Trophée Jules Verne : les clés du record de Francis Joyon

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Comment expliquer l’exploit incroyable de l’équipage du trimaran Idec Sport ? Certainement pas le fruit du hasard! C’est au contraire par un cocktail savamment dosé de compétences sportives et techniques qui donne à cette aventure un parfum d’ivresse : celle de la victoire.

Un tour du monde en 40 jours ni Florence Arthaud, ni Titouan Lamazou, ni Bruno Peyron, ni Olivier de Kersauson, ni aucun des navigateurs qui ont érigé les règles de cette course, n’y auraient cru il y a 25 ans. En nommant ce trophée du nom de l’écrivain Jules Verne en référence à son célèbre roman « Le tour du monde en 80 jours » tout juste pensaient-ils possible d’y arriver en 80 jours justement. Mais l’histoire de ce célèbre défi nautique ne cesse de démonter le contraire.

L’histoire n’est jamais écrite

Cette fois Francis Joyon et ses 5 coéquipiers ont amélioré le précédent record de Loïck Peyron et ses 13 équipiers, de plus de 4 jours et 14 heures!

Partis le 16 décembre 2016 au large d'Ouessant, ils ont franchi la ligne d’arrivée après 40 jours 23 heures 30 min 30 sec. Presque deux fois plus vite que ne l’imaginaient les fondateurs de la course.

C’est la moitié du roman de Jules Verne.


lance Francis Joyon aux journalistes en débarquant à Brest.

Alors pour écrire ce tour du monde en 40 jours comment a-t-il fait ? Quels sont les ingrédients de ce nouvel exploit ?

Les qualités de l’équipage


D’abord, le capitaine.
Avant de franchir vainqueur la ligne d’arrivée entre Ouessant et Cap Lizard, Francis Joyon, âgé aujourd’hui de 60 ans, a cumulé une expérience de marin hors du commun. Né en Eure-et-Loir c’est lors d’un stage à l’école de voile des Glénans qu’il découvre ce qu’est un bateau. Aujourd’hui il cumule une bonne quinzaine de records et de victoires. Le Fastnet en 2001, le Tour du monde en solitaire en 2004, deux records de la traversée de l’atlantique Nord en solitaire en 2005 et 2013 et le Tour du monde en solitaire en 2008 en 57 jours  (battu récemment par Thomas Coville).

En 2015, Francis Joyon avait déjà tenté l'aventure du Trophée Jules Verne mais sans améliorer le temps de référence de Loïck Peyron (47 j 14h 47 min 38 sec). Là c’est fait.


Les équipiers.
Francis Joyon a choisi de voyager léger mais malin à tout point de vue. Il a réduit son équipage à 5 marins triés sur le volet. Et on peut dire qu’ils ne lâchent rien!  Le 20 novembre 2016, Francis Joyon et son équipage s'étaient déjà lancés dans l’Atlantique pour cette même Odyssée… mais ils avaient dû faire demi-tour une semaine plus tard à cause de conditions météo trop défavorables.
Les dieux ne sont-ils pas avec eux ? Qu’importe, ils repartent le 16 décembre.

Gwénolé Gahinet, Ingénieur et architecte naval, Sébastien Audigane le Brestois très recherché pour ses qualités d’équipier, Alex Pella l’espagnol qui a régaté sur toutes les catégories de bateaux, Clément Surtel le malouin préparateur du trimaran, et enfin Bernard Stamm qu’on ne présente plus, tous se connaissent très bien et ont d’abord un moral d’acier. Le grand large et ses aléas, ils connaissent. Tous pratiquent la voile au plus haut niveau depuis plusieurs années dans différentes spécialités. Préparation sportive, maîtrise technique, adaptation aux conditions climatiques qui soufflent le chaud et le froid. Qu’importe. En 40 jours ils ont battu 5 records sur des temps de passage et mené ce trimaran à une moyenne de 26 nœuds. Un train d'enfer. Un record qui pourrait tenir longtemps.

La météo

C’est vrai que la météo compte à la fois pour avoir le meilleur du vent c'est-à-dire au moins dix nœuds pour faire planer ce trimaran sur ses foils mais aussi pas trop pour ne pas casser. Tout l’art de l’équipage et de son routeur est de savoir profiter au mieux des évolutions de la carte météo mondiale durant ce périple. Et là ils ont su forcer la chance. Il ne suffit pas de choisir la bonne saison au départ de Brest, il faut aussi tenir compte qu’on va changer d’hémisphère dans l’Atlantique, qu’on va passer dans des zones réputées difficiles et parfois dangereuses dans le pacifique ou l’océan indien.
Choisir sa route est alors crucial. Encore faut-il pouvoir surfer le plus souvent possible à l’avant des fronts, là où se trouve le vent mais sans se faire rattraper et engloutir par une tempête. Et là on n’a jamais vu précédemment une telle réussite météo. Et c’est vrai que cet hiver trois records sont tombés avec ceux de Armel Le Cléac’h et Thomas Coville. Mais bien sûr la météo ne fait pas tout, il surtout de la préparation et aussi un peu de chance pour ne pas percuter d’OFNI par exemple.


Le bateau

Le bateau c’est à priori ce qui semble le plus palpable mais en réalité le culot de Francis Joyon c’est d’avoir choisi un bateau pour le transformer. Mis à l’eau en 2006 et construit au chantier Multiplast à Vannes l'engin a déjà connu bien d’autres aventures. Au départ le Groupama 3 est un bateau « raisonnable » conçu pour Franck Cammas en vue de courses transocéaniques. Plus petit et plus léger que ses concurrents pour s’adapter tant au gros temps qu’aux conditions de petits vents.

Mais il faudra à Cammas et son équipage 3 essais, avec entre deux un chavirage et de lourdes réparations pour décrocher le Trophée Jules Verne en 2010 en 48 jours.
Cette fois le bolide est au point : la même année 2010, Cammas va remporter la Route du Rhum devant Francis Joyon et Thomas Coville avec ce même bateau.
Racheté et transformé il va ensuite devenir Banque Populaire VII avec Armel Le Cléac’h qui bat des records de vitesse à son bord mais se blesse avant la Route du Rhum. Il doit cèder la barre à Loïck Peyron qui va remporter la 10ème Route du Rhum sur cette monture à sa mesure.

Question de taille

Alors que le trimaran approche les dix ans d’âge, c’est finalement Francis Joyon qui reprend le bateau sous les couleurs d’IDEC SPORT. Un choix qui ne s’arrête pas à reprendre la bête sans transformation. Joyon a une petite idée derrière la tête : celle d’en faire un bateau plus sûr et plus léger qui perdra un peu de performances dans le gros temps mais sera plus rapide dans les vents modérés. Il gagne 2 tonnes en diminuant le mât de 6 mètres, repense les safrans, revoit l’aménagement (un système de séchage pour diminuer le nombre des vêtements) et crée deux postes de barreur à bâbord et à tribord mieux protégés.
Avec ses 31,50 mètres Francis Joyon bat le précèdent record de Loïck Peyron à bord du Banque Populaire V qui affiche pourtant 8 mètres de plus. La taille ne fait pas tout.