"On avait un site internet, très lourd, un gros paquebot". Pour moins polluer, des entreprises mettent au régime leur site web

Désireuses de diminuer leur empreinte carbone et leur pollution numérique, quelques entreprises choisissent de faire subir un régime minceur à leur site internet, en réduisant leur nombre de pages et en enlevant des fonctionnalités. Parmi elles, le pôle promotion marketing de Destination Rennes, qui a pour mission de valoriser l'attractivité de la capitale bretonne.

"On avait un site internet, très lourd, un gros paquebot, avec des grands aplats, des photos haute définition…", explique Vincent Aubrée, directeur de Destination Rennes.

À chaque fois qu'un internaute navigue sur un site web depuis son ordinateur ou son smartphone, il télécharge des données, stockées sur des serveurs, souvent lointains, qui consomment de l'électricité et génèrent du CO2.

On a fait faire un gros régime au site, avec un fil rouge : alléger et simplifier.

Gaétan Roisnel,

responsable digital et marketing Destination Rennes

Et pour arriver à diviser par quatre les émissions de CO2, "on a fait faire un gros régime au site, avec un fil rouge : alléger et simplifier" abonde Gaétan Roisnel, responsable digital et marketing. Ainsi, désormais, "pour un article, l'image mise en ligne ne peut pas dépasser un certain poids qu'on a calé à 500 ko alors que ça pouvait monter avant à deux mégas par photo", note Gaëtan Roisnel.

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3,5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre

Autres mesures : le bannissement des vidéos qui se lancent automatiquement (système de l'auto-play très en vogue sur les réseaux sociaux), la fin des cartes pour localiser un hôtel ou un restaurant, ou un parcours de navigation qui permet de réserver un billet sans devoir créer de compte. 

Pour un avion ou un bateau, on voit un nuage de pollution mais sur un ordinateur vous ne voyez rien, car la pollution se passe très loin. Il faut en avoir conscience.

Gaëtan Roisnel,

responsable digital et marketing Destination Rennes

Comme l'explique l'Ademe, l'agence de la transition écologique, le numérique est "responsable de 3,5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre et la forte augmentation des usages laisse présager un doublement de cette empreinte carbone d'ici à 2025", d'après un rapport datant de janvier 2022.

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Frugalité numérique

En 2021, Dalkia, filiale d'EDF qui compte 20.000 salariés et dont le métier est d'accompagner ses clients à "consommer mieux", a, par "cohérence" vis-à-vis de son activité, refondu totalement son site en 2021 visant la "frugalité numérique", avec notamment des photos d'une seule couleur. "On avait des milliers de pages : on a fait un gros travail pour élaguer en les divisant par quatre. En mettant moins de datas, on est passé de sept à deux serveurs, dont l'un est éteint le soir", relate le directeur de la communication Jean-François Allin, reconnaissant qu'en interne, il a fallu convaincre les équipes du bien-fondé de cette sobriété.

En cette époque où "l'immédiateté" règne sur la toile, l'entreprise a mené une réflexion sur les réels besoins des navigateurs, optant pour un site "statique" et des contenus qui ne sont actualisés qu'une fois par jour. "Quand on a des infos à mettre en ligne, on accepte qu'elles soient mises le lendemain, ou le lundi après le week-end", explique ainsi Jean-François Allin.

Et, comme Destination Rennes, Dalkia a même constaté une légère hausse du trafic après la refonte.

Une dimension écoresponsable

Le nouveau site du groupe RATP, 3e opérateur mondial de transports urbains, assure suivre aussi cette tendance "basse consommation", diffusant des contenus "de type actualités ou communiqués et dossiers de presse" avec "une durée de vie limitée dans le temps" de six mois.

La dimension écoresponsable des sites internet "va devenir doucement, mais sûrement incontournable", analyse Jérémy Pilliaudin, directeur de l'agence Voyelle spécialisée en stratégie digitale. "Il y a quelques années, dans les cahiers des charges, les clients voulaient mettre plein de trucs... Désormais, il y a un changement de paradigme avec une démarche basée sur le besoin et non plus sur l'envie".