Abattoir de dindes dans le Morbihan : L214 demande la fermeture du site du Faouët

Des dindes qui attendraient des heures dans des cages minuscules sans protection contre les intempéries. Ce vendredi 30 juillet, au petit matin, L214 est venue au Faouët, accompagnée d’un huissier pour faire constater des infractions à la règlementation sur le transport et l’abattage des animaux.
L214 demande la fermeture de l'abattoir de dindes du Faouët dans le Morbihan
L214 demande la fermeture de l'abattoir de dindes du Faouët dans le Morbihan © I. Rettig/FTV

Les premières constatations ont été faites dans la nuit. "Le premier camion qui transportait des animaux est arrivé à 23 heures", raconte Sébastien Arsac, directeur des enquêtes et porte-parole de L214, comme il y a quelques semaines, début juillet quand l’association s’était approchée de l’abattoir de dindes du Morbihan. "Il s’est rangé dans la cour de l’établissement. Et comme l’abattage ne commence qu’à 6h, les animaux attendent au moins 7h dans des cages minuscules."

"C’est contraire à la loi, explique Sébastien Arsac, il est écrit noir sur blanc que les animaux doivent être déchargés le plus rapidement possible après leur arrivée, puis abattus sans délai inutile."


Une dizaine de camions en attente

Ce 30 juillet, à 5 heures du matin, il y avait une dizaine de remorques en attente. "Les chauffeurs amènent les animaux, détèlent, et repartent chercher une autre remorque dans un autre élevage, commente le porte–parole de l’association. L’abattoir de dindes du Faouët, créé en 1980,  emploie 48 personnes abat 100 000 dindes par semaine. Il faut aller vite. Mais tout  ça, soupire -t-il, ce sont des souffrances supplémentaires pour les dindes."

"Elles ont déjà une vie catastrophique analyse-t-il,  97% des dindes proviennent d’élevages intensifs. Elles vivent 3 mois (pour les femelles) 4 mois (pour les mâles), enfermées dans des bâtiments, sans jamais voir ni herbe, ni soleil. Et là, on leur ajoute des souffrances évitables."


Des cages "minuscules"

Le porte- parole souligne aussi que les cages sont "minuscules". La réglementation européenne prévoit: " Un espace suffisant à l'intérieur du compartiment destiné aux animaux et à chacun des niveaux de ce compartiment afin de garantir une ventilation adéquate au-dessus de la tête des animaux lorsqu'ils sont debout dans leur position naturelle, sans qu'en aucun cas leurs mouvements naturels puissent être entravés. "

"Là, explique Sébastien Arsac, même couchées, elles ont la tête qui touche le haut de la cage,", il s’agace" la position naturelle, ça n’existe pas pour elles," 

L214 demande la fermeture de l'abattoir de dindes du Faouët dans le Morbihan
L214 demande la fermeture de l'abattoir de dindes du Faouët dans le Morbihan © I. Rettig/FTV

"Et pendant tout leur temps d’attente, ajoute-t-il, les dindes ne sont pas protégées des intempéries." Pourtant, la réglementation est claire et précise : "Les abattoirs doivent disposer d’un local ou d’un emplacement couvert pour la réception des animaux et pour leur inspection avant l’abattage ". "Mais là encore, assène-t-il, elle  n’est pas appliquée".


L'état au courant

L’association affirme que les services de l’état étaient au courant depuis des années, que plusieurs rapports de la Direction Départementale de Protection des Populations avaient signalé ces dysfonctionnements mais que rien n’a été fait.

L 214 va donc porter plainte contre l’abattoir pour "mauvais traitements envers les animaux commis par des professionnels" auprès du Procureur de la République de Lorient. Une plainte formelle auprès de la Commission européenne sera également déposée. "Les résultats des observations faites à l’abattoir du Faouët seront transmis à la commission d'enquête sur la protection des animaux pendant le transport (ANIT) du Parlement européen, qui a notamment pour mission de constater les infractions à la réglementation et les actions mises en œuvre par les États membres pour y remédier"  précise un communiqué de l'association.

