Attirer des aides-soignants, c'est tout l'enjeu. La Bretagne va devoir en recruter 10 000 d’ici à 2030

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Le métier d’aide-soignant peine à attirer. De nouvelles organisations pour plus de temps libre et plus de sens dans son travail, de nouveaux outils pour un quotidien moins pénible et des candidats éclairés sur le métier, voici quelques pistes pour rendre plus attractif le métier…. En attendant peut-être des salaires revalorisés. ©France 3 Bretagne / S. Salliou - T. Bouilly

Horaires décalés ou à rallonge, salaires peu élevés, le métier d’aide-soignant peine à attirer. Pourtant, en Bretagne, ils sont près de 30 000 et plus de la moitié des effectifs devra être renouvelée en moins de 10 ans. Alors, tout l'enjeu est de rendre attractive cette profession.

Dix mille aides-soignants devront être recrutés en Bretagne d'ici à 2030. Et déjà plus de la moitié des établissements où ils travaillent, embauchent. Alors, comment rendre attractif ce métier ?

Depuis quatorze ans, Mélinda Do Vale est employée à l'Hospitalité Saint-Thomas de Villeneuve, un Ehpad de Baguer-Morvan, en Ille-et-Vilaine. Il y a un an, cette aide-soignante a changé d’horaires. Comme toutes ses collègues, elle travaille désormais dix heures par jour et non plus sept. Depuis, elle cumule un ou deux jours de congé par semaine. C’est mieux pour sa vie personnelle et pour son travail : "C’est moins la course qu’avant et la prise en charge est beaucoup plus adaptée, car les équipes changent moins. On a un meilleur suivi sur la journée", témoigne-t-elle. 

Une meilleure organisation du travail 

Au vu de l'absentéisme et du nombre de démissions, la direction a décidé de changer son organisation. 

Autre nouveauté, chaque aide-soignant est, à présent, responsable de trois ou quatre résidents en priorité. Et Véronique Schneider, la directrice de l’établissement, ne regrette pas ce choix : "Il y a une possibilité pour les professionnelles d’être plus autonomes dans leur manière de travailler. Ce sont elles qui vont faire des propositions au plus près des besoins des résidents. Il va véritablement y avoir un accompagnement plus personnalisé".

Investissement dans la domotique 

À chaque établissement, une organisation particulière de façon à ce que les équipes se sentent au mieux, même si les salaires n’ont pas augmenté. Et il n’y a pas une seule bonne idée. "C’est un ensemble", nous assure le directeur de la résidence du Bignon à Pleugueneuc, en Ille-et-Vilaine. Vincent Suarez vient d’investir 75 000 euros dans de la domotique, du matériel pour soulager ses équipes : "Un résident qui va chuter, qui va se lever la nuit dans son logement, si l'équipe n'est pas immédiatement à proximité de son logement, elle sera informée automatiquement".

Chaque résident dispose aussi d'un bracelet, grâce auquel il peut joindre les équipes et expliquer pourquoi il a appelé. Christiane Chasselin, résidente, y voit un grand intérêt : "Il y a beaucoup de personnes qui n’ont plus toute leur tête et qui appuyaient pour pas grand-chose". Ce bracelet permet donc un gain de temps, car il évite des déplacements inutiles. Sonia Mallard, aide-soignante, confirme : "Maintenant, on sait s’il y a une urgence ou pas. Et quand ça n'est pas urgent, on demande aux résidents d'attendre leur tour. Ils sont très compréhensifs"

Trouver du sens dans son métier

Dans les écoles d’aides soignants, ces contraintes ne sont pas cachées. Les étudiants passent la moitié de leur formation en stage. Nadira Maoudia est entrée à l’école au mois d'août, à l'Institut Formation Santé de l'Ouest, Rennes (Ille-et-Vilaine) : "C'est vrai qu'il y a des contraintes, mais on est formés pour ça, en fait. Il faut juste être organisé et se lancer", raconte l'étudiante aide-soignante. 

Pour renforcer le recrutement, un soin particulier est apporté à la diversité des profils. C'est ainsi, que dans le but d'éviter des abandons pendant la formation, se côtoient des jeunes de 18 ans, un homme et aussi des femmes en reconversion. Murielle Gicquel a travaillé dans les assurances durant 30 ans : "Peut-être que j’avais fait le tour justement de mon ancien métier. Parfois, il y a des événements dans votre vie, et on se dit, c'est la dernière ligne droite, c’est pour ça que je me suis lancé. Aujourd'hui, je me dis juste pourquoi je ne l'ai pas fait avant, c'est mon seul regret, mais il n'est jamais trop tard", raconte-t-elle avec émotion.

De nouvelles organisations pour pouvoir dégager plus de temps libre et apporter plus de sens dans son travail, de nouveaux outils pour un quotidien moins pénible et des candidats mieux éclairés sur le métier, ce sont quelques pistes qui peuvent rendre le métier d'aide-soignant plus attractif, en attendant, peut-être une revalorisation des salaires. 

Avec Sylvaine Salliou et Thierry Bouilly