Santé : « Rien ne permet d’affirmer que les particules dans l'atmosphère sont des vecteurs du Coronavirus »

Publié le Mis à jour le
Écrit par Lise Riger

Plusieurs études récentes évoquent le lien entre niveau de pollution et taux de mortalité dû au Covid-19. Le débat divise les experts scientifiques. Une chercheuse grenobloise nous répond.

Le coronavirus serait plus mortel dans les régions les plus polluées.
Les chercheurs du monde entier se penchent sur cette hypothèse et plusieurs études ont été publiées ces derniers jours. Nous avons demandé son avis à Gaëlle Uzu, chargée de recherche IRD (Institut de Recherche pour le Développement) et géochimiste de l’atmosphère à l’Institut des Géosciences de l’Environnement.


Selon plusieurs observations, les zones où l’air est pollué ( souvent des zones très urbanisées avec de l’activité industrielle ) se trouvent être celles qui comptent le plus de victimes du Covid-19. Qu’en pensez-vous ?

Gaëlle UZU
La seule chose démontrée jusqu’à présent, c’est que la pollution atmosphérique crée une susceptibilité chez les gens les plus fragiles, à la santé pulmonaire faible ; Ces personnes sujettes à des bronchites et des problèmes respiratoires sont fragilisées par les polluants. Respirer un air vicié peut accentuer les symptômes du virus, mais pour autant aujourd’hui, rien ne permet d’affirmer que la pollution est un vecteur du SRAS-Cov 2.

Est-ce que le virus pourrait se fixer sur les particules fines, dangereuses pour la santé, et très présentes dans l’air ?

Des chercheurs italiens ont trouvé des copies du coronavirus dans l’air, mais rien ne démontre qu’elles se sont agrégées à des particules atmosphériques (émises par les activités humaines). Cependant, la probabilité que des particules atmosphériques classiques (PM10, PM2.5), qu’elles soient biologiques ou anthropiques ( suies, diesel, etc) s’agrègent entre elles est infime. Il est très difficile de mesurer un virus dans l’air, car il faut réaliser des prélèvements spécifiques. Dans 1 m3 cube d’air, il y a l’équivalent d’au moins 10 000 molécules organiques différentes.

Il faut bien comprendre que l’on respire tous des particules (organiques, inorganiques ou des bioaérosols comme des bactéries, pollens, spores ou virus) et que potentiellement, chacun d’entre nous a déjà respiré des particules de virus mais à des degrés de concentration très faibles.

Le Coronavirus est donc présent dans l’air ?

Oui, il peut vivre dans l’air en moyenne 16h, mais ça ne veut pas dire pour autant qu’il peut vous infecter. L’unité de mesure, c’est un nombre de copies (capables de se répliquer) par m³ d’air. Or, on ne connaît pas pour le moment le nombre de copies du virus à inhaler pour être contaminé. Jusqu’à présent, aucun cas de Covid-19 ayant été contracté dans l’air extérieur n’a été rapporté.


Le déconfinement approche. Peut-on mesurer l'impact de la circulation du virus dans les transports, dans les écoles?

Là encore, toutes les communautés scientifiques ne sont pas d’accord.
Concernant l'air intérieur, les lieux confinés favorisent des concentrations du virus plus importantes que dehors, c’est un constat suivant les données rapportées dans différents hôpitaux et environnement extérieur de Wuhan.

Dans un appartement où vivent plusieurs personnes, il semble très difficile de respecter les gestes barrières par exemple.
L’utilisation du masque va permettre d’éviter de se contaminer les uns les autres lorsque nous sommes en interaction.
Il important d’aérer et de privilégier les contacts en plein air.