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On dit d’Armel Le Cléac’h qu’il est entre terre et mer. Parce qu’originaire de Saint-Pol-de-Léon (Finistère), où sa famille est plutôt terrienne. Parce que fils d’un pur voileux, qui l’a mis dans un Optimist dès son plus jeune âge.

Il est certainement plus marin que terrien au terme de 74 jours de mer. Mais les pieds sur terre, ça, il les a bien, même à la gîte.

Cela fait d’Armel Le Cléac’h un champion complet, manager d’équipe, un solide candidat pour des sponsors ambitieux, qui après avoir survolé la classe Figaro, vient planter sa première victoire majeure en Imoca, avant de prendre en main un trimaran flambant neuf.

Un « chacal » qui d’un surnom, est devenu un grand nom de la voile.

Au nom du père

Armel Le Cléac’h a grandi dans la baie de Morlaix. Il en connaît sans doute tous les recoins.

Côté paternel, la famille est plutôt terrienne. Le grand-père est journaliste au Télégramme, puis se reconvertit dans l’apiculture. Côté maternel, on est plutôt côté mer, avec un grand-père officier de marine, puis pêcheur côtier.

Son père et sa mère seront déjà un trait d’union, en embarquant Armel, son frère et sa sœur en croisière.

« Les enfants, on les a toujours emmené naviguer, dès leur plus jeune âge, ils n’avaient pas le choix, on les embarquait » raconte son père, Jean-Gabriel, « mais c’était les vacances, c’était le fun ».

Armel Le Cléac’h dispute sa première régate en Optimist à l’âge de 9 ans. Armel raconte les vacances au Scilly où il retrouvait son copain Nicolas Troussel, avec qui il gagnera la Lorient-Saint-Barth, et sa famille. 


Nous allions aux Scilly, où nous croisions souvent la famille Troussel. Au programme : pêche à la crevette, balades sur les plages… Je me souviens aussi de mon père qui suivait la Solitaire du Figaro à la VHF, cela a dû me donner des envies…


C’est sur cette classe Figaro qu’Armel fait ses armes. Aux côtés de Nicolas Troussel, Erwan Tabarly, Charles Caudrelier, et de son frère Gaël qui remporte le Challenge Espoir Crédit Agricole en 1995.

Armel Le Cléac’h incarne ainsi la filière 100 % pur beurre de la voile française. En 1999, il est lauréat du challenge Région Voile Espoir (ex espoir Crédit Agricole).

Il hérite ainsi d’un Figaro, pour deux saisons, et intègre le Pôle Finistère course au large de Port-la-Forêt. Les espoirs de la région seront rapidement confirmés.

Sur le tableau arrière du bateau, un petit autocollant qui se voulait anecdotique. Un chacal qui tend le pouce. Cela lui vaudra d'être surnommé « le chacal », un surnom qui lui collera encore plus à la peau après avoir volé la victoire de la Figaro de 13 petites secondes à Alain Gauthier un an plus tard.


 

Le "chacal"

Armel Le Cléac’h remet ça l’année suivante, toujours en Figaro, mais cette fois sur une transat en double, la Lorient-Saint-Barth, avec son copain Nicolas Troussel.

Sur ce monotype, il sera très difficile à battre. Fort de l’apport de « Port Laf’ » pour la course en Solitaire, la météo, la gestion du sommeil, il fait de la voile un sport de combat.

« On ne se donne pas de coups physiquement, mais on peut se mettre des coups au moral » résume Armel Le Cléac'h « C'est un jeu d'échecs, une guerre psychologique ».

Il devient la même année le skipper du trimaran Foncia, après qu'Alain Gauthier ait lâché la barre.

Dès lors, victoires, podiums et places d’honneur s’enchaînent en Figaro, en Orma (multicoques), mais aussi en 60 pieds Imoca.


 

Solide second

C’est la compagnie aérienne bretonne de Roscoff (29) Brit Air qui accompagne Armel Le Cléac’h à partir de 2006, après une année de Grand Prix sur plusieurs coques dans lesquels le Léonard accumule les places d’honneur. Un sponsor qui trouve en lui, l’ingénieur, le pudique, le sérieux, le skipper qu’il lui faut.

L’année d’avant, Armel le Cléac’h chavire dans la transat Jacques Vabre et renonce au multicoque.

Dans le ciel, il faut des pilotes qui ne fanfaronnent pas, des machines infaillibles, une bonne connaissance de la météo, des trajectoires parfaites.

C’est à ce programme que va s’atteler Armel Le Cléac’h en 60 pieds Imoca.

"Il a la faculté quand il est en mer de faire les bons choix" raconte Nicolas Troussel, son routeur lors du premier Vendée Globe en 2008-2009, "c’est le signe d’un grand marin"


La régularité, il l’aura. Il sera même champion du monde IMOCA en 2008. Pour sa première participation au Vendée Globe, il signe une belle seconde place, loin derrière Michel Desjoyeaux. Mais des places de second, comme dans la précédente Route du Rhum, il y en a trop à son goût. 

C’est oublier qu’il signe une nouvelle victoire dans la Solitaire du Figaro en 2010, une nouvelle transat en double la même année. Et, revenu rapidement au multicoque, plusieurs records (SNSM et Méditerranée).

 

La maturité

En 2013, c’est aux trousses de François Gabart qu’il termine second du Vendée GlobeCette fois, un nouveau surnom plane au-dessus de sa tête, celui de « Poulidor de la voile ».

Ronan Lucas l’a fait venir en 2011 dans l’écurie de Banque Populaire, installée dans la base sous-marine de Lorient.

Armel est un type extrêmement brillant, et surtout une tête bien faite. Quand il est sur l’eau, il a un truc en plus, une vivacité d’esprit et une immense envie de réussir.  

Ronan Lucas, lui-même navigateur et responsable technique du Team Banque Populaire. 

À terre, il mène les projets en chef d’équipe. Son diplôme d’ingénieur et son expérience en font un interlocuteur sérieux pour les architectes.

Il a les machines, il a l’expérience. Il lui manque une victoire majeure en solitaire pour rejoindre ses aînés, les Desjoyeaux, les Jourdain, dans le « Hall of Fame » de la voile française.

« Deux fois deuxième, ça suffit » affirme le léonard à l’approche de son troisième Vendée Globe.


 

Au départ de Plymouth (Angleterre), il signe en mai 2016 une victoire à  New York (USA) avec ce Banque Populaire VIII sur la Transat Anglaise.

Une victoire de bon augure. Quiconque a croisé Armel Le Cléac’h sur les pontons des Sables d’Olonnes début novembre a vu un homme sans stress, une force tranquille, qui sait de quoi sera fait le golfe de Gascogne, à un empannage près.

Sa course est à l’image du bonhomme. Limpide, décidée, régulière. A terre, sa famille, ses équipes, n'auront que des bribes sur son réel état de forme. Taiseux, même s'il appelle tous les jours, le chacal enchaîne les jours de mers en tête.

Avant de redevenir le calme et posé, bon père de famille et bon camarade, une fois posé le pied à terre.