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Violences conjugales: “Il faut penser l'accompagnement de toute la famille” (Céline Josserand, assoc. Viffil)

Céline Josserand, association Viffil SOS Femmes - 3/9/19 / © France 3 RA
Céline Josserand, association Viffil SOS Femmes - 3/9/19 / © France 3 RA

Dans l'agglomération lyonnaise, l’association VIFFIL SOS Femmes intervient depuis 1979 auprès des femmes victimes de violences. Que pense-t-on des annonces faites lors de l'ouverture du Grenelle des Violences conjugales le 3 septembre dernier ?

Par Dolores Mazzola

Installée dans l'agglomération lyonnaise, l'association Viffil SOS Femmes (Violences Intra-Familiales Femmes Informations Libertés) existe depuis1979. Elle vient en aide aux femmes victimes de violences conjugales et familiales. Elle gère une structure qui fête cette année ses 40 ans et qui gère notamment un centre d’hébergement de 100 places pour femmes victimes de violences et leurs enfants.

A l'occasion de l'ouverture du "Grenelle des violences conjugales", l'association a reçu la visite de Nicole Belloubet, Garde des Sceaux.  La ministre de la Justice a notamment évoqué l'hébergement d'urgence comme "un sujet majeur", lors de ce déplacement dans l'agglomération lyonnaise. Parmi l'ensemble des mesures annoncées le 3 septembre dernier par Edouard Philippe, à l'ouverture du Grenelle, figure notamment la création de nouvelles places d'hébergement d'urgence.

Ainsi, ce sont 1000 nouvelles places d'hébergement et de logement d'urgence destinées aux femmes victimes de violences conjugales qui seront créés. Cinq millions d'euros supplémentaires vont être débloqués pour ces nouvelles places à partir du 1er janvier 2020. Elles viendront s'ajouter aux quelque 5000 places existantes, se déclineront en 250 places "dans les centres d'hébergement d'urgence, pour assurer des mises en sécurité immédiates", et 750 places de "logement temporaire", pour des périodes comprises entre 6 mois et un an, a annoncé le Premier Ministre. Qu'en pense-t-on chez Viffil ?

L'hébergement d'urgence: un pis-aller ?

Pour Céline Josserand, directrice adjointe de l'association Viffil SOS femmes, l'accueil en foyer d'hébergement n'est pas forcément toujours la bonne solution. 
"En cas d'urgence, ça peut être intéressant de laisser les femmes au domicile même si par la suite la dangerosité de "Monsieur" fait qu'il vaut mieux la mettre dans un espace sécurisé". Pour la directrice-adjointe de l'association villeurbannaise, "on est parfois dans une mise en sécurité immédiate parce qu'il n'y a pas de réponse immédiatement et qu'on a à faire à un homme sous mandat de recherche, qui n'est pas là...". Laisser les femmes au domicile conjugale est parfois plus "facilitateur" explique-t-elle : "on demande à Madame de partir avec les enfants et les valises... ce n'est pas simple pour elle".
Pour l'association villeurbannaise, il faut protéger les femmes des violences conjugales mais elle réclame également une prise en charge globale. 
 

Un accompagnement est nécessaire pour toute la famille


La réponse n'est pas toujours adaptée non plus pour les auteurs des violences, selon Céline Josserand. 
"Aujourd'hui, il y a beaucoup encore à faire pour améliorer la prise en charge des femmes victimes de violences. Mais il faut aussi penser la prise en charge de tous les membres de la famille". Elle précise : "les mesures de rétorsion pour les hommes auteurs de violences sont importantes. Il faut vraiment qu'elles aient lieu et que la justice passe. Mais il faut aussi pouvoir les accompagner parce qu'ils restent père, ex-conjoint de ces femmes et potentiellement pouvoir rencontrer quelqu'un et se mettre à nouveau en couple.". En bref : sanctionner mais aussi accompagner pour aider à la reconstruction. Une reconstruction qui doit prendre en charge la famille dans sa globalité. 
"Il faut vraiment prendre tout le monde en charge, et également les enfants." Pour Céline Josserand, on parle très peu des enfants dans ces affaires de violences conjugales. Ils sont pourtant "témoins et victimes directes de ces violences-là. Il faut aussi penser leur accompagnement."
 

Le bracelet anti-rapprochement ... et après?


Parmi les mesures d'urgence annoncées par l'exécutif, le déploiement du bracelet électronique anti-rapprochement semble une mesure positive à Céline Josserand. "L'ensemble des mesures me semblent positives mais la question est : comment vont-elles se conjuguer sur le terrain?" s'interroge Céline Josserand. "Le bracelet est important mais c'est aussi important de pouvoir prendre en charge la personne aussi sur le plan psychologique," insiste-t-elle, " qu'il puisse comprendre son geste et la violence de son geste".
Comment fonctionne le bracelet anti-rapprochement (DEPAR)? Composé d'un bracelet électronique permettant de géolocaliser l'ex-conjoint violent et d'un boîtier dont est munie la victime, ce dispositif permet à cette dernière d'être informée si son ex-compagnon s'approche. Si ce dernier pénètre dans une "zone interdite", une alarme se déclenche automatiquement et permet l'intervention des forces de l'ordre.
 

Police, justice ... besoin de personnel formé et spécialisé


En matière d'autorité parentale, des annonces ont également été faites, comme la suspension de l'autorité parentale pour le conjoint violent en cas de dépôt de plainte. Pour Céline Josserand, cela fait partie des mesures importante mais elle s'interroge : "comment va-t-on faire pour des femmes qui ne déposent pas plainte ?".

Sur cette question, l'exécutif entent proposer une simplification des plaintes et la possibilité pour les femmes de porter plainte à l'hôpital. Une annonce de poids et une bonne mesure pour la directrice adjointe de l'association, "surtout si on a des policiers formés à entendre des femmes victimes de violences; ça va être important de mettre des équipages spécialisés sur cette question"; des policiers capables de comprendre que ces femmes n'en sont peut-être pas à leur premier épisode de violences..."Il y a toutes les violences vécues auparavant et qui sont bien plus graves que ce qui les a conduit a l'hôpital cette fois-ci". Celine Josserand salue aussi l'annonce de "procureurs référents", une avancée : "Un procureur référent sera un procureur formé et spécialisé. Il aura un regard sur toute la situation et sur tous les membres de la famille". 

Les moyens qui vont être débloqués dans un premier temps (5 millions d'euros pour des places d'hébergement) sont-ils suffisants ? Sur cette question Cécile Josserand avance avec prudence : "on manque toujours de moyens mais il faut aussi qu'ils soient bien distribués, qu'ils soient au bon endroit pour qu'on puisse prendre en charge ces femmes de façon pertinente." 

En ouverture du Grenelle, le 1er Ministre a dévoilé plusieurs mesures d'urgence

Le 3 septembre, à l'ouverture du "Grenelle des violences conjugales", le Premier Ministre Edouard Philippe a annoncé différentes mesures dont la création de places d'hébergement, la généralisation du dépôt de plainte à l'hôpital et la nomination de "procureurs référents". Des mesures qui figurent parmi les premières "mesures d'urgence". Marlène Schiappa, Secrétaire d'État chargé de l'Égalité femmes-hommes a annoncé que ce Grenelle des violences conjugales devait durer jusqu'au 25 novembre. Objectif de ces rencontres: faire reculer les violences dont sont victimes près de 220 000 femmes tous les ans et lutter contre le fléau des féminicides qui ont fait pour l'heure 101 victimes, en 2019. 

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