3 ans de prison avec sursis pour le policier de Chambéry soupçonné d'avoir matraqué un marginal

Un ancien policier de la brigade anticriminalité (BAC), jugé pour avoir gravement blessé un marginal en 2010, a été condamné à trois ans de prison avec sursis par la cour d'appel de Chambéry, ce jeudi 19 mai. En première instance, il avait écopé de trois ans ferme. 

L'arrêt de la cour d'appel est conforme aux réquisitions de l'avocat général Bernard Beffy qui, à l'audience le 3 mars dernier, avait estimé ne pas voir "l'utilité" d'envoyer le policier en prison.

En mars 2015, Pierre Lombard, 45 ans, avait été condamné à cinq ans de prison, dont trois ferme, par le tribunal correctionnel de Chambéry. En dépit de cette peine réduite, l'avocat de l'ex-policier, Me Max Joly, a indiqué que son client avait l'intention de se pourvoir en cassation.

"Contrairement au jugement devant le tribunal correctionnel, la cour a reconnu une faute grave, détachée du service, et pourtant la peine est moindre", s'est étonné pour sa part l'avocat de la victime, Me Olivier Connille.

Une rixe entre jeunes

Le drame s'est noué dans la nuit du 23 au 24 avril 2010, à Chambéry, lorsque des policiers intervenaient sur une rixe entre jeunes alcoolisés. Malgré sa banalité, l'intervention tournait mal. Des témoins affirmeront avoir vu le policier frapper Mickaël Verrelle à coups de matraque à plusieurs reprises, notamment alors que ce dernier était à terre, ce que Pierre Lombard a toujours contesté.

Lors de l'audience, le ministère public a souligné que le policier avait porté des coups de tonfa (matraque dotée d'une poignée latérale) "absolument pas justifiés" sur la victime, qu'il avait en outre fait tomber à terre par un croche-pied, pointant "une réaction disproportionnée".

Après les faits, la victime, Mickaël Verrelle, 35 ans, a passé plusieurs semaines dans le coma avec son pronostic vital engagé. Le crâne parcouru d'une longue cicatrice, il se déplace aujourd'hui en claudiquant, un bras mort en écharpe, et a de grandes difficultés d'élocution.

L'avocat général a cependant retenu comme circonstance atténuante la personnalité de M. Verrelle, "un ivrogne qui depuis des années perturbe la tranquillité du centre-ville de Chambéry", connu pour sa "mendicité agressive" ou des faits de violence conjugale. Il présentait un taux d'alcool de 3,57 grammes dans le sang au moment des faits.

Immédiatement après les faits, M. Lombard, décrit comme "un très bon flic" par ses collègues, avait rédigé un faux procès-verbal, faisant état d'une chute accidentelle du marginal, un scénario démenti par des images de vidéosurveillance.