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Saint-Malo : les pêcheurs-plaisanciers pourront-ils à nouveau pêcher du bar et s'en régaler ?

La pêche à la ligne préserve l'espèce et la qualité gastronomique du bar / © Jean-Michel Niester/PHOTOPQR/OuestFrance
La pêche à la ligne préserve l'espèce et la qualité gastronomique du bar / © Jean-Michel Niester/PHOTOPQR/OuestFrance

Le dernier avis du Conseil international pour l'exploration de la mer (CIEM) ne préconise plus l'arrêt de la pêche au bar dans la Manche. Certains amateurs de pêche récréative aimeraient bien en profiter tout de suite. Les professionnels sont plus partagés.

Par Marc-André Mouchère


On se souvient des manifestations des pêcheurs plaisanciers venus de toutes les côtes de la Manche contester l'interdiction de la pêche du bar suite au Conseil des ministres du 12 décembre 2017. Plus de 600 plaisanciers remontés contre la décision"de Bruxelles". La France et l'Europe ne faisaient que suivre les préconisations des scientifiques. Le CIEM, organisme indépendant auquel collabore IFREMER, avait lancé une alerte : le stock de bars en Mer-du-Nord et en Manche et en Mer Celtique était en péril. Une biomasse insuffisante, une diminution du nombre de reproducteurs : il fallait cesser les "prélèvements" d'urgence.
© Bleuenn Le Borgne / France 3 Bretagne
© Bleuenn Le Borgne / France 3 Bretagne


 

En 2018, finie la pêche au Nord !


Entre pêche professionnelle et pêche récréative, la décision des responsables politiques européens était délicate. Le rapport estimait que la pêche récréative capturait 1627 tonnes de bar (depuis 2012 on estime que la pêche loisir représente 25% du prélèvement total). Ils ont décidé d'interdire totalement la pêche amateur au nord du 48e parallèle, ou du moins de la limiter à la pratique du pêcher-relâcher ( cette pratique du "no kill" représenterait encore 80 tonnes de mortalité parmi les poissons relâchés). Le magazine La pêche et les poissons soulignait que "Les représentants des pêcheurs récréatifs avaient préconisé une fermeture totale de deux mois pendant la reproduction du bar (février-mars) et un quota mensuel de dix poissons pendant le reste de l'année".
© France 3 Bretagne
© France 3 Bretagne

 

Un nouveau rapport du CIEM 


En juin dernier le Conseil international pour l'exploration de la mer a révisé son avis. Il explique en particulier qu'aucune étude sérieuse des prélèvements de bars par les pêcheurs plaisanciers (la pêche récréative) n'a été menée depuis les enquêtes de 2012 (dans tous les pays européen de la zone concernée) et que les estimations faites depuis étaient peut-être trop sévères. Bref, des décisions prises sur des données incomplètes.

Le 3 juillet dernier IFREMER a publié un communiqué intitulé "décryptage de l'avis du CIEM" qui permet de comprendre comment en 2017 on en est arrivé un calcul compliqué et approximatif qui a déclenché les mesures drastiques de 2018. Mais IFREMER met en garde tout le monde: même si la situation du stock de bar permet d'envisager des prélèvements raisonnables et limités, elle reste critique parce que "le rétablissement de la biomasse au niveau de la biomasse de précaution reste impossible en 2020 même en l'absence de prélèvements"
En clair il faut continuer les efforts pour permettre à l'espèce de se reproduire et d'assurer l'avenir de la pêche.
 

Des mesures vécues comme injustes entre Nord et Sud


Au sud du 48e parallèle c'est 3 bars par jour pour la pêche récréative. Pour les plaisanciers français, une telle différence entre Manche et Atlantique est incompréhensible surtout que les bars voyagent et se reproduisent librement entre nord et sud, et qu'au sud les bateaux industriels perpétuent selon eux un massacre.
Car quelques bars débarqués chaque année suffiraient à satisfaire les plaisanciers. Eux demandaient même depuis longtemps des restrictions et une interdiction totale de pêche pendant la période de reproduction

À Saint-Malo le député Gilles Lurton, vice président de la Commission pêche-loisir va plus loin, il espère que les plaisanciers puissent pêcher des bars dés cet été, tout de suite ! Et il ajoutent qu'ils sont raisonnables et capables de se limiter à un quota mensuel ou annuel et à respecter une interdiction pendant la période de reproduction.


