Mort d'Axelle Dorier : "Plus je courais et plus il y avait de traces de sang" ses frères racontent la nuit du drame

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Procès Axelle Dorier, ses deux frères témoignent pour la première fois ©FTV

Axelle Dorier avait été traînée sur 807 mètres dans la nuit du 18 au 19 juillet 2020 à Lyon. Le conducteur et le passager de la voiture sont jugés devant la cour d'Assises du Rhône du 17 au 20 janvier

À quelques jours de l’ouverture du procès de l’homme qui a tué leur sœur Axelle, Evan et Théo Dorier racontent la soirée du drame. Depuis, la famille « survit », son « monde s’est arrêté » selon les mots de Théo. Axelle leur manque, « c’était vraiment un rayon de soleil ».

En cette soirée du 18 juillet 2020, il fait chaud. Axelle, Evan et Théo fêtent leurs anniversaires au parc des hauteurs, près de la basilique de Fourvière. Eux sont jumeaux, elle est leur aînée de deux ans et un jour. Ils ont invité plusieurs dizaines de personnes. Tout le monde a hâte de se retrouver après des mois de confinement. Prudente, la fratrie organise cela en plein air. Axelle a même demandé à chacun de venir avec boissons et gobelets pour éviter de se contaminer.

Evan se souvient que « ça se passait super bien, on rigolait, il y avait une super bonne entente. On s’amusait tellement que personne n'a pensé à prendre de photo de la soirée ».

La cassure 

À proximité de leur groupe stationnent trois voitures. Leurs occupants décident de quitter le parc. En tête de cortège, une Twingo noire avec quatre jeunes femmes à son bord roule sur le chien d’un invité de la soirée. Le véhicule ne s’arrête pas. C’est à ce moment-là que Théo identifie « la cassure entre le bonheur et, d’un coup, le drame. Une cassure qui était très très violente ». Un mouvement de panique s’empare des jumeaux et de certains de leurs amis. Ils courent après la Twingo et la bloquent à la sortie de parc. C’était « pour leur faire comprendre ce qu’elles avaient fait ». Dans le même temps, le reste du groupe vient au secours du chien et tente de calmer son propriétaire, « très en colère » selon Théo.

Le conducteur de la Golf force le passage

Evan se souvient : « On est une vingtaine autour de la Twingo, à l’entrée du parc ». C’est à ce moment-là qu’arrive le deuxième véhicule du cortège, une Golf. « Le conducteur voulait sortir mais ça ne nous préoccupait pas. Des personnes nous ont ensuite dit qu’ils étaient très agressifs en disant « on s’en fout, on part, on les connaît pas ces filles, laissez-nous partir ! ».

Selon Evan, personne ne faisait attention à la Golf. Ses occupants « ont décidé d’avancer malgré cela ».

Le conducteur passe du côté du groupe où il y a le moins de monde selon Evan. Néanmoins, quelques personnes sont « insultées et ont failli être renversées » et « courent derrière la voiture » qui tourne à gauche en sortant du parc. Le chauffard l’ignore, il vient de s’engager dans l’impasse qui mène au pied de la tour métallique de Fourvière. Le groupe suit le véhicule. « Je vois ça, j’y vais aussi pour apaiser les tensions » assure Evan. « Un ami d’Axelle s’embrouillait avec le passager. Pendant ce temps, le conducteur manœuvre pour faire demi-tour avec les personnes autour. Il ne semblait pas du tout se soucier des personnes devant ou derrière. Il a tapé Théo en marche arrière. »

Tout le monde était pétrifié 

À cet instant où il est derrière le véhicule, Théo a « le souvenir de voir la robe rouge d’Axelle une dernière fois ». Elle est percutée. Elle s’accroche au capot. Le véhicule s’arrête, Axelle tombe. Elle tente de se relever. La voiture redémarre et l’emporte. « Plus d’Axelle ». « Je regarde à droite, les gens qui étaient à côté. Je vois leurs visages figés. Il n’y a plus rien. Ils sont sous le choc. Très, très choqués, plus un mot ne sort de leurs bouches et c’est les filles de la Twingo qui disent « ils l’ont emportée, ils lui ont roulé dessus ». Théo n’y croit pas.

Evan arrive. Il ne comprend pas. « J’ai vu que personne ne répondait quand je demandais où était Axelle. Tout le monde était pétrifié. Et j’ai vu les traces sur le sol et j’ai compris que quelque chose de grave était arrivé. » Evan part alors en courant. Il veut retrouver sa sœur. Comme son frère, il n’y croit pas.

« Je me disais, c’est pas possible ». Au fil de sa course, Evan se rend à l’évidence. « Plus je courais et plus il y avait de traces de sang. À un moment donné, il y avait un nid-de-poule sur le sol et beaucoup de sang, et des cheveux de ma sœur, des morceaux de tissus. J’étais effondré, paralysé ». Dans sa course, un ami d’Evan l’encourage à continuer, pour aider Axelle. Ils ne s’arrêteront pas de courir jusqu’à la découverte macabre du corps sans vie d’Axelle, dans un caniveau. « Je me suis approché d’elle et j’ai vu tout de suite qu’elle était décédée. Après, c’est très confus ».

Evan est ensuite rapidement rejoint par Théo, qui a prévenu sa maman. Ne comprenant comment sa fille a pu disparaître, elle le rappelle. Il décroche, « Maman, Axelle est morte ».

Dans l’attente du procès

Mardi 17 janvier, s’ouvrira le procès contre le conducteur et le passager de la Golf. Youcef Tebbal, qui était au volant, devra répondre des chefs d’accusation de violence avec usage ou menace d’une arme ayant entraîner la mort sans intention de la donner et délit de fuite. Le passager, Mohamed-Amine Yelloule, de non assistance à personne en danger.

De ce procès, Théo Dorier en attend « beaucoup de la part des accusés », espérant « qu’ils vont se rendre compte de ce qu’ils ont fait. Qu’ils disent la vérité ».

Evan n’en espère pas tant. « Leur version a changé à chaque fois que les preuves les contredisaient. Même eux ne sont pas raccord. Ça me prouve juste qu’ils n’ont aucun remord et qu’ils ne pensent qu’à eux ». Son seul espoir : « que j’aurai les mots et la force ».

La position de la défense

Pour le père d’Axelle, Pierre Dorier, Youcef Tebbal avait l’intention de donner la mort. « Les quatre filles disent que le redémarrage était volontaire. Pour nous c’est un meurtre. Ils n’ont laissé aucune chance à Axelle. Sa vie, pour eux, n’avait aucune importance. La seule chose qui leur importait, c’était de quitter les lieux car la police était prévenue (Le permis de conduire de Youcef Tebbal était suspendu)».

Une accusation que réfute David Metaxas, avocat de Youcef Tebbal. Il explique que son client et son cousin ont voulu défendre les jeunes femmes dans la Twingo. Dans l’impasse, l’un des membres du groupe, selon son client, serait monté sur le capot avec un couteau. Encerclé par une vingtaine de personnes, Youcef Tebbal aurait paniqué et aurait percuté Axelle Dorier sans s’en rendre compte. Si le prévenu s’arrêtait puis redémarrait à plusieurs reprises durant sa course, c’est parce qu’il pensait que son véhicule avait une panne moteur, assure sa défense. 

Les débats dureront quatre jours devant la cour d'assise de Lyon. Le verdict est attendu vendredi 20 janvier, en fin de journée.

 

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