Littoral - Le magazine des gens de mer

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Bois de marine, réédité et enrichi avec l'Hermione

Un livre de Jean-Marie Ballu / © Editions CNPF - Marine nationale
Un livre de Jean-Marie Ballu / © Editions CNPF - Marine nationale

Les bateaux naissent en forêt, ou l'alliance de la mer et de la terre. Même si aujourd'hui les bateaux ont trouvé d'autres matériaux plus modernes - moins nobles ? -, bon nombre d'entre eux cherchent encore des essences végétales. L'Hermione en est un bel exemple. Une chronique d'Aline Mortamet

Par Aline Mortamet

Comment des chênes de 200 ans trouvent une seconde vie en partant naviguer ? Tout naturellement... Jusqu’à la fin du XIXème siècle, toute la construction navale misait sur le bois, et que sur le bois. Tous les bateaux de commerce, de pêche et de défense étaient issus de nos forêts. Aujourd’hui, il en reste quelques uns, construits de façon traditionnelle, qu’il s’agisse de bateaux de pêche ou de bateaux du patrimoine, tels la Recouvrance. ou l'Hermione, plus récemment.
Et le skipper Loïc Peyron est cité pour la bonne cause: « Entre les grincements d’un bord de chêne et les couinements d’une coque en carbone, mon cœur n’hésite pas… Il n’y a qu’un matériau noble : le bois ! Les autres ne sont que la signature du progrès »

L’Angleterre, une des plus grandes nations maritimes du monde, a ruiné ses forêts par la construction navale. En France, nos rois ont apparemment eu la sagesse de protéger nos bois pour la Marine. Ce qui permet aujourd’hui d’affirmer que la forêt française, avec 14 millions d’hectares, est la troisième d’Europe (Russie non comprise), après la Suède et la Finlande. Et la tradition se perpétue, puisqu’elle est à présent deux fois plus étendue qu’elle ne l’était à son point le plus bas, en 1830.

Pour la marine, il faut du bois qui résiste à l’humidité permanente, supporte le manque de ventilation, le soleil qui tape, les parasites, etc. Le chêne était l’essence la plus représentative des essences entrant dans la construction des vaisseaux, très utile pour tous types de coques et de bordés. Mais pour l’accastillage, on était plus dans le hêtre, l’acacia ou le frêne. Et pour la mâture, entre sapin, pins et mélèzes. En somme, à chaque arbre sa vocation maritime.

Après, il faut aussi compter avec les arbres droits, utiles pour les quilles ou les gouvernails. Et les bois courbes, pour des pièces plus alambiquées. L’auteur, Jean-Marie Ballu, est ingénieur des Ponts, des Eaux et des Forêts. En 2000, son livre avait reçu le prix de l’Académie de marine.

Aujourd’hui, c’est une 3ème édition qui est rééditée, augmentée de toute l’aventure de l’Hermione, la fameuse frégate de Lafayette reconstruite à l’identique dans le chantier de Rochefort. Un chantier qui aura duré 17 ans, pour un bateau construit avec des chênes nés sous Luis XVI, mais, seule concession au modernisme, travaillé avec des outils d’aujourd’hui.
Ce livre complète fort bien un reportage tourné pour Littoral, intitulé Les bateaux naissent dans les arbres, diffusé le samedi 14 février à 16H15.

Editions CNPF - Marine nationale
35 euros

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