"Le chant du Loup", une immersion dans le monde des sous-marins "pas très loin de la réalité"

Avant-même sa sortie en salle, le 20 février, le film "Le Chant du Loup" est annoncé comme un "événement". Cette fiction immerge le spectateur dans le monde secret des sous-marins militaires. Un officier en service à l'Ile Longue, dans la rade de Brest, a vu le film. Il nous donne son avis.
Le sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) "Téméraire", lors d'une révision totale à Brest. Un monde très secret très bien retranscrit dans le film "Le Chant du Loup", selon un officier qui travaille à bord de l'un de ces sous-marins.
Le sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) "Téméraire", lors d'une révision totale à Brest. Un monde très secret très bien retranscrit dans le film "Le Chant du Loup", selon un officier qui travaille à bord de l'un de ces sous-marins. © Le Télégramme via MAXPPP
Expert sous-marinier spécialisé en acoustique (ceux que l'on surnomme "les oreilles d'or"), le héros du "Chant du Loup", incarné par François Civil est un jeune homme à l'ouïe particulièrement fine. Il est chargé de décrypter les sons sous l'eau et de reconnaître le bruit des hélices ou des moteurs des engins de guerre, dont "le chant du loup", nom donné aux sonars ennemis en approche.

Il commet pourtant un jour une erreur qui met en péril son équipage. Ecarté, il va tout faire pour retrouver sa place, alors que ses camarades se retrouvent pris dans l'engrenage de la dissuasion nucléaire.

Aux côtés de François Civil, on retrouve aussi Mathieu Kassovitz, Reda Kateb et Omar Sy.

"Le Chant du loup" est le premier film de l'ex-diplomate Antonin Baudry, ancien conseiller du ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin et coscénariste de la bande dessinée à succès et du film "Quai d'Orsay". 


 
"On n'est pas très loin de la réalité", assure dans un sourire le lieutenant de vaisseau Karim, officier armes à bord des sous-marins nucléaires français.

Il fait partie de la quinzaine d'officiers à bord de chacun des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engin (SNLE) qui constituent la composante océanique de la dissuasion française. Basés à l'Ile Longue, dans la rade de Brest (Finistère), les SNLE garantissent à chaque instant la possibilité d'exécuter une frappe nucléaire ordonnée par le président de la République.

QUESTION: Vous venez d'assister à la projection du "Chant du Loup", quel est votre sentiment ?
    
RÉPONSE: On retrouve énormément de nos éléments de langage, mais aussi l'ambiance, la cohésion de l'équipage, les mouvements et surtout la tension, ça c'est quelque chose de remarquable. Je peux vous assurer que pendant les 20 premières minutes du film où le sous-marin se retrouve en situation d'attaque par une force adverse et bien j'étais moi-même à cran, un peu comme lorsqu'on s'entraîne à ce genre de choses.   

QUESTION : Le personnage principal est un sous-marinier à l'ouïe exceptionnellement fine. Quel est son rôle à bord d'un sous-marin ? 

RÉPONSE: Celui qu'on appelle "oreilles d'or" est là pour essayer de classifier et de caractériser la menace en écoutant les sons dans l'eau. Le sous-marin est aveugle et donc comme un aveugle il nous faut, lorsqu'on détecte un son, le caractériser et définir quelle est son origine, ce peut-être un bâtiment de guerre, de commerce, un sous-marin. Le film est assez fidèle sur ce point, car le rôle des "oreilles d'or" est très important.

 

"Cette tension on la ressent quand on est en entraînement opérationnel".



QUESTION: On ressent une vrai tension dans le film, vous la vivez au quotidien dans un sous-marin ? 

RÉPONSE: Cette tension on la ressent quand on est en entraînement opérationnel. Il faut comprendre que lorsque vous êtes immergé depuis plusieurs jours, en opération,
une période où vous dormez peu et où l'enjeu est important puisque chaque heure qui passe sous l'eau est comptée car elle coûte cher et bien oui, la tension est vraiment palpable.
   
QUESTION: Le film montre des fragilités dans le dispositif de dissuasion, est-ce la réalité ? 

RÉPONSE: Oui, mais dans une moindre mesure évidemment. Cela reste une fiction. Cependant, on est des humains, des hommes et des femmes car il y a des femmes aussi qui sont embarquées. Au bout de 30, 40, 50 jours, la fatigue aidant on peut parfois un peu craquer. Mais ce qu'il faut retenir c'est que l'esprit d'équipage, la cohésion,
l'ambiance à bord fait que chacun tient. C'est un grand équilibre, un grand tout composé de ce qu'on appelle "l'esprit de corps". 

RÉPONSE: On n'est pas très loin de la réalité, mais en même temps ce n'est pas la réalité. Je ne peux pas en dire plus. Ce qui relève des procédures est couvert par le confidentiel défense. 

QUESTION: La Marine a du mal à recruter, notamment à bord des sous-marins, pensez-vous que ce film puisse faire naître des vocations ?

RÉPONSE: Je crois que la qualité de l'image parlera aux nouvelles générations, comme les précédents films tels qu'"Octobre rouge" ont pu parler à des générations comme la mienne. On avait vraiment besoin de remettre un coup de projecteur à la sauce 2020 sur les forces sous-marines.
 
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