à leur dire que c’était de leur faute. Donc je suis parti au Québec faire un Master2 de neurologie, pour voir comment le cerveau fonctionne. » Il savait que les canadiens avaient de l’avance sur certains sujets. « J’ai découvert un pays de cocagne. Un endroit où l’on prenait un enfant dans sa globalité. Pendant 6 mois, à l’hôpital de Montréal, j’ai appris que l’on pouvait avoir des problèmes d’apprentissage pour des raisons neurologiques. Je suis rentré et j’ai diffusé ça en France », résume-t-il.

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Olivier Revol répond à la question "fort minable" ©présenté par Alain Fauritte

Il entre alors dans la « mécanique » de la neurologie. « L’hyperactivité, ce n’est pas une maladie. C’est un symptôme, comme la fièvre. Quand on m’amène un enfant de 6 ou 8 ans qui est agité, et que ses parents me demandent de lui donner un médicament, je temporise. » Il s’explique : « Avant de traiter un enfant qui a de la fièvre, je vais l’ausculter. Et bien, c’est pareil. L’hyperactivité peut avoir une cause neurologique –on parle alors de Troubles Déficitaires d’Attention et Hyperactivité (TDAH), mais il peut aussi tout simplement s’agir d’un enfant anxieux, déprimé, mal élevé. La mission d’un médecin consiste à ne pas avoir d’à priori. Et simplement de comprendre pourquoi cet enfant… bouge. »

Enfant précoce, hyperactif, surdoué ?

Il existe parfois des liens entre l’enfant hyperactif et un éventuel haut potentiel intellectuel (HPI) « C’est le cas lorsque l’enfant à haut potentiel -qui a donc un Quotient intellectuel (QI) supérieur à la norme- s’ennuie tellement à l’école qu’il bouge. Mais la première question que je pose aux parents, c’est de savoir s’il bouge partout, et depuis toujours ? » Il prend son cas personnel « Mes parents ne pouvaient pas me changer sur une table à langer parce que je risquais sans cesse de tomber !», s’amuse-t-il. « Quand on est un « vrai » hyperactif, on est né avec, on grandit avec et…on va mourir avec. Là, c’est une maladie neurologique. »

C’est la première fois au monde que nos enfants nous apprennent des choses. Ce qui peut donner l’impression d’avoir affaire à des surdoués.

Source de fierté pour les uns, et d’inquiétudes pour les autres, beaucoup de parents fantasment souvent à l’idée d’avoir un enfant HPI. La réalité montre qu’ils ne représentent, en fait, qu’environ 3% du total. « Il n’y en a pas davantage qu’avant. Mais aujourd’hui, les enfants sont connectés. Ils savent plus de choses que leurs parents. Et c’est nouveau, dans l’histoire de l’humanité. C’est la première fois au monde que nos enfants nous apprennent des choses. Ce qui peut donner l’impression d’avoir affaire à des surdoués. En fait, ils ont simplement grandi avec une technologie que, de façon intuitive, ils savent utiliser. »

Reste que les HPI, ou enfants surdoués, sont différents des autres. « Ils traitent les informations beaucoup plus vite, avec une lucidité plus importante. De fait, ils ont une sensibilité particulière. Ils ont une sorte d’effet loupe : ils voient tout plus gros. Ils amplifient tout ce qui leur est dit. Tout est exagéré, excessif. Cela les met un peu un décalage dans leurs relations sociales. »

Une pensée en "arborescence"

Il y a quelques années, le professeur Olivier Revol a mené une étude en passant 80 enfants dans une IRM (Image à résonnance magnétique). « Il s’agissait d’une IRM fonctionnelle. Les enfants qui sont dans la machine effectuaient des petits jeux-test. Et on observe à quelle vitesse ça s’allume dans leur cerveau. » Une expérience qui a permis de confirmer que les HPI utilisent différemment leur cerveau pour traiter l’information.

« Si vous posez une question à un enfant « normal », son cerveau va solliciter précisément la région correspondant à sa mémoire à long terme. Tandis que l’enfant HPI va enclencher directement… l’ensemble de son système, soit les régions visuelles, olfactives, auditives. Cela lui donne des souvenirs qui lui apportent la réponse. Il a une réponse immédiate, sauf qu’il ne sait pas comment il a fait. » On parle d’une pensée en arborescence. Un fonctionnement global et automatique qui passe plutôt bien à l’école primaire. C’est ensuite que les choses se corsent. « Quand il arrive en 6ème, il n’est pas capable d’expliquer son raisonnement. Et cela ne passe plus…», avertit le spécialiste.

