Après la psychose sur les chevaux, l'angoisse autour des vaches mutilées dans le pays de Vitré

Une inquiétude monte dans le Pays de Vitré. Le monde équin connait une vraie psychose après les nombreuses agressions de chevaux perpétrées depuis le mois d'août. C'est maintenant les éleveurs de bovins qui s'inquiètent. Deux vaches ont été lacérées et trois autres ont été retrouvées mortes. 
 

Deux vaches sévèrement blessées près de Rennes
Deux vaches sévèrement blessées près de Rennes © Christian Watier - MaxPPP
La piste criminelle est privilégiée à Sens-de-Bretagne. Une source proche de l'enquête nous le confirme, "aucun doute", un acte humain est derrière la lacération des deux vaches. "La peau d'une vache de 500 à 600 kilos, c'est du cuir. Une entaille de 20 cm et une autre de 50 cm ne se fait qu'avec un objet très tranchant" ajoute le vétérinaire qui a soigné les bovins.
 

Les éleveurs de Sens-de-Bretagne dans la tourmente


Deux génisses ont été mutilées dans le GAEC de Montbouard près de Vitré, et trois vaches ont été retrouvées mortes empoisonnées ce samedi 5 septembre. Ces deux attaques ont eu lieu dans les communes voisines de Sens-de-Bretagne et de Vieux-Vy-sur-Couesnon près de Rennes. Les éleveurs de bovins s'inquiètent et redoutent qu'après les chevaux, les vaches soient victimes d'aggressions.
 
Le Colonel Maldant, commandant la brigade de Vitré, nous le confirme. Ses équipes sont fortement mobilsiées pour identifier tous les propriétaires de chevaux, faire des rondes autour de leurs propriétés, aller à leur rencontre pour les rassurer et faire des appels à la prudence. Des hommes de sa brigade enquêtent également pour retrouver le ou les auteurs des blessures faites aux deux vaches de Eric Poussin et Vincent Gaillard.

La gendarmerie de Vitré cherche à connaitres les raisons d'un tel acte. S'agit-il d'un effet d'opportunité, de mimétisme, ou est-ce un acte de vengance, quelqu'un voulant du tord à l'un des agriculteurs ? Les questions sont nombreuses. L'enquête attend également les résultats d'analyses médicales réalisées sur les trois vaches retrouvées mortes près de leur abreuvoir.
 

Deux vaches lacérées à Sens-de-Bretagne


Mathieu Audren, vétérinaire sur le territoire de Vitré, a constaté les blessures des deux vaches lacérées.
 

Ces deux génisses sont gestantes. Elles portent chacune un petit veau. Cela fait tellement de peine de voir la douleur de ces animaux et celles des éleveurs. Ils aiment leurs bêtes et travaillent dur pour un faible salaire. Si je dois euthanasier une des vaches, ce sera un crève-coeur et une vraie perte financière pour l'éleveur.

Mathieu Audren, vétérinaire


Le pronostic vital des deux vaches du GAEC de Montbouard n'est pas engagé. "Les blessures sont importantes mais les coups portés ne pouvaient pas tuer", nous explique Mathieu Audren. "La blessure de 20 cm au fanon, le repli de peau qui pend sous la gorge, n'avait aucune chance de tuer. C'est dans le gras. La vache va guérir même si la blessure est importante. La plus grande inquiétude est pour la vache blessée à l'articulation d'une patte. L'os est touché". 

Le vétérinaire nous précise la situation pour l'éleveur et sa génisse. "N'étant pas dans un milieu hospitalier le risque d'infection est important. Les vaches sont des animaux qui ne sont pas très coopératifs et qu'il est difficle d'approcher. Le traitement est cher et la réalité économique est implacable."  Mathieu Audren attend encore d'avoir quelques informations sur la blessure de la vache mais redoute que le coup des traitements et des frais vétérinaires soient trop élevés pour l'éleveur. "Certains soins ne sont pas possible en médecine vétérinaire rurale".
 

Si je l'euthanasie, en plus de la peine, cela sera une perte sèche pour l'éleveur. Il perdra la vache et son veau.

Mathieu Audren, vétérinaire


Trois vaches empoisonnées à Vieux-Vy-sur-Couesnon


L'analyse est en cours pour les trois vaches retrouvées mortes près de leur abreuvoir. Recherche d'anesthésiant, de tranquilisant ou de sédatif. Pour Mathieu Audren, qui est allé sur place, la possibilité d'une intoxication alimentaire naturelle est également possible. "Les éleveurs sont stressés, la psychose gagne du terrain. C'est dur à vivre pour les agriculteurs qui s'occupent tant de leurs bêtes de les imaginer être la cible d'agressions." 

Le pays de Vitré est une zone rurale, où les éleveurs de chevaux et de bovins se croisent. La multiplication des attaques sur les chevaux fait craindre le pire aux éleveurs.


La hantise des éleveurs


Vincent Gaillard et Eric Poussin éleveurs à Sens-de-Bretagne près de Rennes, dont les deux vaches ont été gravement blessées, avaient déjà des craintes avant l'aggression des leurs deux Blondes d'Aquitaine. "On était pas parano, mais on se disait que ça pouvait arriver sur les bovins, et bien sûr, c'est arrivé" confie Eric Poussin à France Bleu Armorique.

Depuis qu'il a découvert ses deux vaches tailladées dans son champs, Vincent Gaillard est dans l'inconnu. "La nuit je fais des rondes, mais je ne peux pas le faire constamment, je ne vais pas tenir."

 

Ma hantise c'est d'aller les voir le matin et d'en retrouver mortes ou blessées dans le champ.

Vincent Gaillard, éleveur des vaches tailladées à Sens-de-Bretagne

  
Sur le lieu de pature des vaches aucun objet tranchant. Rien n'a été retrouvé, aucun objet qui aurait pu les blesser. "Sur ce pré, pas de ratelier ou de barbelés, c'est un simple champs". Les éleveurs redoutent une nouvelle intrusion.

Pour le moment, le mystère reste entier quant aux mobiles du ou des agresseurs, et de leur identité.


Cartographie des attaques de chevaux et de vaches en France


La première attaque en Bretagne date du 18 août, sur un cheval retrouvé égorgé dans son pré.  
Depuis février 2020, des dizaines de chevaux ont été mutilés dans une dizaine de départements de France. Pour l'instant, aucun lien formel n'a été établi entre les faits, mais le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, promet "la mobilisation de tous les services pour que justice passe".

France Bleu retrace la mystérieuse série de mutalitions de chevaux en France depuis février 2020 par une enquête détaillée.
 
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