Témoignage. Journée mondiale contre le sida : "Stop à la prévention par la peur !", François, séropositif depuis ses 18 ans

Publié le Écrit par Marie Bail

François est séropositif depuis ses dix-huit ans. Il a d'abord vécu le VIH comme l'effondrement d'un monde et de ses possibles. Puis comme un chemin à tracer pour s'ouvrir aux autres et témoigner de la séropositivité.

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"J'ai appris ma séropositivité par hasard, lors d'un contrôle anodin.", raconte François. Aux balbutiements de sa sexualité à 18 ans, il décide de passer un bilan sanguin, le deuxième de sa vie. Lui, pensait que le VIH "c'était pour les autres".

"J'y allais pour du préventif, incité par mon oncle qui était en charge d'un laboratoire médical à l'époque, je suis ressorti en étant positif.", se rappelle François.

"Un monde qui se ferme"

Quand François apprend sa maladie, être séropositif représentait une fin. D'un monde, parfois d'une vie. "Je n'ai pas connu les tragédies des années 1980 et 1990 mais apprendre si jeune que l'on est positif, c'était tout de même un monde qui s'écroule". L'émotion est encore là, pas si lointaine malgré les années. François se racle la gorge : "Je ne parle pas beaucoup de cette période". Il s'excuserait presque de ne pas avoir assez témoigné, alors qu'il a pourtant dû se taire longtemps.

Au début des années 2000, la séropositivité reste vue comme un tabou et les médecins recommandent au jeune François de garder cette information pour lui. Il se sent enfermé dans un secret qui s'installe, sauf avec les plus proches et "un ou deux amoureux". François apprend à qui il doit confier sa maladie et à qui la cacher. Certains partent, inquiets, même si globalement il se sent bien entouré. D'une voix calme et douce, François explique aujourd'hui n'en garder aucune rancœur : "tout le monde n'est pas en capacité de recevoir ce genre d'information".

On nous disait de nous taire, qu'on ne pourrait pas avoir une vie normale, pas acheter d'appartement, pas de projets d'avenir.

François

Le Lyonnais, qui a commencé à travailler dès l'âge de seize ans, occupe un emploi dans la restauration, un milieu de contact avec la clientèle. "J'étais obsédé par l'idée de me couper avec du verre brisé, de contaminer quelqu'un, la vue de mon propre sang me terrorisait.", confie le trentenaire.

Plus de la moitié de sa vie séropositive

Petit à petit, cette "épée de Damoclès" transforme François et son rapport à la vie. Il découvre le parcours de l'actrice Charlotte Valandray et son livre "L'amour dans le sang", dans lequel elle révèle sa séropositivité. Cet ouvrage le bouleverse. "Elle montrait que tout était possible, que cette vie éphémère et fragile méritait d'être vécue intensément, sans rien m'interdire", raconte François. Le jeune homme s'inspire du parcours de la comédienne, qu'il rencontrera d'ailleurs. "Ce chemin que j'ai tracé, je ne l'aurais jamais eu en étant séronégatif, de cette faiblesse j'en ai tiré toute ma force", affirme-t-il. Il entreprend de changer de métiers, à plusieurs reprises et de voyager. 

Les avancées de la médecine changent tout comme la perception du virus et de sa prise en charge. Aujourd'hui, les séropositifs vivent une vie normale, même si on ne guérit pas, encore, du VIH. "Avec le temps, tout ce qu'on nous avait pris revient, c'est un espoir immense !", se réjouit François. Il cite cet ami qui a pu avoir un enfant "naturellement", sans transmettre le virus, une source de joie pour le jeune homme.

À 36 ans, François a désormais passé plus de la moitié de sa vie en étant séropositif. Aujourd'hui il reçoit une piqûre tous les deux mois, un moment douloureux qui le fait toujours se sentir "comme un petit vieux avec des difficultés à marcher" mais qui "vaut largement la chandelle".

Son parcours lui a fait passer la porte du Griffon, le centre de santé sexuelle à Lyon en juin 2023. "J'y allais pour parler de mon podcast Vu de ma fenêtre, et je suis sorti avec un CDI", rit François. Devenu médiateur, il est le premier contact des usagers du centre du Griffon. Il les rassure, écoute leurs histoires parfois proches de la sienne, et les oriente vers des infirmiers ou des spécialistes le cas échéant.

Même si la vision sur le virus a changé, Fançois note la persistance de préjugés qui le heurtent. "Quand j'entends qu'il ne faut pas boire dans le même verre qu'un séropositif, je tombe de ma chaise !", s'étrangle François. Il dénonce une "prévention par la peur" :

Les séropositifs ne sont pas des êtres sales, le VIH n'est pas réservé ni aux homos, ni aux prostituées, ni aux drogués.

François

À l’instar de Nico "Super Séro" interviewé dans l'épisode ci-dessus, François affirme qu'il faut informer, encore et toujours. Un rôle qu'il entend bien continuer de jouer.

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