Faute d'animateurs, des séjours de vacances pour personnes en situation de handicap risquent d'être annulés

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La Fédé, association de Redon, a lancé un cri d’alarme sur les réseaux sociaux. Il lui manque 25 animateurs pour pouvoir organiser des vacances cet été pour des personnes en situation de handicap mental. Si elle ne reçoit pas rapidement des candidatures, certains séjours seront tout simplement annulés.

"C’est très terre à terre, mais si on n’a pas les animateurs, on va être obligés d’annuler," prévient Aurélie Durieux, animatrice et coordinatrice de Séjours adaptés à la Fédé la mort dans l’âme. Dans quelques jours, le 23 mai, une rencontre est organisée avec le comité de pilotage de la Fédé. En fonction du nombre d’animateurs recrutés, là où il y aura des trous, on annule.

Pour l’instant, 25 animateurs manquent à l’appel pour les séjours que l’association organise entre le 9 juillet et le 13 aout pour des personnes en situation de handicap mental. La Fédé proposait de mettre le "Cap sur l’Ile de Groix", de partir à la découverte des "Trésors du Cantal" ou des "pépites de la Belgique". Aurélie Durieux a le cœur gros.

"On ne peut pas laisser partir des gens tout seul et on ne peut pas les prévenir à la dernière minute si on veut leur laisser une chance de trouver une autre solution pour partir s’aérer."

Les vacances, c'est un droit

Depuis la loi de février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, les vacances sont un droit et "elles sont aussi importantes pour les personnes en situation de handicap que pour tout le monde, peut-être même plus " suggère Karine, une animatrice de l'association.

Elle se souvient de son premier séjour avec la Fédé. C’était à Arcachon. Il y a 7 ans. "Il y avait un monsieur en déambulateur, il n’a pas grimpé la Dune du Pilat, mais il a réussi à aller jusqu’au pied de la Dune."
"Un autre jour, on a été dans des grottes dans le Pays Basque. Il y avait un monsieur qui avait une phobie, une peur d’être enfermé, il est venu et en sortant, il était très heureux."

"Les vacances, c’est un moment d’évasion, de rencontres., poursuit-elle. Les personnes qui partent en séjour avec nous viennent de foyers différents, ne se connaissent pas, se découvrent."


Ils découvrent aussi les animateurs, les propriétaires des gites dans lesquels nous résidons. "Souvent, raconte-t-elle, on invite nos hôtes à venir boire l’apéritif. Et puis, sur la plage, dans les musées, au bal du 14 juillet, on croise tous les autres vacanciers, c’est génial ! C’est vraiment des Rencontres avec une grande majuscule. Je suis toujours aussi émerveillée". 

"A la fin des vacances, ils nous disent Merci. Je pense que dans l’inconscient collectif, ce n’est pas encore acquis que les personnes en situation de handicap peuvent avoir des désirs de vacances et peuvent partir en vacances."

L'animatrice le sait, "les vacances, c’est parfois leur seule porte de sortie du foyer ou de la famille dans laquelle ils vivent 24h24. C’est hyper important !"

"Après la crise sanitaire liée au Covid, cela fait deux ans que les personnes attendent les vacances" ajoute Aurélie Durieux. "On sent qu’il y a une énorme demande. Beaucoup d’organismes ont fermé, les 300 places pour les séjours que nous proposons ont été prises d’assaut, et on n’a pas assez de monde pour pouvoir les accompagner" se désole-t-elle.

Une pénurie récurrente

Le problème se pose depuis plusieurs années, mais la Fédé n’en n’avait jusqu’alors pas trop souffert. "Et puis là, on le prend de plein fouet" constate la coordinatrice.

Elle a vu le profil des candidats évoluer. "Avant, détaille-t-elle, on avait beaucoup d’étudiants qui arrivaient à 18 - 19 ns et qui restaient jusqu’à 22-23 ans au moment de leur entrée dans la vie active. Ces derniers temps, on ne sait pas pourquoi, ils ne reviennent pas."

La Fédé diffuse ses annonces dans toutes les écoles du secteur du médicosocial et de la santé. Les séjours intéressaient les futurs éducateurs spécialisés, moniteurs-éducateurs, les infirmiers, aides-soignants, orthophonistes, psychologues en devenir.
"Dans tous ces métiers-là, constate Aurélie Durieux, ce qu’il faut savoir c’est que les écoles sont en pénurie de candidats. Donc là où on avait potentiellement le plus de personnes à aller chercher pour partir en séjour, il n’y a plus d’élèves !"

Une sacrée expérience

La Fédé a fait le choix de séjours en petits groupes. Sept personnes en situation de handicap et deux animateurs-accompagnateurs. "La plupart des vacanciers viennent d’établissements médico-sociaux donc ils sont déjà dans du collectif toute l’année, ça les change de vie et ça garde l’idée que nous nous faisons des vacances, de couper du quotidien" explique Aurélie Durieux.


Pour les étudiants, c’est une sacrée expérience . "Quand on part avec sept personnes en situation de handicap, qu’on est 24h sur 24 avec eux, qu’on les accompagne au quotidien et qu’en plus de ça on fait en sorte qu’ils passent des super vacances en mettant en place des animations, c’est hyper hyper riche. Ce n’est pas sept vacanciers, deux animateurs, que ce soit un groupe de neuf personnes."

Et puis, la coordinatrice emploie l'argument massue : "Sur un CV pour quelqu’un qui s’oriente vers ce milieu-là, ça fait vraiment bonne impression."

Des émotions puissance 1 000

Karine confirme que l’expérience lui a permis de mieux comprendre le handicap. "On accompagne des personnes en situation de handicap mental, mais ils ont parfois aussi un déambulateur, un problème associé, une fatigabilité. On le sait, mais là, on le sent. Au quotidien, sur les lieux de vacances, on voit bien les obstacles."

"C'est une expérience incroyable, qui me fait apprendre beaucoup sur moi, ajoute Enora qui accompagne régulièrement des séjours. On apprend à vivre en groupe, avec les particularités de chacun et de chacune, on apprend aussi à communiquer autrement avec celles et ceux qui n'ont pas le langage oral. Ce sont des séjours hors du temps, lors desquels on vit des émotions puissance 1 000 !"

Aucun diplôme n’est exigé, l’association demande aux animateurs d’être en possession de leur permis de conduire depuis plus d’un an et de suivre une formation en interne pendant deux jours au mois de juin.

La Fédé continue d’espérer. "Annuler ces séjours ce serait terrible pour les vacanciers qui en rêvent depuis des mois, et cela aurait aussi des répercussions sur les structures qui s’organisent aussi au niveau du personnel en fonction de tous ces départs en vacances et pour les familles, les vacances, ça peut être un moment de répit pour eux."

Depuis 2014, la Fédé a permis à plus de 3 500 personnes souffrant de déficit intellectuel de partir en vacances adaptées.