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Ivre et à contresens sur l'A11, l'automobiliste de La Chapelle-Heulin avait tué un gendarme vannetais

Balance de la justice - illustration / © AFP - F. Fife
Balance de la justice - illustration / © AFP - F. Fife

Le tribunal correctionnel de Nantes a jugé lundi 26 novembre, un automobiliste qui avait tué un jeune gendarme de 21 ans du Peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie (PSIG) de Vannes en juin 2017. Le procureur a requis cinq ans de prison. Une audience chargée en émotion.

Par France 3 Bretagne avec Presspepper.

Un automobiliste de La Chapelle-Heulin (Loire-Atlantique) a été jugé lundi par le tribunal correctionnel de Nantes, après avoir tué le 11 juin 2017 un jeune gendarme du Peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie (PSIG) de Vannes (Morbihan).

Le procureur de la République a requis cinq ans de prison, dont deux "au maximum" avec sursis, à l'encontre de cet ouvrier soudeur de 45 ans au Cellier (Loire-Atlantique) : cela impliquerait une incarcération, comme cela avait déjà été demandé à l'issue de sa garde à vue, mais le juge des libertés et de la détention (JLD) s'y était opposé à l'époque.

Franck B.- qui comparaissait donc libre à son procès - sera fixé sur son sort le 28 janvier 2019, le tribunal correctionnel de Nantes ayant mis son jugement en délibéré "compte tenu de la charge émotionnelle de l'audience".

Cette nuit-là, l'automobiliste circulait en effet avec 1,11 g d'alcool par litre de sang et roulait à contresens sur l'autoroute A11, à hauteur de La Chapelle-sur-Erdre (Loire-Atlantique), quand il avait percuté frontalement la Ford K de Jonathan Vischi... Le gendarme adjoint volontaire (GAV), âgé de 21 ans, se rendait lui chez sa grand-mère à Lyon (Rhône).
 

Des funérailles "bouleversantes"

Victime d'un "très grave traumatisme crânien", le jeune homme, sobre, était mort sur place, peu après l'arrivée des secours. Il avait été enterré à Pont-de-Roide (Doubs), d'où était originaire sa famille, en présence de gendarmes de Vannes et Montbéliard.

Cet ancien élève de la 38e promotion de l'école de gendarmerie de Fontainebleau (Seine-et-Marne) était en outre le fils de l'adjudant Christian Vischi, du Peloton de sûreté maritime et portuaire (PSMP) à Marseille (Bouches-du-Rhône).

"Il avait l'habitude de rouler la nuit, car il travaillait souvent de nuit et il trouvait que c'était moins dangereux", a témoigné son père, qui devait le retrouver le lendemain du drame.

"A 13h, ce sont finalement deux voitures de gendarmes qui sont venues à mon rencontre... L'officier qui en est sorti m'a dit trois mots : Jonathan est décédé, a raconté Christian Vischi. Je suis immédiatement rentré dans le Doubs, où j'ai grandi, pour ramener la dépouille de mon fils... Ses funérailles ont été bouleversantes : des gendarmes sont venus de Vannes, de Marseille et même de toute la France, car ils avaient connu mon fils à l'école de Fontainebleau."

Un parallèle avec Arnaud Beltrame

"C'était mon unique fils, et je l'ai perdu, a sangloté Christian Vischi à la barre du tribunal. Plus jamais on ne m'appellera papa, et jamais je ne serai grand-père."

Le jeune homme est décrit comme un "bon gendarme" par son commandant et un "très bon camarade" par ses camarades de promotion .

Son avocat a sollicité 200.000 € de dommages et intérêts pour lui et son épouse Murielle : il a fait le parallèle avec la mort du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame lors de la prise d'otages au Super U de Trèbes (Aude), près de Carcassonne, en mars dernier. "Le gendarme Beltrame a été tué par la bêtise humaine... Là, Jonathan Veschi a aussi fait sacrifice de sa vie : il a peut-être sauvé la vie d'une voiture où il y aurait pu avoir une femme et des enfants", a plaidé Me Mikaël Poinson.
 

Des clés cachées dans son caleçon

Le prévenu, pour sa part, a reconnu à l'audience avoir "bu un petit peu plus" que d'habitude en raison de ses "problèmes familiaux" : il sortait d'une soirée de "retrouvailles" avec une soeur avec laquelle il s'était longtemps brouillé.

Après avoir vidé des bières sur le parking d'un hypermarché "pour se mettre bien" avant la fête, il s'était montré "désobligeant" à l'égard d'une serveuse et "agressif" à l'égard des autres invités. La soirée, qui se tenait dans un restaurant, avait même dû être stoppée prématurément après qu'il ait vidé un extincteur...

L'homme avait alors refusé de confier ses clés de contact à ses proches... allant jusqu'à les cacher dans son caleçon. Avant le drame, il avait déjà ramené chez eux son frère et sa belle-soeur à Rezé, à l'autre extrémité de l'agglomération nantaise, et revenait sur La Chapelle-sur-Erdre pour faire un deuxième trajet.

Son frère avait par la suite raconté que le prévenu "zig-zaguait" sur le périphérique nantais et qu'il avait dû lui-même "rattraper le volant" pour éviter un accident.
 

"D'autres personnes auraient du être jugées à ses côtés" 

"On l'a laissé repartir pour qu'il aille chercher ses neveux et nièces... D'autres personnes devraient être jugées à ses côtés, aujourd'hui", a donc fustigé Me Mikaël Poinson, l'avocat des parties civiles.

"Je me suis rendu compte de rien, mais je ne me pardonne pas : j'ai fait quelque chose de grave, je ne sais même pas comment je pourrai me faire pardonner auprès de la famille, s'est excusé le prévenu à la barre. Leur souffrance doit être énorme : moi-même je suis père... J'y pense tous les jours : si je pouvais appuyer sur un bouton vert et prendre la place de leur fils, je le ferais."

Pour sa défense, le prévenu a fait valoir qu'il suit, depuis le drame, des soins aux Apsyades de Clisson (Loire-Atlantique), et qu'il a pointé régulièrement auprès des gendarmes du Loroux-Bottereau dans le cadre de son contrôle judiciaire. Ce père de trois enfants, jusqu'alors inconnu de la justice, est issu d'une famille "très gentille" de Saint-Jean-de-Boiseau (Loire-Atlantique), mais qui avait "de graves problèmes d'alcool" selon une voisine.

Son avocat a pour sa part critiqué les réquisitions du procureur de la République à l'encontre de son client. "Les foudres de la justice ne feront pas revenir ce jeune homme... La Justice, ce n'est pas la vengeance", a plaidé Me Olivier Renard.

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