Mort d'un policier à Chambéry: les écoutes des accusés sont "confondantes"

Ils sont experts en cambriolages violents avec véhicules volés, se connaissent bien et auraient organisé leur cavale après avoir mortellement percuté le brigadier-chef Cédric Pappatico. Il les avait pris "la main dans le sac", en plein casse du Darty de Saint-Alban-Leysse, en avril 2012.


3e jour du procès, avec Marie Michellier et Jean-Christophe SolariSelon le rapport d'enquête, ce ne sont définitivement pas des amateurs qui sont dans le box, mais de véritables spécialistes du cambriolage. "On a bien à faire à une équipe solide dont la spécialité est de commettre, à l'aide de véhicules volés et faussement immatriculés, des vols avec effraction", a expliqué un des enquêteurs devant la cour d'assises de la Savoie.

Dans la nuit tragique du 10 au 11 avril 2012, sur le parking du Darty, ils sont soupçonnés d'avoir mortellement blessé Cédric Pappatico, avec un 4X4 volé, de type Porsche Cayenne. En revanche, les 5 hommes poursuivis pour "vol avec violence ayant entraîné la mort" nient toujours les faits. 

Des cambriolages de la Franche-Comté au Jura suisse

Ce mercredi 1er juin au matin, lors de ce 3e jour d'audience, un des enquêteurs chargés de l'affaire a raconté le périple des accusés avant les faits. Entre les mois de février et de mars 2012, en Franche-Comté et dans le Jura suisse, ils avaient commis des cambriolages dans des entreprises de fabrication de métaux précieux ou d'horlogerie.

Récit Marie Michellier et Jean-Christophe Solari
Extrait du 12/13 de France 3 Alpes


Des écoutes "confondantes"

L'après-midi, des preuves encore plus accablantes ont été avancées par le 2e enquêteur de la police judiciaire de Chambéry. Il a longuement détaillé la surveillance des téléphones des accusés, qui a duré près d'une année. Un véritable travail de fourmi, pendant lequel la police a surveillé une soixantaine de lignes, souvent provisoires créées avec des cartes prépayées.

Pour les enquêteurs, pas de doute, les écoutes sont "confondantes". Premièrement, parce qu'elles démontrent que les 5 hommes se connaissaient. Et surtout, ils évoquaient le drame au téléphone: "Pourquoi t'as reculé? Tu lui as foncé dedans au 'deck' (policier). Il est mort. On va tous en prendre pour 20 ans."

La surveillance prouve que les accusés se sont retrouvés vers 1h30 du matin, la nuit du drame, au domicile de l'un d'eux, Mohamed Hamied dit "Pouli", en banlieue lyonnaise, à Décines (Rhône), pour organiser leur fuite, au Maghreb et en Espagne. Le 5e accusé a d'ailleurs réussi sa cavale et se trouve toujours en Tunisie.

"T'es au courant de rien, t'as rien entendu"

A sa petite amie, en rentrant chez lui, Mohamed Hamied ordonne d'aller dans la chambre et ajoute: "T'es au courant de rien, t'as rien entendu". Le lendemain, elle entend parler de l'affaire à la radio et comprend alors mieux le sujet de la conversation.

Je peux pas voir mon chéri pour le moment, il a fait une très grosse connerie"


Après sa dernière réunion nocturne, l'équipe va disparaître, se cacher et détruire les puces des téléphones. Mais les petites amies des accusés sont écoutées par la police judiciaire et ont souvent évoqué l'affaire entre elles. Ces conversations prouvent la fuite organisée.

L'une d'elles à une autre: "Je peux pas voir mon chéri pour le moment, il a fait une très grosse connerie et il est parti loin." Une autre explique: "Mon chéri veut partir au bled avec moi pendant un an". Lors d'un appel de son conjoint: "Je vais repasser prendre de la tune pour partir très loin".

Les interrogatoires prévus ce mercredi ont finalement été reportés à jeudi. Les expertises balistiques et du véhicule sont aussi attendues. Le procès se poursuit jusqu'au 10 juin.