Eliminés par une épreuve d'anglais en ligne, des étudiants en médecine de Brest déposent un recours

L'application de la réforme des études de santé par la faculté de médecine de Brest fait des dégâts chez les étudiants de première année. Ceux qui ont choisi le parcours spécifique santé n'ont pas la possibilité de redoubler. Une vingtaine vient d'être éliminée par une épreuve d'anglais contestée.

Ses larmes auraient dû être de joie, de fierté ; elles sont de colère, de tristesse et de crainte aussi. Ce mercredi 19 mai, Suzanne [les prénoms ont été modifiés] vient de prendre connaissance des résultats de sa fille Zoé, étudiante en parcours accès spécifique santé (Pass) à la faculté de médecine de Brest. "Elle a 17 de moyenne générale, elle devrait être major...".

Elle devrait, mais elle est éliminée. Car elle n'a pas validé un module d'anglais que l'Université de Bretagne Occidentale a décrété éliminatoire.

Pour cette épreuve de langue, basée sur des quizz à effectuer en ligne sur la plateforme Mischool, il fallait obtenir 12 sur 20 de moyenne et consacrer au moins 20 heures pour obtenir validation. Certains étudiants ont contourné l'obstacle. Suzanne affirme que ce n'est pas le cas de sa fille : " Zoé a de vraies valeurs. Elle n'a pas triché. Elle a juste oublié de cliquer sur un quizz. A cause d'un clic et d'un logiciel pourri, elle se retrouve exclue de tout dispositif, avec 17 de moyenne. Je ne sais pas comment elle va s'en relever..."


Des fraudes avérées dès le mois de mars

Les dysfonctionnements et soupçons de fraude en lien avec cette épreuve, ce message de l'université de Brest en date du 10 mars 2021 en atteste : "Cette année de confinement et de cours à distance a donné lieu à une recrudescence de cas de fraude sur la plateforme Mischool".

Malgré ces fraudes, et malgré les recours amiables effectués par les parents d'étudiants alertés par la situation, le caractère éliminatoire de l'épreuve a été maintenu par l'Université.

Ils sont 152 étudiants comme Zoé a être éliminés pour cette raison. Certains d'entre eux avaient abandonné le cursus en cours d'année, difficile de dire combien. Ce qui est sûr c'est que 25 d'entre eux se sont manifestés pour faire part de leur désarroi.


Un recours en référé

Au-delà des tricheries et dysfonctionnements de la plateforme, les parents des étudiants concernés dénoncent l'inéquité de la règle fixée par l'université autour de cette épreuve, qu'ils jugent en contradiction avec la réforme des études de santé qui entre en application cette année : "La réforme prévoit qu'on arrête la sélection par l'échec, que tout étudiant doit avoir droit à une seconde chance" martelle Suzanne, excédée.

Avec trois autres familles d'étudiants dans le même cas que Zoé, elle a fait appel aux services d'un avocat. Un recours en référé a été déposé devant le tribunal administratif de Rennes, au motif que cette épreuve éliminatoire effectuée à distance constitue une rupture du principe d'égalité entre les candidats.

Interrogée sur la situation, la présidence de l'UBO a répondu s'en remettre à la justice ."Le jury de PASS a été amené à prendre la décision qui lui paraissait la meilleure dans le cadre de l'application de la réforme des études en santé. Il incombe au tribunal administratif de se prononcer sur cette décision en cas de référé."

 

Une réforme qui dysfonctionne

Au-delà de l'exemple brestois, cette réforme sensée ouvrir et faciliter l'accès aux études de santé pose problème dans de nombreuses universités du territoire.

Dans un rapport paru le 12 mai dernier, la sénatrice centriste du Calvados Sonia de la Prôvoté souligne "les nombreux dysfonctionnements de la réforme de l’accès aux études de santé, prévue par la loi n° 2019-774 du 24 juillet 2019 relative à l’organisation et à la transformation du système de santé, dont l’année universitaire 2020-2021 est la première année de mise en œuvre. "

Et les fédérations et syndicats représentant les étudiants en santé dénoncent "une application désastreuse aux conséquences délétères pour les étudiants."
 

Quatre objectifs présidaient à la mise en œuvre de la réforme des études de santé : améliorer l'orientation et la réussite des étudiants, adapter les compétences des professionnels de santé aux besoins du système de santé pour soutenir sa transformation, décloisonner les filières de santé et permettre des temps de formation en commun, et améliorer la qualité de vie et le bien-être des étudiants en santé. A l'heure des résultats de sa première année d'application, ces objectifs semblent loin d'être atteints.

 

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