Le regard fixé dès la naissance

Une telle différence peut en effet être un handicap, si elle est méconnue. « A partir du moment où c’est compris et expliqué à l’enfant lui-même, ça devient plutôt un atout. Pour lui et pour les autres», précise Olivier Revol. Pour identifier un tel enfant, il faut d’abord faire un test de QI, possible à partir de l’âge de 3 ans. Mais il serait possible de s’en rendre compte bien avant. « La majorité des parents d’enfants HPI me le disent. Dès qu’il est né, ils ont remarqué une particularité. Leur enfant les fixait. Alors qu’en principe, la fixation du regard n’est acquise qu’après un mois. Disons que c’est un bon indice », confirme le docteur Revol.

D’autres signes peuvent alerter durant l’enfance. Notamment en classe de 5ème. « En maternelle et en primaire, l’enfant HPI a soif d’apprendre seul. Ses réponses sont immédiates. Il reçoit de bonnes notes. Lorsqu’il passe en 6ème, il est content de changer de vie, et ça se passe bien. Arrivé en 5ème, se pose pour lui le problème de la routine. Et surtout, un décalage commence à s’installer avec les autres enfants. C’est là qu’on peut s’installer du harcèlement. C’est la classe la plus compliquée pour eux », avertit Olivier Revol.

Surdoué agité ou ado tourmenté ?

Attention à ne pas tout confondre. Il est également possible de confondre le mal-être d’un enfant Hpi avec la crise d’adolescence d’un enfant classique. « La crise d’adolescence est simplement un tournant dans la vie. D’un seul coup, le corps est inondé par les hormones qui vont faire flamber les émotions. Ca entraîne des oppositions aux parents, et des questionnements par rapport à la sexualité. » Un passage encore plus sensible pour les enfants HPI, victime de l’effet loupe. « On connaît bien les montagnes russes émotionnelles des pré-ados ou ados HPI ! »

Les enseignants ont fait beaucoup d’efforts pour se former sur ces sujets

Dans l’environnement des enfants dits surdoués, les enseignants peuvent jouer un rôle prépondérant. « L’école est un incroyable observatoire. Les enseignants ont fait beaucoup d’efforts pour se former sur ces sujets. Ils sont là pour alerter sur l’attitude de l’enfant, un éventuel décalage entre sa participation à l’oral et sa restitution à l’écrit, par exemple. Les HPI n’aiment pas écrire. On n’écrit pas aussi vite que l’on pense ! » Pour le professeur Revol, un enseignant sensibilisé à ces sujets va pouvoir rétablir la vérité, déculpabiliser l’enfant sur ses attitudes et alerter pour faire un diagnostic.

Le Covid a lui-aussi compliqué les choses. « Je suis frappé par la hausse des phobies scolaires en général, que l’on appelle maintenant les « refus scolaires anxieux ». Pendant 6 mois, on a donné des cours à la maison. Et tous les enfants à besoin pédagogique particulier, tels que les dyslexiques ou les Hpi, ont vu qu’il était possible de travailler à leur rythme, avec des aménagements à domicile, à l’abri de tout harcèlement potentiel… En résumé : un autre système de formation. Reprendre l’école après les deux confinements a été très compliqué pour eux », constate le professeur.

Ecouter les parents

Lorsqu’il reçoit les parents de ces enfants potentiellement Hpi, Olivier Revol prend d’abord le temps de les écouter, avant de poser un diagnostic. « Toujours beaucoup d’humilité. On ne sait jamais, et on peut toujours se tromper. Une fois les sources de problèmes identifiées, on donne des conseils éducatifs aux parents. Plus que les autres, il a en effet besoin d’un cadre et de limites. »

Un cadre qui touche à toute sa vie quotidienne. « Envoyer se coucher un enfant Hpi est très difficile. Il a tellement de choses à faire. Si on arrive pas à le limiter enfant, lorsqu’il est plein de questionnements, ce sera encore plus compliqué plus tard. Plus globalement, je confirme à ces parents qu’ils ont un enfant pas tout à fait comme les autres, mais que, comme les autres, c’est d’abord un enfant…. »

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