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Littoral - Le magazine des gens de mer

Le dimanche à 12 h 55, rediffusé nationalement le mardi à 9 h 20
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Entretien avec Marine Barnérias: “ Je voudrais être à la hauteur des gens que je rencontre”

Marine, surfeuse à Quiberon / © Jean-François Briand
Marine, surfeuse à Quiberon / © Jean-François Briand

Un vendredi midi à Auray. Nous venons de boucler le tournage de la huitième émission de la nouvelle saison. 
Autour d'une table de bistrot, Marine nous raconte son cheminement jusqu'à son arrivée à Littoral. 

Par Adelaide Castier

Quelles sont tes attaches avec la Bretagne ?

Elles viennent de mon enfance. Petite, j’ai passé beaucoup de temps dans les Côtes d’Armor avec ma grand-mère qui s’appelle Roselyne. Elle a fait six enfants dont mon papa. J’ai cinq oncles et tantes qui m’ont appris à pêcher, à naviguer sur un optimist et qui m’ont transmis ce besoin de ne pas pouvoir me passer de cet iode bretonne. A chaque vacances, j’étais là- bas. J’ai 27 cousins. On faisait les 400 coups à Ploumanac’h. Et puis j’ai en parti était éduqué par mes grands-parents lors de la séparation de mes parents.  Ma mère, elle est originaire de Quimper.

Tu es parti très jeune de ta maison en région parisienne, à 15 ans, pour quelles raisons ?

Depuis que je suis toute petite, j’ai toujours aimé échanger et parler avec les gens, leur demander ce qu’ils font dans la « life ». J’ai grandi dans un microcosme dans lequel je ne me reconnaissais pas toujours. Je ne me sentais pas bien dans mes baskets. J’avais soif de rencontre humaine.
Au moment du lycée, je commençais à suffoquer, je suis partie en pension dans le nord de la France. J’ai commencé mes études à Lille, une licence d’éco gestion …puis j’ai mis le cap au sud, à Marseille pour m’inscrire dans une école de commerce.

Et puis arrive en 2015 un événement qui va bousculer ta vie

J’étais dans ma bulle à Marseille. Je commençais à réfléchir au parcours que je voulais suivre après l’école de commerce. J’ai toujours rêvé d’être journaliste, mais je ne m’en sentais pas capable. Je me disais que je ne savais pas écrire. Je me trouvais plein de bons prétextes. Et puis la vie m’a rattrapée…
Le 3 avril 2015, je me suis retrouvée dans une boite noire. J’ai perdu la vue. Cette boite noire m’a permis d’ouvrir les yeux vers d’autres horizons. Ca été comme un effet d’électrochoc. J’ai appris que j’étais atteinte d’une sclérose en plaque.
Mon corps s’est mis à me parler. J’ai senti qu’il fallait que j’aille découvrir quelque chose en moi. Je me suis dit « Marine, tu as un esprit qui est indomptable, tu n’arrives pas à réfléchir. Mais tu as une âme. »
Et l’aventure du voyage a commencé ainsi…avec cette quête : découvrir mon corps, mon esprit et mon âme.

Tu as donc choisi de partir en Nouvelle-Zélande, en Birmanie et en Mongolie, pourquoi le choix de ces 3 pays ?

Je voulais un pays que je pourrai traverser dans son intégralité : la Nouvelle-Zélande c’est petit et il y a plus de mouton que d’habitant ce qui m’amuse beaucoup…ce pays m’a permis de sortir de mon environnement. J’étais vraiment très loin de la France.  
La Birmanie est venue avec l’envie d’un pays d’Asie « authentique ». Je voulais aussi être confronté au silence, un mot qui ne fait pas vraiment parti de mon vocabulaire.
Enfin la Mongolie, c’est la symbiose parfaite de tout mon voyage. J’étais au côté d’un peuple qui vit à 360° d’immensité et de silence. Rien de mieux pour trouver cette osmose tant recherchée.

Quelque part, tu entres en rébellion en faisant ce choix de partir alors que tu te sais atteinte d’une maladie ?

Cela avait plus un caractère de survie que de rébellion. C’était plus de la survie que du combat.
Je ne suis pas partie en me disant que j’allais découvrir des pays avec une autre culture. J’en avais rien à faire, je me cherchais moi. Je cherchais à comprendre ce qui m’était arrivé, car j’avais désormais l’impression de vivre avec quelqu’un que je ne pouvais pas supporter qui s’appelle une sclérose en plaque.
Je me suis retrouvée à devoir faire des tas de choses que je n’imaginais pas possible. Je ne suis pas à la base une aventurière…Je n’avais jamais planté de tente, jamais fait de feux…
Les gens ne se rendent pas compte de tout ce que l’on est capable de faire quand on s’écoute un peu. Tout ça nous semble immense au début, faire un film, voyager…mais quand on parvient à se faire confiance, on fait des miracles.

Aujourd’hui, te voilà donc lancée dans une nouvelle aventure avec la présentation de Littoral. Qu’est-ce qui te séduit ?

Les gens de mer m’attirent. Ils sont en lien avec la nature…moi de mon côté, du haut de mes 24 ans, je ne connais rien à la nature. Je l’ai découverte à travers mon voyage. Avant, je ne savais pas ce qu’était un potager, j’avais jamais mis les mains dans la terre, jamais marché dans la montagne…
Pour moi, les métiers, les personnes qui sont en lien avec les éléments naturels ont beaucoup de choses à nous transmettre. Et bien sure, l’univers maritime en fait partie.
Et puis Littoral, ce n’est pas qu’une émission sur la pêche et les crustacés. Ce sont des gens passionnés. Il y a une grande variété de rencontre.

Tu as appris beaucoup déjà ?

Oh oui…à mon arrivée, je ne connaissais rien au « code » de la télé. L’équipe de tournage s’efforce de conserver ma « spontanéité ». C’est ça que j’ai le plus envie de garder.
On a déjà tourné 8 émissions, avec des thématiques très variées, ça c’est génial. Je ne pensais pas être autant fasciné par le patrimoine maritime. Et puis le lendemain, tu es sur une planche de surf… cette diversité, c’est top. Les gens nous emportent à chaque fois dans leur histoire. J’ai envie de partager au maximum ce qu’il me donne.
Ce que j’aimerais le plus, c’est d’être à la hauteur des gens que je rencontre. C’est basique comme réflexion, mais c’est vraiment mon plus grand souhait.



 

Interview d'Aymeric Lesné