"Une mobilisation historique", France Victimes 69 est en grève pour la première fois de son histoire

France Victimes 69 est en grève pour la première fois de son histoire. L'association est engagée dans l'aide aux victimes d'infractions pénales.

Les appels devaient reprendre aujourd'hui après une journée aux abonnés absents. Ce mardi 4 juin 2024, pour la première fois de son histoire, l'association France Victimes 69 est restée muette. Pas de permanence pour la prise en charge des victimes ce jour-là. "Nous n'avons pas répondu au téléphone", a indiqué Elisabeth Liotard, directrice de l’association Viffil SOS Femmes, depuis huit ans.

Une grève inédite. Pour la première fois de son histoire, l'association France Victimes 69 est en grève et réclame "des moyens adaptés pour fournir une assistance efficace et humaine aux victimes", est-il indiqué dans un communiqué. Les associations VIFFIL SOS Femmes et Le Mas Service Info-Droits-Victimes constituent France Victimes 69. Les travailleurs sociaux et juristes qui œuvrent au sein de ces structures assurent des services d'aide aux victimes du réseau national France Victimes.

"Le prix de l'indécence"

Chez Viffil SOS Femmes, une partie des salariés perçoit depuis un an, une prime mensuelle 183 euros net. Cette prime sera bientôt supprimée. À partir de septembre, prévient Elisabeth Liotard.  L'association la verse à 10 des 50 salariés cette prime "par souci d'équité". 20 salariés sont dans la même situation au MAS, précise-t-elle. La suppression de cette prime est aujourd'hui le révélateur d'une crise plus grave. Chez VIFFIL SOS Femmes, les salariés tirent la sonnette d'alarme dans une longue lettre du 1er juin qui dit toute leur colère et leur détresse. Ces personnels ne veulent plus être les "oubliés du Ségur".

"Ce sont 183 euros net, chaque mois que nous allons perdre, qu'on nous enlève, dont on nous prive. C'est le prix d'une facture d'eau, de gaz, d'électricité. C'est le prix d'un mois de course (....)C'est 10% de notre salaire mensuel (...) C'est surtout le prix de l'indécence, du manque de considération, de la violence (...) C'est le prix de l'ingratitude, de l'oubli, de l'invisibilité quand il manque à notre salaire", écrivent les accueillants du Service d'Aide aux Victimes de l'association VIFFIL SOS Femmes.

Ces travailleurs sociaux et juristes sont présents auprès de toutes sortes de victimes : inceste, accident, erreur médicale, violences conjugales, viol, accident collectif, usurpation d'identité, escroquerie, agression, procès... le champ d'exercice de ces professionnels paraît illimité. En face : une rémunération jugée "indécente".

"Nous recevons chaque jour, chaque semaine, chaque année, des milliers de personnes sur nos permanences ; des femmes, des enfants, des hommes. Toutes et tous victimes. Nous accueillons, nous écoutons, nous informons et orientons. Nous sommes le visage de la justice, de l'Administration, de la Police (..). Qui s'occupe de celles et ceux qui s'occupent des autres ? Qui s'intéresse à celles et ceux qui s'intéressent aux autres ? Qui écoute celles et ceux qui écoutent les autres ?" interrogent les signataires. "On nous demande beaucoup, pour un salaire trop petit dans un silence bien trop grand."

1400 euros nets par mois

La rémunération de ces personnes plafonne depuis des années, faute de revalorisation. "Les salaires sont très bas pour ces travailleurs sociaux et ces juristes. Ce sont des personnes qui ont un bac + 3 ou un bac + 5 et qui perçoivent 1420 euros nets par mois", s'indigne la directrice qui souligne la précarité de ces salariés "en souffrance" et "presque aussi précaires que les personnes qu'elles accompagnent". 

À peine plus élevée qu'un Smic, cette rémunération est inférieure de plusieurs centaines d'euros à certains personnels de justice. "Un éducateur de la PJJ en formation perçoit 1800 euros net par mois", souligne la directrice à titre d'exemple. Cette dernière ne manque de souligner la complexité des missions de ces petites mains du Service d'Aide aux Victimes, des missions qui nécessitent "de l'ancienneté", et "une grande technicité". "Il faut de l'expérience et des personnes compétentes. Ce sont des gens qui aiment leur métier mais ils sont à bout et certains menacent de démissionner", explique Elisabeth Liotard. Mais comment leur en tenir rigueur ?

Ça brasse de dire qu'on a des travailleurs pauvres.

Elisabeth Liotard

Directrice de VIFFIL SOS Femmes

Une situation qui n'encourage pas les vocations. La directrice de VIFFIL SOS Femmes se dit "dépitée", "désespérée" mais "pugnace" : "Je sais le travail remarquable qu'accomplissent ces salariés et leur engagement. Ils ont répondu présent même pendant le Covid. Leur situation s'est dégradée car leurs salaires n'ont pas augmenté," relève la directrice. Face à ces moyens financiers insuffisants, l'association réclame davantage de moyens.

Plus de financements

Si l'association VIFFIL SOS Femmes met fin au versement de la prime de 183 euros mensuels au-delà de fin août, c'est parce qu'elle ne peut pas fonctionner avec du déficit. "L'issue : ce sont des financements. Il faut davantage de financements pour payer ces salariés correctement", indique Elisabeth Liotard. La crainte de la directrice : "ne plus être capable de remplir nos missions".
Une crainte relayée dans le communiqué de presse de l'association départementale et qui explique l'enjeu majeur de cette grève. "France Victimes 69 demande des ressources adéquates pour continuer à fournir une assistance efficace et humaine aux victimes, dans un contexte où les besoins augmentent et sont de plus en plus urgents", indique le texte.

L’association villeurbannaise apporte son aide aux femmes victimes de violences depuis plus de 40 ans. Pour la directrice, la solution devrait venir de la place Vendôme. "Le ministère de la Justice pourrait donner davantage de financements à nos associations. On est aussi un outil de la justice, on est un des instruments de la justice", martèle-t-elle évoquant les permanences auprès des victimes dans les tribunaux, l'accompagnement pendant les procès, la mise à disposition des téléphones "graves dangers" par les salariés du Mas...

Pour son financement, l'association dépend de l'Etat, du ministère de la Justice et "d'au moins cinquante conventions". "C'est la réalité de nos associations, avec des politiques publiques éclatées", résume Elisabeth Liotard.

L'action départementale menée le 4 juin est soutenue par la Fédération qui s'appuie sur un réseau de plus de 100 associations pour mener à bien accompagnement gratuit et global aux victimes. Des missions qui vont de l’aide juridique à l’aide psychologique ou sociale.

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