“On a le sentiment que les patients sont en danger”, 19 médecins du CH de Chambéry rejoignent la grève des urgences

Mercredi 23 octobre, 19 médecins ont rejoint le mouvement de grève à l'hôpital de Chambéry / © Christophe Pain / France 3 Alpes
Mercredi 23 octobre, 19 médecins ont rejoint le mouvement de grève à l'hôpital de Chambéry / © Christophe Pain / France 3 Alpes

La grève des urgentistes, entamée depuis plus de six mois ne faiblit pas. Mercredi 23 octobre, 19 médecins urgentistes du Centre hospitalier métropole Savoie ont rejoint le personnel paramédical pour afficher leur soutien au mouvement et alerter sur la dégradation du service public.
 

Par Flore Caron

Au Centre hospitalier métropole Savoie, 19 médecins urgentistes ont rejoint mercredi 23 octobre le mouvement de grève qui touche les urgences depuis plus de six mois partout en France. De cette manière, ils affichent officiellement leur soutien à leurs collègues paramédicaux et surtout ils alertent sur la dégradation du service public. Voir le brassard "en grève" autour du bras des médecins est assez peu commun pour être souligné. Une médecin urgentiste de Chambéry (Savoie), qui a souhaité garder l'anonymat, nous livre son témoignage. Elle travaille dans le service depuis plusieurs années et "n'a jamais connu cette situation". 
 

Des médecins qui se mettent en grève, c’est une situation assez rare. Qu’est-ce que ça signifie ?  

Ça signifie qu’il n’y a pas de réponse. Les paramédicaux ne sont pas entendus. C’est triste à dire mais quand les médecins rejoignent le mouvement, les revendications sont souvent davantage prises en compte.
 
 

Est-ce que ce votre engagement auprès des grévistes est nouveau ?

Non, les paramédicaux ont toujours su qu’on les soutenait. Dès le début, on a pensé à les rejoindre mais on ne voulait pas que leurs voix soient effacées derrière les nôtres. Au quotidien, on vit les mêmes choses qu’eux. C’est juste qu’on n’a pas le même salaire. On est une équipe. Nous le teambuilding c’est au quotidien. Ce qu’on vit est difficile et ça nous soude. Il n’y a pas de hiérarchie palpable dans le service des urgences. Tout le monde se tutoie.
 

Vous avez le sentiment que le service public se dégrade…

Je suis fière de travailler dans un service où, quand les gens arrivent, on leur demande ce qui ne va pas et pas ce qu’ils ont dans leur porte-monnaie. Tous les médecins qui travaillent à l’hôpital pourraient gagner plus en travaillant en libéral ou dans le privé. On est là parce qu’on tient au service public. Et actuellement on a l’impression que ça se détériore.

 
 

Que demandez-vous ?

Des lits, plus de personnel et plus de moyens financiers. On est conscients que l’administration de l’hôpital fait des efforts mais le problème c’est que ça ne suffit pas.
Par exemple, il y a quelques semaines, la grève a permis qu’on obtienne des brancards. Mais c’est quand même aberrant de devoir faire grève pour ça. Je ne trouve pas ça normal qu’on ne puisse pas proposer à un patient de s’allonger tout ça parce qu’il n’y a pas assez de brancards disponibles.

D’autre part, à Chambéry, une ligne supplémentaire [un poste, ndlr] a été créée pour la nuit. Au début on s’est dit que c’était bien mais en réalité elle n’est remplie que 50% du temps à cause du manque d’effectif. Quand il y a des congés maladies ou maternité, les soignants ne sont pas remplacés.

Autre exemple : ils n’y a pas de qualification spécifique pour les infirmiers urgentistes. Mais dans les faits, les infirmiers qui travaillent aux urgences sont des habitués. Le problème, c’est que quand on est en manque d’effectif, l’hôpital fait appel à des infirmiers intérimaires, sans faire attention s’il y en a plusieurs le même soir. Ils font ce qu’ils peuvent mais ça ne peut pas fonctionner aussi bien dans ces conditions-là. Tout ça fait qu’on a le sentiment que les patients sont en danger. Surtout en période de forte affluence.



 

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