Coronavirus : StopCovid, l’application de traçage enfin dévoilée, a été co-développée à Chambery

Annoncée début avril, puis reportée, l’appli mobile destinée à détecter les chaînes de transmission du Covid-19, arrive devant le parlement. L’entreprise savoyarde Lunabee Studio a participé à ce projet controversé.

La Cnil a donné son feu vert à l'application mobile de traçage de contacts StopCovid
La Cnil a donné son feu vert à l'application mobile de traçage de contacts StopCovid © Vanessa MEYER / MaxPPP
Une satisfaction mêlée d’appréhension : c’est le sentiment qui prévaut au siège de Lunabee Studio, à Chambéry. Après des semaines de travail, au bout de dizaines de milliers de lignes de codes informatiques, l’entreprise a relevé le défi : le projet StopCovid est enfin opérationnel. "Nous avons beaucoup travaillé pour développer cette appli en un minimum de temps" indique Olivier Berni, co-fondateur et co-dirigeant de l’entreprise. "Mais nous sommes maintenant dans l’attente de sa réception par les politiques et par le public".

Après avoir été différé le 28 avril, le projet est présenté le 27 mai devant l’Assemblée nationale et le Sénat par Cédric O, le secrétaire d’Etat chargé du Numérique, avant le débat des parlementaires. Sous réserve d’un vote positif, l’application pourrait être disponible dès ce dernier week-end de mai.

 

Une application de "contact tracing"


StopCovid est une application de "contact tracing", c’est-à-dire de traçage numérique de contacts. Téléchargée sur son smartphone, elle permet à l’utilisateur dépisté positif au Covid-19 d’alerter automatiquement les autres utilisateurs qu’il a croisés dans les deux semaines écoulées. Ces derniers peuvent alors prendre leurs précautions et déclencher le processus médical. "Casser les chaînes de transmission du virus", c’est le premier enjeu de cet outil numérique qui vise à compléter le dispositif sanitaire de déconfinement déployé le 11 mai par le gouvernement.

StopCovid s’appuie sur le système de connexion radio Bluethooth des smartphones, en détectant des contacts à moins de 1 m pendant au moins 15 minutes. L’interface directe avec l’utilisateur, c’est la signature de Lunabee Studio. "Nous avons conçu tous les écrans, précise son co-fondateur Olivier Berni. Nous avons tout fait pour que l’utilisation soit la plus fluide et la plus simple possible. Elle est même adaptée aux non-voyants ou mal-voyants". Depuis sa création en 2011, l’entreprise chambérienne s’est taillée une réputation internationale parmi les éditeurs d’applications, notamment avec le logiciel de stockage de mots de passe "OneSafe".
 
Employant treize collaborateurs, c’est le Petit Poucet du projet gouvernemental chapeauté par le ministère de la Santé et le secrétariat au Numérique, et piloté par l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (INRIA). Lunabee Studio a apporté la brique finale parmi une trentaine de contributeurs, publics et privés, avec des géants comme Capgemini, Dassault Systèmes et Orange. Dans la phase de tests, c’est l’armée qui a été sollicitée en avant-première. Une soixantaine de militaires ont essayé l’appli selon différents scénarios (files d’attente, réunions…), précise le ministère des armées, "dans la continuité de toutes ses actions de soutien à la lutte contre l’épidémie", dans le cadre de l’opération Résilience.

Pour le secrétaire d’Etat au numérique, "ce projet est emblématique du savoir-faire technologique français. Et c’est un outil utile, voire indispensable pour compléter le travail manuel des brigades sanitaires". A savoir les salariés de l’Assurance maladie et d’autres personnels de la santé chargés de repérer et de contacter, pour chaque patient testé positif, les personnes potentiellement contaminées par le virus. Et Cédric O le garantit, la protection sanitaire va de paire avec la protection de la vie privée. Car, au-delà de la technologie et de la santé, c’est l’autre enjeu, très polémique, de StopCovid.

 

Une application mobile, cible de critiques tous azimuts


Depuis son annonce le 8 avril, dans une interview au quotidien Le Monde, donc avant sa mise en œuvre, l’application mobile est la cible de critiques tous azimuts, venant de spécialistes du numérique, de juristes, d’associations et bien sûr des partis politiques de tous bords, semant même la zizanie au sein de la majorité. Ses détracteurs redoutent un dangereux précédent, une atteinte aux libertés individuelles, une dérive vers une société de surveillance massive où nos faits et gestes seraient épiés en permanence à travers des algorithmes. Mais pour les défenseurs du projet, toutes ces craintes sont infondées.
 
"Nous n’aurions pas participé au projet sans garantie sur le respect de la vie privée" plaident les développeurs de Lunabee Studio. "Pour nous, c’était la condition sine qua non. La controverse relève beaucoup de la méfiance que peut susciter la méconnaissance de la technologie. En termes de données personnelles, cette appli est sécurisée, elle est beaucoup moins intrusive que des réseaux sociaux comme Facebook".

Et d’avancer les principaux arguments : l’absence de géolocalisation, la sécurité contre le piratage et, surtout, l’anonymat préservé de l’utilisateur, avec des "crypto-identifiants", des pseudonymes éphémères (effacés au bout de 15 jours) et dissociés des personnes. De plus, le public aura accès au "code source", le descriptif qui détaille le programme de l’application. Autre atout pour ses concepteurs, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a donné son feu vert. Elle estime que l’application respecte les dispositions législatives, sous réserve de quelques recommandations, notamment confirmer "un droit à l’effacement des données  pseudonymisées enregistrées".
 
De la Corée du Sud à la Pologne, en passant par Singapour et Israël, sous différentes modalités techniques et sociales, le traçage numérique est pratiqué ou va l’être (il est testé en Suisse) par de nombreux états. Tout le problème, en fin de compte, est qu’il n’existe pas pour l’instant de preuve irréfutable de son efficacité ou… de son inefficacité. Comme son usage est fondé sur le volontariat et l’anonymat et qu’il est soumis à des alea techniques (qualité du smarphone, puissance de la batterie, distance des personnes…), son impact est difficile à évaluer parmi l’arsenal des mesures sanitaires. Par ailleurs, le gouvernement qui a rejeté la plateforme proposée à tous les pays par Google et Apple, reconnaît que StopCovid ne sera peut-être pas compatible avec les autres applications européennes.
 
Les pouvoirs publics en attendent néanmoins un bénéfice rapide au fil de la phase 2 du déconfinement prévue à partir du 2 juin. C’est aussi l’espoir de Lunabee Studio. Comme tous les acteurs privés du projet, l’entreprise savoyarde a travaillé "pro bono", c’est-à-dire gracieusement. Elle s’est engagée dans l’aventure en souhaitant apporter sa "contribution citoyenne et utile" dans la lutte contre la pandémie du nouveau coronavirus.


 
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