"Vincent et les ours", le périple d'un aventurier face au dérèglement climatique et aux ours polaires

En juin 2021, le navigateur Vincent Grison est parti seul dans une zone inhabitée du Groenland. Là-bas, il était au plus près des conséquences du réchauffement climatique avec une fonte des glaces qui s'accélère. Au plus près du danger aussi car il a dû cohabiter avec les ours polaires. Chaque jour, Vincent racontait en temps réel, depuis la banquise, ses aventures à des écoliers. Le film documentaire "Vincent et les Ours" retrace cette aventure. Rencontre.

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A 35 ans, Vincent Grison semble avoir déjà eu plusieurs vies. Architecte naval, marin, travailleur humanitaire...Vincent est dans le mouvement continuellement et cherche à assembler toutes ses passions et ses engagements. Il navigue depuis son enfance et a effectué plusieurs traversées de l'Atlantique, dont la dernière en solitaire lors de la mini-transat 2015. Vincent s'est ensuite frotté à la coordination de projet pour Médecins sans frontières dans des zones dangereuses, en Syrie, en Irak, en République Démocratique du Congo. 

Et puis Vincent a eu l'envie de créer un "collectif plus fort", quelque chose où il pourrait mêler son goût pour l'aventure et l'urgence d'agir d'une façon ou d'une autre pour parler du climat en prenant appui sur une équipe solide. L'association Lamas Production a ainsi vu le jour en 2019. Elle compte aujourd'hui une centaine de membres actifs.  "Artic Lab" est le projet phare de l'association. Ce programme prévoit trois expéditions toujours dans la zone polaire pour continuer à approfondir les connaissances et mesurer l'impact des pollutions et du réchauffement. Mais avant cela en 2021 "Rennes Pôle Nord" a mené Vincent pour la première fois jusqu'au  Groenland où il a séjourné 16 jours seul sur la banquise au milieu des ours. 

Vincent est un conteur d'exception. Comme d'autres explorateurs avant lui, il semble "aimanté par les pôles". C'est sans doute cet attrait qu'il a pour le récit de voyage qui a séduit les 2000 enfants avec qui il a communiqué durant son séjour en autonomie  sur la banquise . 

A l'occasion de la diffusion dans Littoral du film documentaire "Vincent et les ours" réalisé par Mathurin Peschet, qui retrace une partie de ce périple, Vincent revient sur l'origine de ce voyage, ses questionnements, la cohabitation compliquée et inattendue avec l'ours et bien sûr les projets. 

Entretien avec Vincent Grison: 

Quel a été le point de départ lorsque vous avez décidé de monter une expédition où vous partiriez en autonomie sur une embarcation mi traineau-mi canot en zone polaire? 

A l'origine, il y a eu un besoin de plus en plus fort qui s'est exprimé où j'ai voulu devenir "acteur" face au dérèglement climatique que l'on connait. J'ai commencé par faire le tour de mes compétences. La mer a toujours occupé une place importante, il fallait qu'il y ait une connexion avec une aventure maritime.  Le choix de l'Arctique est venu rapidement car c'est une zone fragile où tout va très vite. Là-bas, le réchauffement est trois fois plus rapide. Ensuite, j'ai réfléchi au bateau que je pourrais concevoir et qui serait adapté à ce milieu. Le "Breizh glace" est né. Enfin, ce qui m'a animé, c'est la gestion globale du projet et toutes les interactions a créer entre les écoles, les institutions, les financeurs pour que l'on aille tous dans le même sens: sensibiliser autour du réchauffement. 

Dans le film "Vincent et les ours", on vous voit confronté à la présence de l'ours polaire qui au fur et à mesure devient de plus en plus inquiétante, comment vous étiez vous préparé à cela? 

Avec l'équipe, nous avions bien entendu pris en compte cet élément et je m'étais préparé à rencontrer l'ours. J'avais étudié la manière de me protéger en essayant de le déranger le moins possible. Là où j'ai été surpris, c'est que la concentration des ours polaires dans la zone où je me trouvais à cette saison à été beaucoup plus importante que les années précédentes. Et cela s'explique clairement par la réduction des glaces. L'animal venait se réfugier là où il y avait de la banquise. Au fur et à mesure des jours, les passages augmentaient et ils s'approchaient de plus en plus. Le danger quand on est seul, sans chien, c'est que l'on peut se faire surprendre. J'ai appris lors de mes missions humanitaires dans des territoires parfois très dangereux à savoir rester dans la maitrise et à prendre des décisions avant d'avoir franchi une certaine "limite". Dans cette situation, la limite que je m'étais fixée, c'était pas plus de deux attaques. J'ai donc décidé d'écourter de quelques jours mon séjour suite au dernier incident que l'on voit dans le film. 

Replay du documentaire "Vincent et les ours":

Comment les enfants ont-ils vécu toute cette aventure? 

Pour moi, et c'était même parmi les points de départ du projet, il fallait que les enfants puissent se sentir plus proches des pôles, qu'ils considèrent cela comme réel. Les temps de visio-conférence et de discussion avec les différentes classes ont occupé plus de 50% de mon temps sur la banquise.  Beaucoup de ces enfants étaient au début sceptiques, ils ne visualisaient pas concrètement cette partie du monde très éloignée pour eux et qui appartient plus à un "imaginaire". L'effet du dérèglement, ils l'ont vite compris. Il y a quelque chose qui s'est installée aussi avec les parents. Le soir, les enfants rentraient à la maison avec ces histoires à raconter, ça été très fort. 

Les expéditions sous différentes formes dans les zones polaires se multiplient ces dernières années, quel regard portez vous sur ce phénomène? 

On voit effectivement de plus en plus de programmes d'aventure se lancer, souvent avec un objectif plutôt sportif ou de record. Le motif scientifique peut parfois être associé à ces programmes mais il n'est pas toujours développé, il arrive parfois en "surface", plus pour des questions de communication. Cela peut avoir un effet pas très positif qui donne l'impression que ces entrepreneurs partent en "touriste" dans les zones polaire. Il faut faire attention.  En ce qui nous concerne, on n'est pas dans cette démarche sportive. On souhaite plutôt continuer nos investigations pour être réellement reconnu, "pris au sérieux" auprès des institutions et pouvoir développer encore notre volet pédagogique.  

En aout 2022, vous allez reprendre la direction de l'Arctique, avec quel objectif? 

Cette fois-ci, je ne vais pas repartir seul. Je serai accompagné d'un scientifique et d'une navigatrice photographe, Anne Beaugé. Trois expéditions sont au programme, du nouveau projet "Artic Lab". La première sera lancée au mois d'aout 2022. Ce programme va rayonner encore plus auprès des jeunes. On espère toucher directement 9000 collégiens, avec des collégiens et des lycées concernés mais aussi des adultes. L'ancrage local en Ille-et-Vilaine reste très fort. Nous allons poursuivre aussi le travail d'imagerie aérienne de cette région polaire et lancer également des études des sols pour évaluer les pollutions humaines et naturelles. Il y a matière...

A retrouver dimanche à 12h55 dans Littoral sur France 3 Bretagne, Vincent et les ours, un film de Mathurin Peschet