VIDEO - Enquêtes de région: "Le gaz que nous consommons a l'odeur du sang arménien", selon le chef étoilé lyonnais Alain Alexanian

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Écrit par Laurent Mazurier .

Attention: une guerre peut en cacher une autre! En Auvergne-Rhône-Alpes, la communauté arménienne s'émeut de la différence de traitement entre l'offensive russe sur l'Ukraine, qui attire tous les projecteurs, et la guerre que l'Azerbaïdjan mène en toute discrétion contre son voisin arménien. "Ce que ma grand-mère ne voulait plus jamais voir, ce génocide, ces atrocités, sont en train de se reproduire", dénonce le chef lyonnais Alain Alexanian, qui s'est confié à Julien Le Coq pour l'émission Enquêtes de région sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes. A ses yeux, l'Azerbaïdjan aurait obtenu une forme d'impunité des Occidentaux, en échange de son gaz...

C'est l'un des chefs les plus renommés de Lyon. Alain Alexanian est connu pour sa veste orange (couleur empruntée au drapeau arménien) et pour son étoile au guide Michelin, conservée pendant 15 ans dans son restaurant L'Alexandrin dans le 3ème arrondissement de la capitale de la gastronomie.

Aujourd'hui reconverti dans la botanique et les herbes, il a fondé Kamélya, une société qui vend des thés à boire et à cuisiner. Des feuilles d'Earl grey ou des fleurs de jasmin qui n'arrivent plus à lui apporter la sérénité. Car Alain Alexanian est triste et en colère: le pays de sa grand-mère, arrivée en France en 1916, juste après le génocide des Arméniens par les Turcs, est à nouveau en guerre. Une guerre oubliée, inaudible et invisible, totalement occultée par la guerre en Ukraine.

"Comme en Ukraine, il y a un agresseur et un agressé", insite Alain Alexanian. "L'Azerbaïdjan, soutenue par les Turcs, a décidé de s'emparer d'un pays qui ne lui appartient pas, de prendre ses ressources et d'y commettre des massacres. En Arménie, il y a des gens qui sont démembrés, décapités, des femmes qui sont violées, des enfants tués".

La continuité du génocide

Comme toute la communauté arménienne d'Auvergne-Rhône-Alpes, Alain Alexanian ne comprend pas que l'Europe ne se mobilise pas davantage. "C'est bien que, sur l'Ukraine, on ait une vision forte, de l'émotion et même de la compassion. Mais il faut aussi écouter ce qui se passe en Arménie. Et comprendre que c'est la continuité du génocide de 1915 qui est à l'œuvre là-bas".

Le chef lyonnais sait bien que l'indifférence de la communauté internationale s'explique par les questions énergétiques. En décidant de se passer du gaz russe, les pays occidentaux ont été obligés de se jeter dans les bras des autres fournisseurs, dont l'Azerbaïdjan du dictateur Ilham Aliev. "Quand je vais mettre ma chaudière en route, ce gaz aura l'odeur du sang arménien", conclut Alain Alexanian.

La guerre oubliée en Arménie face à la guerre médiatique en Ukraine, c'est le thème de l'émission Enquêtes de région, présentée par Julien Le Coq. Que reste-t-il de l'incroyable élan de solidarité qui avait mobilisé de nombreux habitants d'Auvergne-Rhône-Alpes dès l'invasion de l'Ukraine par la Russie? Que sont devenus les Ukrainiens réfugiés dans notre région? Et ont-ils encore l'espoir de retourner dans leur pays? A Décines (métropole de Lyon), Julien Le Coq est aussi allé à la rencontre d'un spécialiste de droit international et de la directrice des programmes de Radio Arménie, pour qu'ils nous expliquent ce qui se joue dans l'Artsakh (ou Haut-Karabakh), cette province arménienne convoitée par l'Azerbaïdjan, et pour qu'ils nous racontent comment ce conflit est vécu par la communauté arménienne de la région.

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