C’est le thème de la série tournée dans le centre Bretagne, du côté de Rostrenen, dans les Côtes d'Armor. Un secteur jugé désert, parfois snobé par les gens de la ville, parfois mal aimé, en tout cas pas, par ceux qui l’habitent. Eux, sont là pour nous rappeler qu’ils aiment leur région et qu’il y fait bon vivre. Nous avons eu le plaisir d'en rencontrer quelques-uns.

Des sportifs de de haut niveau dans le Kreiz Breizh

Samedi soir, à Rostrenen. C'est au gymnase de Rostrenen, au Pors-Moëlou, que ça se passe. Depuis la rentrée, les deux équipes locales de badminton évoluent en  nationale 1 et 3. Ce soir, l’équipe 1 joue contre Ezanville, leader invaincu au classement, un gros morceau. les tribunes sont remplies de spectateurs. Ils sont 250, du jamais vu à Rostrenen. I

ce sont des artistes


Hervé est fier de son équipe. cet ancien agriculteur suit leur performances depuis qu'il est en retraite. Il faut dire que c'est le haut du panier qui s'est déplacé dans le Kreiz Breizh. Les Rostrenois savent que ça ne va pas être facile. D'ailleurs, ils n’arriveront pas à faire peur à leurs adversaires, malgré les encouragements de leurs supporters. Qu'à cela ne tienne, pas rancuniers, les Rostrenois ont invité les joueurs d'Ezanville à finir la soirée dans la maison de la famille Sibéril, où logent les joueurs les week-end de match.

© S.Salliou
© S.Salliou


Le club existe depuis une quinzaine d'années. L'aventure est partie d'une envie de quelques Rostrenois de jouer au badminton pour se détendre. Justement, Jacques Sibéril était de ceux-là, aujourd’hui c’est le président du club, Annaïg sa femme, se charge de l’intendance et leurs trois enfants jouent : "On est une grande famille, on n’est pas que des joueurs de badminton, c’est ça, on a des liens, ça nous permet de nous surpasser, c’est les copains et les copines qui jouent, y’a de l’émotion" explique Martin, joueur de Nationale 1.


Itinéraire Bretagne dans le Kreiz Breizh : des sportifs de haut niveau
Interviews : - Julien Roguès, capitaine - Nationale 3 Rostrenen - Martin Boiveau, joueur - Nationale 1 Rostrenen - Hervé Le Rudulier, supporteur - Maryline Auger, supportrice - Jacques Sibéril, président du club de badminton de Rostrenen - Bernard Graignic, entraîneur du club d'athlétisme de Rostrenen - Laurine Le Coroller


Autre club qui fait la renommée de Rostrenen, le club d’athlétisme, d’où vient une grande perchiste, Marion Lotout. Après avoir quitté le club de Rostrenen, elle s’est qualifiée pour les JO de Londres en 2012 pour les Mondiaux de Moscou en 2013. Cet été, elle a renoué avec son titre de  championne de France de saut à la perche.
Bernard Graignic a été son premier entraîneur. Infatigable découvreur de talent, il a déjà emmené une cinquantaine d’athlètes aux championnats de France ou d’Europe. Et ce n’est pas fini.



Pas de réseau de bus, mais un système de taxis

Autre particularité dans le Kreiz Breizh, il n'y a pas de système de transport collectif, excepté le réseau de car départemental. Ici, la communauté de communes subventionne un système de Transport rural à la demande, qui permet aux habitants de se déplacer à moindre coût. Chaque année, 2700 habitants du Kreiz Breizh en bénéficient. Ils contactent une centrale de réservation mise à disposition par le conseil départemental pour faire part de leurs besoins chaque semaine. Ce sont des enfants (50%) qu’il faut conduire aux activités ou des personnes âgées (30%) chez le médecin ou pour faire les courses en ville. L’aller retour coûte 5 euros, 4 pour les enfants. Le reste est pris en charge par la communauté de communes du Kreiz Breizh.
8 sociétés de taxis assurent le service de transport rural à la demande dans le Kreiz Breizh, ce sont 15 000 trajets par an. Pour le patron des Taxis Mongin, ce sont deux salariés à temps plein et 50% de son chiffre d’affaires.

Itinéraire dans le Kreiz Breizh : des habitants éloignés des grandes villes, mais heureux
Interviews : - Marcel Gicquel - Matthis - Florian Mongin, patron d'une société de taxis - Stellane Breton, enseignante - Pauline Cabaret, maraîchère - Guirec Milot, salarié de la Fiselerie - Grégoire Barbedor, musicien

Ces taxis permettent de diminuer cette notion d'éloignement et d'isolement. Car il faut bien le dire, le Kreiz Breizh est éloigné des grandes villes, on est à 50 minutes de Saint-Brieuc, 1h10 de Lorient... Certains habitants investis dans les associations locales, ont décidé d'en prendre leur parti et de faire bouger leur pays, eux-mêmes. Ils ont entre 30 et 40 ans et pensent que si les habitants ne se prennent pas en main, il ne se passera rien. Alors ils font, ils agissent, ils proposent...
C'est le cas de Stellane Breton, Pauline Cabaret, Guirec Milot ou Grégoire Barbedo... Ils ont choisi de s'installer ici, car le secteur est très dynamique, tant sur le plan associatif que culturel. Ils sont presque tous propriétaires, aidés par les prix abordables de l'immobilier dans le secteur. Et pour rien au monde, ils  ne quitteraient ce centre Bretagne.

