"On ne veut plus être méprisés" : des bergers font du rap pour dénoncer les conditions d'hébergement en montagne

Le collectif "PastorX & the Black Patoux" dénonce, en musique, les conditions d'hébergement proposées aux bergers par certains parcs nationaux. Dans le morceau "Niche à Chien", Félix Portello dévoile les difficultés d'un quotidien dans 4 mètres carrés... à deux.

Une cabane de 4 mètres carrés, sans toilettes, sans chauffage et pas de gaz pour cuisiner, ni d'eau potable. Un couchage pour deux, quand les chiens ne sont pas rentrés à l'intérieur de l'abris. Voilà les conditions sommaires que veut dénoncer Félix, un berger membre du collectif "PastorX & the Black Patoux", à travers son dernier clip de rap "Niche à Chien", dévoilé ce lundi 27 mars.

"Marcher, c'est pas mon problème. Mon problème, c'est le marché. La vérité, c'est qu'on est assis sur des ressources financières subventionnées sur chaque hectare. Les traders sont devenus montagnards", dénonce l'artiste originaire du Grésivaudan dans ses paroles.

Une situation "insupportable"

Félix veut ainsi mettre en lumière le mal-logement des bergers. Il fustige la politique des parcs nationaux, notamment celui de la Vanoise, qui héliportent des cabanes de 4 mètres carrés pour que les bergers y passent une saison entière : "Avec le récent retour du loup en montagne, on nous demande de surveiller les troupeaux en tous temps : 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. On doit donc rester dans des endroits qui ont été délaissés par l'homme depuis plus d'un siècle. Alors, les parcs nous proposent ces logements d'urgence", explique Félix.

"Mais la situation des loups est pérenne : ils ne vont pas s'en aller bientôt. Alors, nous, nous demandons aussi une situation pérenne, des logements plus durables et soutenables. Nous avons déjà un métier difficile, on demande un peu de dignité humaine", poursuit-il.

"Cette cabane en Vanoise est sur le passage d'un GR très fréquenté en été. Nous n'avons ni toilettes, ni douche. Les randonneurs hallucinent quand ils nous voient faire notre toilette au ruisseau à 500 mètres de notre cabane. On ramène ensuite des jerricans d'eau que l'on doit puiser, puisque les brebis urinent et font leur besoin sur ce même cours d'eau", raconte-t-il en exemple.

Là-haut, dans la montagne, le rap trouve toute sa place.

Félix Portello.

"La situation est devenue tellement insupportable que l'une des deux bergères de la cabane est partie au cours de l'été. Elle a décidé de quitter l'alpage et probablement même le métier. J'ai dû la remplacer", raconte Félix. Outre le parc de la Vanoise, ces "niches à chien" ont aussi été exportées dans les Ecrins et le Mercantour, selon le berger.

Berger avant rappeur

Le morceau se veut être le premier "clip de rap pastoral de l'histoire". Musique urbaine et troupeaux de moutons vont en effet rarement de pair. "La situation était tellement triste qu'on a décidé d'en rire avec la bergère avec qui je cohabitais. On s'est dit, sur le ton de la rigolade, qu'on pourrait en faire une chanson. Puis, par un concours de circonstances, on a vraiment fait un morceau de rap", raconte Félix. "Je ne suis pas du tout rappeur. J'écoute du rap que depuis récemment. Certaines paroles font réfléchir. Là-haut, dans la montagne, le rap trouve toute sa place."

Outre le rap, le projet "PastorX & the Black Patoux", réunit d'autres bergers de différents horizons musicaux. Du chant traditionnel yiddish, en passant par le punk et les chants de marin, le collectif aborde des aspects multiples du pastoralisme : la vie en montagne, la bétonisation des terres agricoles, les conditions de travail des bergers... Un album est en cours d'enregistrement et plusieurs morceaux seront dévoilés tout au long de l'année.

Le collectif a également lancé une pétition en ligne pour demander de meilleures conditions d'hébergement : "On n'en demande pas beaucoup mais 4m² ç'en est trop, on ne veut plus être oubliés et méprisés. On veut des logements dignes et respectueux de notre travail difficile mais passionnant", indique le communiqué.

Une réponse rapide

"L’équipement des alpages reste une dépense conséquente pour les propriétaires fonciers et les éleveurs, ce qui a justifié la mise en place par l’ensemble des parcs nationaux d’une stratégie d’actions pour développer les logements en alpage et de solutions alternatives temporaires lorsque l’urgence le justifie", explique le parc de la Vanoise dans un communiqué.

De nouveaux abris, plus spacieux, sont en cours d'expérimentation dans le parc. Il s'agit du "Tatou", une cabane imaginée par l'Ecole nationale d'architecture de Lyon et l'Atelier Ritz. Cette dernière serait ainsi isolée, équipée de douches, de sanitaires et de chauffage.

"Il est vrai que les abris d’urgence, héliportables, sont particulièrement spartiates. Ils ont uniquement vocation à apporter une réponse rapide et temporaire aux éleveurs. Chaque année, les parcs mettent à disposition ces abris à la demande des alpagistes. Ils sont attribués au regard des besoins de gardiennage au plus près du troupeau en attendant la réalisation d'un ouvrage pérenne", poursuit le parc, qui explique notamment que des restaurations de chalets d'alpage ont été réalisés dans les cinq dernières années.

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