Huit ans après son décès, la métropole de Brest rend hommage à un travailleur social d'un de ses quartiers

À la demande des habitants du quartier de Penn Ar Creac’h, un espace public au nom de l'ancien directeur du centre social a été inaugurée. Philippe Arzur, décédé d'une leucémie il y a huit ans, était un travailleur social engagé, qui est resté dans les mémoires du quartier.

Ce jeudi 18 avril, une plaque au nom de Philippe Arzur a été dévoilée sur un espace public, à l’arrière du centre social de Penn Ar Créac’h, faisant partie aujourd'hui du vaste quartier de l'Europe à Brest.
Pour cette cérémonie, il y avait de l’émotion et un air printanier… Le soleil brillait, comme un clin d'œil au traditionnel pique-nique baptisé "Sous le soleil" que ce directeur avait initié. Chaque année, il réunit encore plus de 200 personnes. Philippe ou Fulup en breton, comme on l'appelait souvent, était attaché à la langue bretonne. Il a été le directeur du centre social à partir de juillet 2000 jusqu’à son décès en 2016.

Hommages unanimes


En présence des habitants du quartier, des bénévoles et animateurs du centre social, du maire de Brest, François Cuillandre et de nombreux adjoints et directeurs de centres sociaux, l’hommage fut unanime. 
Celui, pour commencer, de Magali Gourmelen-Taragna, présidente du centre social de Penn ar Creac’h.
"Philippe, tu nous as embarqués avec toi, tous membres d’un équipage pour partager une aventure commune. Nous avons eu la volonté d’animer et de donner une identité au quartier de l’Europe. Nous poursuivons cet engagement."

Quant au maire de Brest, il a salué sa générosité et ses convictions en matière d’éducation populaire, soucieux de partage et de fraternité : "Philippe fait partie de ceux et celles qui ont contribué à rendre la ville plus solidaire. Cette plaque est bien plus qu’une plaque. C’est une belle page d’humanité."
Sa femme, Kristina Jegou, a rappelé avec émotion les liens forts qu’il avait avec chacun et chacune ici : "Il a été heureux de travailler et d’échanger avec vous, de créer, de débattre, de plaisanter évidemment, de naviguer, de vivre avec vous des moments très riches, qui ont aidé chacun à avancer et à se construire."

Un hommage "dans la simplicité et la convivialité, à l'image de sa vie", sourient sa femme et son fils Meven. 

Un investissement dans le social


Après un début de carrière dans l'animation à l'ULAMIR de Ploudalmézeau et celui de la presqu'île de Crozon, il arrive dans les années 2000 dans un centre social à reconstruire. Ce qu’il a entrepris avec passion et dans un esprit d’équipe.
Il est ainsi à l’origine des Rendez-vous du printemps avec de nombreuses animations pour enfants et adultes et du fort partenariat entre le centre social, la MPT voisine et le patronage laïque du Pilier Rouge. Il a créé le comité d’animation Europe et sa Fête du pain.
Il a également partagé sa passion de la voile, en mettant en place des sorties en mer pour les habitants les plus défavorisés, avec notamment l'association Vent d’Ouest.
 
"Il incitait les gens à entrer naturellement dans le centre social. Il lui arrivait de fumer la pipe sur les marches", se souvient Frédérique Carré, professeure de dessin au centre social. "Il estimait les gens avec qui il travaillait, et les encourageait à se mettre en avant. Pour ma part, il me confiait des affiches à réaliser pour le centre."
Pour Philippe Villain, bénévole de longue date, il savait se mettre à la portée des gens : "Fulup voulait à tout prix nous faire participer : les habitants pouvaient tenir la buvette ou faire cuire les merguez ! Lui, restait discret derrière tout ça."
Philippe Villain reconnaît qu’aujourd’hui, on ne se parle pas beaucoup dans le quartier et que Fulup a encouragé les gens à sortir de chez eux. Il se rappelle qu’il allait facilement chercher les jeunes du quartier pour aller partager une partie de pétanque avec les anciens, toujours soucieux de mixité sociale. "Il a même créé un local au milieu du quartier pour que l’on aille prendre un café et papoter. Il m’a appris à être plus tolérant et à ne pas juger. Et à aller toujours de l’avant" résume-t-il.
"Il avait des convictions sur la démocratie participative et le fonctionnement associatif" souligne Pierre Delclef, l’ancien directeur du centre social de Bellevue et coordinateur des centres sociaux brestois. "Il a su fédérer et travailler avec tous. Les échanges pouvaient être vifs et même si on n’était pas d’accord sur tout, ils restaient constructifs."

Philippe Arzur a ainsi rejoint quelques autres personnalités associatives qui ont marqué l’histoire de la ville et de ses quartiers, comme Jeannette Bouillot en 2016 (placette à son nom à Recouvrance). Ou encore Gaby Carval, un militant associatif, à Lambézellec.

Florence Malésieux