Le sens de la musique, de la danse et de la fête

Dans le Kreiz Breizh, on sait aussi chanter et danser. Il n'y a pas une fête de village sans instrument de musique. Peut-être une conséquence du le festival Fisel. Un festival organisé tous les derniers week-end d'août depuis 1972 à Rostrenen. On peut y apprendre la manière de jouer, danser et chanter du fisel. Le temps fort du festival est le concours de danse au terme duquel le meilleur danseur reçoit en premier prix un mouton. 

L'une des premières éditions du festival fisel / © Ina
L'une des premières éditions du festival fisel / © Ina


Parmi les autres institutions culturelles dans le Kreiz Breizh, l'école de musique de Rostrenen. Elle a été créée par des parents en 1993, histoire d’offrir à leurs enfants la même chance qu’aux petits citadins. Elle fait la part belle à la danse et à la musique traditionnelle, mais pas que. Cours de violoncelle, de piano, de violon, de Kan ha diskan, depuis quelques années, on peut aussi y faire du théâtre. L’école de musique a plusieurs antennes dans le Kreiz Breizh, à Gouarec ou Paule. Elle organise aussi des concerts dans des églises ou des cafés. Elle a également ses entrées au Collège Edouard Herriot, grâce à cette classe à horaires aménagés musique. Ces jeunes ont une heure d’instrument à l’école de musique et trois heures de chants et d’instruments en groupe, au collège.

Itinéraire Bretagne dans le Kreiz Breizh : vie culturelle très riche
Interviews : - Rozenn Talec, professeur de Kan ha Diskan - Guillaume Bernard, élève de l'école de musique - Frantz Gandubert, directeur de l’école de musique - Maélys, élève de 4ème - Titouan, élève de 3ème - Thierry Esnault, professeur de musique au collège Edouard Herriot - Jean Shalit, créateur du Festival des Lieux Mouvants


Autre lieu culturel foisonnant, les endroits occupés par le festival des Lieux mouvants chaque été. C'est Jean Schalit qui en est à l'origine. Cet ancien homme de presse s'est installé à Lanrivain, dans un manoir du XVIIe, il y a plusieurs années. Le lieu lui a inspiré un magnifique jardin, à l’origine de cet  événement artistique unique, le festival des Lieux Mouvants, où se croisent, chaque été, musique, botanique, et danse contemporaine. Nous le retrouvons près de la chapelle St Antoine à Lanrivain, où a lieu le festival tous les étés. Il nous raconte avec délice, les rencontres provoquées par le festival.

Outre les Lieux mouvants, Jean Schalit a une autre idée derrière la tête. Il veut créer un institut des jardins et du paysage autour du village de Saint Antoine.
Si le projet d’Institut des jardins et du paysage voit le jour à Lanrivain, le premier jardin fantastique ouvrira en 2019. 

Jean Schalit / © France 3 Bretagne
Jean Schalit / © France 3 Bretagne

 

Des initiatives économiques innovantes dans le Kreiz Breizh

Direction maintenant l’abattoir intercommunal de Rostrenen. Dans le Kreiz Breizh, il y a plus de 1000 agriculteurs, sur une population totale de près de 19 000 habitants. Et il reste l’abattoir intercommunal. Il a pourtant bien failli fermer. Mais depuis deux ans, il est géré par des éleveurs et des bouchers. C’est une société coopérative d'intérêt collectif, une structure originale presqu’unique en France pour ce type d’établissement.

L’abattoir de Rostrenen n’a pas grand-chose à voir avec les gros de la région. Rien qu’en terme de tonnage. A la fin de l’année, il atteindra 350 tonnes de viande, quand les plus gros abattoirs privés de la région sont à 200 ou 250 000 tonnes par an.
Ce qui en fait un établissement fragile à la recherche de nouveaux clients
Cet abattoir intercommunal est l’un des seuls à fonctionner encore dans le centre Bretagne, ses 4 salariés espèrent qu’il a de beaux jours devant lui. Ils misent sur le développement de la vente directe.

Itinéraire dans le Kreiz Breizh : un territoire à vocation agricole
Interviews : -Didier Tydou, éleveur - Kevin Fanic, salarié de l'abattoir - Pascal Le Floch, président de l'abattoir - Julian, éleveur - Jacques Le Gallou, directeur de l'abattoir - boucher - Karine Mahé, directrice de l'usine - Nicolas Richard, salarié


A quelques kilomètres du bourg de Rostrenen, une usine flambant neuve, Celticoat. Elle fabrique du granulé de bois pour les poêles et les chaudières. 
La matière première vient d’une scierie située à Carhaix. C’est la maison mère de la nouvelle usine, elle produit des milliers de tonnes de déchets de bois, qui sont transformés en granulés.
7 millions d’euros ont été investis sur le site, dans un broyeur et une chaudière.

Les déchets de bois sont réduits en sciure très fine, dans une chaudière où ils perdent leur humidité. Aucun adjuvant n’est utilisé dans la fabrication du granulé.
L’usine emploie 10 salariés, dont une majorité de personnes handicapées. A terme, l’usine devrait sortir 25 000 tonnes de granulés par an, du pellet 100% breton, fabriqué à partir de résineux qui ont poussé à moins de 60 km de l’usine