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Amateur de trails, la dialyse de nuit a changé la vie de Fabrice Huré

Fabrice Huré, à Montgermont. Juillet 2019 / © Benoit Thibaut FTV
Fabrice Huré, à Montgermont. Juillet 2019 / © Benoit Thibaut FTV

Lorsqu'en 2002, Fabrice Huré profite à Rennes d'un centre de dialyse de nuit, il retrouve goût à la vie et ses appétits de sport et de découvertes. Il court aujourd'hui de longs trails, et avec un film à l'appui, veut convaincre des bienfaits de ce type de dialyse.

Par Stéphane Grammont

En attente d'une greffe d'un rein depuis plus de 20 ans, Fabrice Huré vit au rythme de ses dialyses.

Un rythme quotidien, ou presque, qui l'assomme après le travail. "J'en ressortais fatigué, je n'avais ni le temps ni l'envie d'aller vers les autres" se souvient-il.

Une vie réglée sur ce traitement, qui avec les restrictions alimentaires, sont nécessaires au traitement de son insuffisance rénale.
 

La reprise de l’activité physique m’a permis de me réapproprier mon corps, et surtout m'ouvrir pour parcourir le monde


Cet ancien champion de Bretagne de badminton se souvient également de sa première séance avec des copains depuis longtemps, quelques semaines après ses premières dialyses de nuit.

"Je me suis donné à fond" raconte-il, avec une étincelle dans les yeux, "je me suis donné à fond sur deux ou trois parties bien tendues, après bien sûr j'étais crevé, mais tellement heureux".

Trois fois par semaines, Fabrice dort au centre de dialyse de nuit de Rennes. Les séances durent huit heures, et de ce fait sont beaucoup plus supportables.

"Sur 48 000 dialysés en France, il y a à peine 0,6 % qui ont accès à cette offre de soins, alors que les avantages sont multiples" explique Fabrice Huré. "La reprise de l’activité physique m’a permis de me réapproprier mon corps, et surtout m'ouvrir pour parcourir le monde".

 
 

Course longue durée

Fabrice est un compétiteur, "assez joueur, assez chambreur". S'il a fait le marathon du Mont Saint-Michel, s'il court aujourd'hui sur de longs trails, c'est parce qu'il a répondu à un pari à un soignant du centre de dialyse.

"Il m'avait dit : courir sur 10 kilomètres, t'es pas cap" raconte Fabrice. Ensuite, les lignes d'arrivées ont été toujours plus loin.

Pour son premier raid à la Réunion en 2008, "mon médecin m'a dit, hou là, c'est plus la même chose". Tests d'efforts longue durée, alimentation étudiée, Fabrice s'est transformé en curiosité pour a communauté des soignants du centre de Rennes, son néphrologue en tête.

Après les efforts, la douleur, l'ivresse des paysages parfois lunaires de la Réunion, Fabrice franchit la ligne d'arrivée, après plus de 17 heures et 67 kilomètres de course, dont 4 200 mètres de dénivellés: "je me souviendrais toujours de la réaction de mon néphrologue sur ma messagerie" dit Fabrice, "lui qui ne voulait pas, 10 ans avant, signer un certificat pour un foot entre copains".
 

Ce sera ensuite, quatre ans, un documentaire sur sa participation au Trail de Bourbon, autrement appelé la diagonale des fous, réalisé par son ami Cyril Portanelli.
 

Car son histoire, Fabrice veut désormais la faire connaitre au plus grand  nombre, et déjà aux dialysés, leurs familles et  la communauté médicale.

De projections-débats en congrès de médecins, il en même fait aujourd'hui son activité principale, suite à un différend avec son employeur et une rupture conventionnelle.

"La dialyse de nuit se développe doucement, mais les soignants sont de plus en plus convaincus de ses bienfaits" plaide Fabrice, "mais les centres de dialyse sont également confrontés à une question de coûts".

Son expérience personnelle en témoigne, la dialyse de nuit permet de se resocialiser, parfois même, tout simplement, d'avoir une vie professionnelle.

"Sur l'ensemble des dialysés, seuls 17% sont actif, donc la dialyse exclue socialement" explique Fabrice, "moi j'ai fait un petit sondage au centre de Rennes, sur les 38 patients, 65% ont un travail".

De nouveaux rêves


Sur son bureau, un courrier pour la ministre de la Santé va bientôt partir. Fabrice Huré souhaite en effet la rencontrer. Son programme de projection débat l'été est bouclé, avec en point d'orgue un raid dans les Pyrénées, fin août. "C'est ma manière de me rendre utile à la société" conclut Fabrice.

Pour plus tard, il ne sait malheureusement pas quand, Fabrice rêve d'une greffe longue durée qui tienne, pour, même s'il y aura toujours besoin de soins et peut-être même de dialyse, pouvoir courir après d'autres projets d'aventures. Car s'est ainsi qu'il est fait.
 

 

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