“Les rumeurs de Babel” d'Yvon Le Men, un poème, ode aux habitants de Maurepas à Rennes

© Aligal Production
© Aligal Production

Brigitte Chevet signe le documentaire "Les rumeurs de Babel" inspiré d'une œuvre d'Yvon Le Men et qui fait la part belle aux habitants du quartier de Maurepas à Rennes. En résidence d'artiste sur place, le poète y a découvert la grandeur de chacun, un trésor inexploité estime-t-il.

Par Emilie Colin


Les mots d'Yvon Le Men liés à ceux des habitants de Maurepas à Rennes ont permis à plusieurs œuvres d'éclore : un livre d'abord, un poème, le plus long dans la carrière de l'artiste "Les rumeurs de Babel" sur 200 pages, ainsi qu'un film documentaire réalisé par Brigitte Chevet et diffusé sur France 3 Bretagne (le 27 novembre 2017). Le poète breton revient sur cette résidence d'artiste et la découverte de ce quartier qu'il considère désormais comme son "centre-ville à Rennes".

Quel a été le point de départ de ce projet ?

J'ai une amie qui travaille à Maurepas depuis 40 ans, qui voue une vraie passion pour le quartier. Cétait un mystère pour moi, elle m'en parlait toujours d'une manière spéciale. Je suis allée avec elle me promener. Au fur et à mesure, je me suis dit "tiens il y a un secret dans ce quartier, j'aimerais le connaître." L'image qu'on a de Maurepas comme je le dis dans mon poème c'est "jamais en mieux, souvent mal." 

L'idée de la résidence d'artiste s'est alors imposée. J'ai monté le projet avec la ville de Rennes et la région. J'ai habité sur place pendant trois mois.


Sur place justement, quelle a été votre première impression ?

Ma première surprise, c'est le bruit, surtout pour moi qui vient de la campagne. Il y en a toujours. Au départ, quand ces immeubles ont été construits, les gens vivaient sur le même rythme, allaient au travail, dormaient au même moment. Maintenant, la société a explosé, les rythmes biologiques aussi, ce qui provoque cette cacophonie en continue. Les gens qui vivent seul se demandent toujours d'où vient le bruit.

L'architecture des lieux explique aussi ce phénomène, les bâtiments sont isolés du froid mais plus on isole du froid, plus ça résonne, ce que m'a expliqué l'architecte. 
 

Si tu veux écrire moi je peux t'aider (Pascal, habitant de Maurepas)



Comment avez-vous travaillé ? Comment avez-vous rencontré les gens et pu recueillir leur histoire ?

Je me promenais, je m'arrêtais pour écouter les gens. Je ne disais pas qui j'étais. Quand j'ai rencontré Pascal, il écrivait alors son premier poème (Pascal est l'un des protagonistes du documentaire qui a 52 ans a appris à lire et à écrire) et il m'a dit "si tu veux écrire, moi je peux t'aider, je peux t'apprendre le rythme." 

Ensuite on a sympathisé, nous sommes allés au restaurant et il m'a raconté sa vie, ses 22 ans de prison, son apprentissage de l'écriture. Il est passé par moi quelque part et par le film pour expliquer ce passé aux autres habitants. Moi j'écrivais ce qu'il me disait, sur des bouts de nappe. Là, je lui ai dit qui j'étais. Il m'a vraiment impressionné : ce besoin de rédemption, son investissement dans le quartier. J'en ai fait un poème qui commence par "Je suis un boulet". 

"Les rumeurs de Babel" c'est un long poème, comme un train qui avance, chaque nouvelle majuscule introduit un personnage. 
 
"Les rumeurs de Babel" : extrait avec Dania
Dania habitante du quartier de Maurepas raconte comment elle est arrivée ici et comment elle s'est appropriée ses murs.. mais pas seulement

Que retirez-vous de tout ça ?

Déjà je parraine d'autres résidences d'artiste dans le quartier. On n'est pas passé là comme ça. Mon centre-ville quand je viens à Rennes maintenant c'est Maurepas. Quand on voit le film finalement, on constate un gaspillage, de toutes les richesses, des histoires de ces personnes. Elles ont une parole sensée, très calme, très structurée. Je vois une grandeur d'âme en eux qui n'est pas assez révélée. Pascal et Dania, ils ont toujours des réponses pertinentes. J'ai trouvé que c'était un quartier émouvant, pas facile mais émouvant. 

D'un point de vue strictement poétique, j'ai intégré des choses qu'on n'utilise pas habituellement en poésie comme des chiffres, des statistiques, des expressions habituellement vulgaires. Avec des vers brefs, rimés, toutes ces paroles prennent du sens. 

Le prochain projet d'Yvon Le Men fera le lien entre Maurepas et Saint-Brice-en-Coglès, un travail d'écriture sur le monde paysan. 
 

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