Epuisés, les infirmiers anesthésistes vont manifester à Rennes

Demain lundi 17 mai, à 10h30, les infirmiers anesthésites ont rendez-vous devant le CHU de Rennes. Epuisés par la Covid-19, ils réclament un statut, une reconnaissance. 

© PHOTOPQR/LE TELEGRAMME

" Au début, quand on a vu et entendu les applaudissements, on s'est dit "c'est super". On ne veut pas du statut de héros, mais on a espéré qu'on allait avoir les moyens de faire notre métier ", raconte Virginie. La jeune femme est infirmière anesthésiste dans un hôpital de la région, elle préfère témoigner sous un prénom d'emprunt. Elle a choisi son métier, en parle avec passion, mais avec inquiétude aussi! 

Un  métier très récent

A la veille de la seconde guerre mondiale, les anesthésies étaient réalisées par une religieuse, l'épouse du médecin, parfois même par le chauffeur du praticien. Et puis, heureusement, le métier s'est professionnalisé. Les techniques et les médicaments ont évolué.

Aujourd'hui, un infirmier anesthésiste a sa place, au bloc opératoire, dans les services de réanimation, mais aussi dans les véhicules d'urgence. Il prend en charge les patients et apaise les douleurs. 

L'infirmier anesthésiste travaille avec le médecin anesthésiste qui définit la stratégie d'endormissement en fonction de chaque patient, puis travaille en autonomie supervisée.

"Dans une nuit de garde, on peut endormir un enfant de 3 kilos, un personne de 100 ans, et un patient souffrant d'une pathologie lourde, explique Virginie, ça ne s'improvise pas." 

Ils sont aujourd'hui 10 800 en France, pour 13 à 15 millions d'anethésies effectuées chaque année.  

Pour enfiler la blouse d'infirmière anesthésiste, il faut d'abord avoir fait des études d'infirmière (3 ans), avoir exercé pendant 2 années minimum puis faire une formation en anesthésie de 2 ans. C'est donc au moins 7 ans d'études et d'exercices pour pouvoir pratiquer. Une garantie pour la sécurité des patients souligne l'infirmière anesthésiste. 

"Un malade, il faut l'endormir, mais il faut surtout qu'il se réveille, sourit-elle. Pendant une opération, tout peut arriver. C'est pour cela qu'on a besoin de connaître et de maîtriser parfaitement les gestes et les médicaments." 

"Après la signature des Accords de Bologne, explique Fabrice Simon, infirmier anesthésiste à Vannes, notre formation a été validée à un niveau de Master, Bac +5 en 2014. Mais pour la reconnaissance, cela s'est arrêté là ! "

La Covid-19 a révélé les difficultés

Quand la crise de la  Covid-19 est arrivée, Virginie, Fabrice, et tous leurs collègues ont été " hyper, hyper, hyper sollicités". Il a fallu transformer des salles de révéil en salles de réa, aller chercher des patients à Paris en train, soigner, intuber, être là. "On est les couteaux suisses de l'hôpital ! Quand il y a le feu, on a besoin de nous ! On doit être là, on a été là et on l'est toujours, on aime notre métier et on veut le faire dans de bonnes conditions."

"Les collègues sont rincés",  témoigne Virginie. Au fil des ans, elle en a vu partir des confrères et des consoeurs, épuisés, non pas par le métier, mais par les conditions d'exercice.  

Les infirmiers anesthésistes demandent que leur statut "d'auxiliaire médicale en pratique avancée" validé en 2014 soit enfin reconnu... Et espèrent qu'avec la reconnaissance de ce statut, ils obtiennent aussi une reconnaissance salariale.

Le Ministre de la Santé, Olivier Véran, a reçu les délégués syndicaux il y a une dizaine de jours. Une nouvelle rencontre est prévue cette semaine. 

Car depuis l'apparition du nouvel "infirmier en pratique avancée", les infirmiers anesthésistes s'inquiètent : ces infirmiers d'un nouveau genre vont pouvoir travailler dans certains secteurs, en diabétologie, en cardiologie, renouveler des ordonnances et peut-être un jour, les autorités sanitaires pourraient être tentées d'en faire des infirmiers anesthésistes "moins chers"  avec "seulement" 4 années d'études après le bac.

Fabrice Simon s'inquiète pour la sécurité des patients : "Depuis des années, on a un super niveau d'exigence et c'est rassurant pour tout le monde, car un jour où l'autre, pour un examen ou une opération, on aura tous besoin d'une anesthésie. Aujourd'hui, en France, on compte un incident toutes les 150 000 anesthésies. Mais demain ? "

Alors, en ce 17 mai, dans toute la France, les infirmiers anesthésistes seront en grève et manifesteront.

En Bretagne, ils ont rendez vous à 10h30 devant le CHU de Rennes. 

Ils ne veulent plus d'applaudissements, ils exigent maintenant des actes. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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