Si le CIEM avoue que les décisions ont été prises l'an dernier sur la base d'une erreur de la Commission européenne, pourquoi n'y aurait-il pas une décision immédiate ? (Gilles Lurton)
 


L'affaire aura au moins eu l'intérêt de révéler l'importance économique du secteur de la pêche de loisir avec des retombées sur tout le secteur de l'industrie nautique, des ports de plaisance et du tourisme, du matériel de pêche et du commerce. Beaucoup d'emplois en jeu.

Au parlement européen, Alain Cadec (député européen, président de la commission de la pêche) œuvre depuis le début de l'année pour l’intégration de la pêche récréative dans les plans de gestion de la pêche du bar. Et pour commencer à bien compter, il a proposé un carnet de capture:

" J’ai à cet effet proposé un projet pilote pour la mise en place d’un carnet mensuel de capture pour la pêche du bar qui a été adopté par le Parlement européen."  (Alain Cadec)


 

Les professionnels divisés

 

Du coté des professionnels, la réglementation au nord du 48e parallèle, n'autorise plus que 5 tonnes par an de bar pour les ligneurs et 1,2 tonne par an pour les chaluts, avec une interdiction totale pendant la période de reproduction du bar en février et mars (repos biologique).

La mesure est bonne pour les ligneurs qui représentent la seule pêche à coup-sûr "durable" parce qu'elle cible les poissons de bonne taille et épargne les autres.

Cette réglementation autorise cependant les pêcheurs industriels à des captures inévitables (les chaluts et sennes ne ciblent pas une espèce ni une taille de poisson particulière). On peut consulter la réglementation professionnelle en détail sur le site du Comité national des pêches :

  • Chalut de fond : captures inévitables dans la limite de 1 % des captures totales par jour et par navire et de 100 kg par mois et par navire (hors fermeture en février-mars 2018) ;
  • Sennes danoise et écossaise : captures inévitables dans la limite de 1 % des captures totales par jour et par navire et de 180 kg par mois et par navire (hors fermeture en février-mars 2018).

C'est ce qui agace de longue date les petits pêcheurs ligneurs qui pointent le manque de sélectivité des senneurs qui useraient même de leurs quotas de captures inévitables comme d'une opportunité pour en fournir aux grandes surfaces.  

Mais ce qui les met en colère c'est que les pêcheurs industriels puissent pêcher du bar sur les frayères et en période de reproduction dans toute la partie sud des eaux françaises. L'hiver dernier le Quotidien de l'écologie Reporterre citait un groupe de 11 000 personnes qui s'étaient mises à photographier des bars sur les étals des poissonniers pour dénoncer sa pêche en période de reproduction. Mais toujours selon Reporterre, le comité des pêche national estime contre vents et marées, qu'il n'y a toujours pas de danger en zone sud!

Un post Facebook de Plateforme Petite Pêche dénonce aussi la surpêche du bar sur les frayères par les chalutiers pélagiques au sud du 48e parallèle.  Il accuse le CIEM de jouer à la roulette russe en envisageant de relâcher les mesures de protection (y compris pour les plaisanciers) :

Malgré une baisse constante des captures depuis les premières mesures de gestion en 2014, la situation du stock Nord est toujours dans une situation dramatique, avec :
- Un recrutement (juvéniles de bar qui rejoignent le stock) en 2015 estimé très faible
- Une quantité d’individus adultes toujours sous le seuil critique dit Biomasse Limite, en dessous duquel la population est menacée d’effondrement (voir ci-contre le graphe tiré de l’avis en question) !


Mais un autre facteur va sans doute intervenir dans les années à venir : le réchauffement climatique. Il se pourrait bien que le bar s'éloigne des côtes quand les eaux y seront trop chaudes.
 

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