Finistère. Il surfe les vagues moches et oubliées. Ian Fontaine, la glisse dans la peau

Publié le

Les conditions pour surfer dans le Finistère ne sont pas toujours idéales, surtout en hiver. C'est pourtant ce qui motive Ian Fontaine. Le surfeur quimpérois, classé dans les trente meilleurs européens, défie la météo houleuse et glisse sur les vagues oubliées, celles qui flirtent avec les digues et les rochers.

Ian Fontaine a tutoyé les plus belles vagues du monde, comme dernièrement la mythique Teahupo'o, à Tahiti, le spot qui accueillera les épreuves olympiques en 2024.

Pourtant, ce qui le motive depuis cet hiver, c'est de surfer dans des endroits peu accessibles du Finistère, là où les vagues se cassent près des digues et des rochers. Des vagues oubliées voire moches. "Des non-vagues" dit celui qui veut, avant tout, s'amuser. 

On prend ce qu'il y a à prendre, sans attendre les bons jours

Ian Fontaine

"Fun first", c'est d'ailleurs le titre de la série qu'il a réalisée avec Gaetan Duque. "Pour montrer que, quand les conditions sont pourries en Bretagne, spécialement en hiver, on peut s'éclater quand même, explique Ian Fontaine. On prend ce qu'il y a à prendre, sans attendre les bons jours. On n'a peut-être pas les meilleures vagues de la planète mais quel pied !"

"Retour en enfance"

La quête de spots qui sortent du lot résonne comme une aventure pour Ian Fontaine  et la petite équipe qui lui a emboîté le pas. "On bouge dans le Finistère, on étudie les conditions, tels des géographes amateurs. On va là ou personne n'a jamais surfé" relate-t-il, sans volontairement donner trop de précisions. Un spot, ça se mérite. Qui cherche trouve, en quelque sorte.

On n'y va pas non plus comme des inconscients

Ian Fontaine

Le surfeur de 28 ans, classé dans les trente meilleurs européens, aime les spots secrets, loin de la foule qui s'agglutine sur les vagues les plus prisées. Il voit aussi dans ces sessions peu ordinaires un moyen de garder sa motivation intacte. Et de renouer avec l'émotion des débuts quand, à 7 ans, il pose un pied pour la première fois sur une planche, dans le sillage de ses deux grands frères. "C'est presque un retour en enfance, sourit-il, c'est de cet ordre-là. Quand on découvre un spot nouveau, on est comme des fous".

Des fous mais pas des têtes brûlées : l'adrénaline impose de calculer les risques. "On n'y va non plus comme des inconscients. On reste professionnels".

Surf-trip à la maison

Surfer en Bretagne, en plein hiver, dans une eau à 11 degrés, sous la pluie, dans le vent, emmitouflé dans une cagoule, des chaussons et des gants, il faut en vouloir. Ian Fontaine est du genre addict, même s'il doit sauter d'une digue pour se mettre à l'eau et lutter contre les éléments pour garder les deux pieds sur sa planche.

Il n'a pas non plus le choix s'il veut maintenir son niveau de glisse et s'entraîner depuis le Finistère sans coupure hivernale. "Au lieu de partir pendant six mois à l'étranger, comme je le faisais avant, j'ai trouvé l'alternative en allant chercher ces vagues défoncées. Cela me permet de me recentrer sur ce qui existe ici" indique-t-il.

Le Covid a également joué sa part dans ce retour aux sources finistériennes. Bloqué par les confinements et les restrictions de déplacements successifs, le jeune homme embarque une bande de potes dans un surf-trip à la maison.

Ces sportifs, habitués à parcourir le monde, se retrouvent à bord du Commodore Hostel - le bus scolaire réhabilité en auberge itinérante de surf par Pierre Mainguy - et filent explorer les spots à moins de 100 km de chez eux. Cette épopée, ils la racontent dans la web-série J'irai dormir chez moi. Trois épisodes qui ont cartonné à leur sortie.

Ce qui intéresse désormais le surfeur installé à Quimper, c'est "le chemin plutôt que l'arrivée". Il veut prendre du plaisir au lieu d'enchaîner les compétitions et la course aux points.

Une mauvaise blessure au dos l'avait éloigné du surf pendant six mois en 2019. De quoi remettre les compteurs à zéro ou presque "pour revenir à l'essentiel : savourer la sensation de glisse" confie-t-il.