CHU de Rennes face au Covid-19 : le risque de saturation inquiète

147 patients Covid sont actuellement hospitalisés au CHU de Rennes, un niveau jamais atteint. Un fort afflux de patients est attendu en avril. Des opérations "non-urgentes" sont déprogrammées, mais l'hôpital dit "stop" et en appelle à la solidarité des autres établissements, privés et publics.

Ambulances au CHU de Rennes
Ambulances au CHU de Rennes © Eric Pinault/France Télévisions

Comment faire face à l'afflux de patients dans les services de réanimation. Il n'a jamais été aussi important au CHU de Rennes : 147 personnes malades du Covid-19 y sont actuellement prises en charge. Le pic de la deuxième vague fut de 122.

Il faut donc créer de nouveaux lits de réanimation et "ça ne se fait pas d'un coup de baguette magique" indique le professeur Matthieu Revest, infectiologue.

Au-delà du matériel, du personnel qualifié

D'abord des lits et du matériel. Pour cela une seule solution : réduire l'activité, en chirurgie surtout. Cela libère des lits et aussi du personnel qualifié. 83 lits de réanimation, Covid ou non Covid sont ouverts au CHU de Rennes grâce à la fermeture de 7 salles de blocs opératoires (sur 35).

Cela permet de "récupérer" des anesthésistes par exemple, qui ont la compétence en réanimation. "Ces salles peuvent aussi accueillir des patients en réanimation" précise Véronique Anatole-Touzet, directrice générale de l'hôpital rennais.

 

Véronique Anatole-Touzet, directrice générale CHU Rennes
Véronique Anatole-Touzet, directrice générale CHU Rennes © Eric Pinault/France Télévisions

Eviter la "perte de chance"

Le CHU de Rennes a atteint, voire dépassé dans certaines spécialités, le taux de 25 % d'actes déprogrammés. Et cela devient compliqué d'aller plus loin. "Il faut éviter toute perte de chance" explique la directrice, c'est à dire ne pas reporter un soin si cela diminue la chance de réussite. 
"Nous devons aussi préserver les activités de recours du CHU". Ce sont ces actes si spécifiques qu'ils ne sont pas exercés ailleurs dans la région. Des opérations de neurochirurgie, cardiologie, cancérologie lourde ou encore transplantations par exemple. 

Appel à la solidarité territoriale

A ce stade, seule la solidarité territoriale peut préserver la qualité des soins. Le professeur Yannick Malledant, médecin réanimateur, est aussi co-coordinateur des soins critiques pour la région Bretagne. Huit médecins régulateurs partagent leurs informations pour connaître à l'instant "T" le niveau de tension en réanimation partout en Bretagne.

"Nous coordonnons le transfert de patients, explique Yannick Malledant, afin d'éviter la saturation dans les établissements et "chaque service de réanimation doit conserver une marge de 2 à 3 lits en permanence pour faire face à l'imprévu". Ce système de solidarité tient bon mais doit encore s'améliorer.

Les cliniques privées de la métropole rennaise jouent le jeu : accueil de patients en chirurgie vasculaire, mise à disposition de médecins anesthésistes ou encore ouverture de deux lits de réanimation supplémentaires au CHP Saint-Grégoire, "mais en médecine, il va falloir une solidarité plus forte pour nous permettre de maintenir nos missions spécifiques" réclame la directrice du CHU.

 

 

Le système de soins ne peut pas tout faire.

Matthieu Revest, infectiologue

 

"Avril sera très difficile, on le sait", annonce Matthieu Revest. Le CHU a  admis 23 patients le même jour récemment". Un chiffre qui doit interpeller tout le monde selon l'infectiologue, lequel invite chacun à aider l'hôpital. "Il fait beau, alors quand on voit quelqu'un c'est dehors. Le système de soins ne peut pas tout faire. Chacun doit faire des efforts pour appliquer les mesures barrières".

Des efforts aussi pour l'après-crise car les soignants le savent déjà. Une fois l'épidémie jugulée, l'activité des hôpitaux subira la vague des interventions déprogramées. Un surcroît de travail pour au moins six mois au CHU de Rennes.

 

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