Eureden affirme que le problème sera bientôt réglé

Dans un communiqué publié à la mi-journée, la coopérative Eureden (née en 2020 des fusions de Triskalia et D’Aucy, elle regroupe 20 000 agriculteurs et compte 60 sites industriels), propriétaire de l’abattoir, reconnait qu'un probléme sur l’aire d’attente des dindes avait été identifié : "un chapiteau ventilé, réalisé sur mesure, sera installé cet été. Il permettra une mise à l’abri des intempéries des animaux vivants. Il a été commandé mi-juillet et sera installé dès sa livraison, dans l’attente d’une solution définitive d’ores et déjà planifiée" indique le service de communication du groupe.

Yavn Lefebvre; le coordinateur environnement du groupe ajoute qu'"un grand projet de rénovation du site a été étudié. et a commencé. Il concerne les quais, la chaine d'abbatage. C'est un investissement de plusieurs millions d'euros, précise-t-il, il sera bouclé en octobre 2023. "

A la Direction départementale de la Protection des Populations, on souligne que la coopérative avait, en effet, été alertée. Plusieurs rapports lui ont été remis. "La mise aux normes devait être faite fin 2019 pour une application en 2020" explique Jean-Michel Chapperon, son directeur. "Comme cela n’était pas le cas, nous avons fait une mise en demeure en janvier dernier. Nous viendrons prochainement contrôler l’installation du chapiteau. Si cela n’est pas fait rapidement, l’abattoir risque une suspension de fonctionnement."

Concernant les cages, Eureden martèle :" nous respectons les normes de la profession¸ nous utilisons les cages spécifiques pour les dindes. Le bien-être animal est un sujet important pour Eureden qui poursuivra ses efforts pour s’adapter aux futures évolutions des bonnes pratiques."


Le plan abattoirs du gouvernement

Cette action de L214 arrive quelques jours après le Plan abattoirs lancé par le ministre de l’agriculture. Julien Denormandie a débloqué 115 millions d’Euros pour investir massivement dans les abattoirs. La France en compte un millier sur son territoire. L’objectif est de moderniser et d’améliorer les conditions de travail des hommes mais aussi de bien-être animal. Des dispositifs de contrôle par vidéosurveillance réclamés depuis longtemps par les associations seront mis en place dans une quarantaine de sites.

Le  plan souhaite aussi renforcer les contrôles, et notamment sur l’acheminement des animaux, et le cas échéant les sanctions, "Parce que les dérives de quelques-uns ne doivent jamais jeter l’opprobre sur toute une profession, le ministre adressera dès cette semaine un courrier à l’ensemble des Préfets pour rappeler les principes de protection animale en abattoir et leur demander d’agir avec fermeté lorsque la situation l’impose" détaillait  le ministère le 5 juillet.


Des plaintes déposées

En un an, depuis juillet 2020, six abattoirs ont été contraints de suspendre leur activité. Après des travaux de mise en conformité, deux d'entre eux ont rouvert leurs portes, mais deux autres sont toujours fermés.

Suite aux observations et aux constats faits cette nuit et ce matin, L 214 demande un "audit généralisé dans tous les abattoirs de dindes afin de contrôler la taille des caisses de transport, la présence d’abris pour les animaux en attente à l’abattoir et la conformité des chaînes d’abattage."  

L'association exige la fermeture immédiate du site du Faouët.
 

La députée européeenne Caroline Roose révoltée

" J'en ai marre de répéter la même chose, il y a une législation européenne qui existe, elle n'est pas appliquée" Caroline Rosse, députée européenne Les Verts ne masque rien de son agacement. Elle fait partie de la commission d'enquête sur le transport des animaux du Parlement européen. "Quelque soit le mode de transport, on voit des infractions à répéition, il faut que cela cesse," tempête-t-elle. "Les dindes n'ont même pas la place de se tenir couchées, elles devraient être transportées dans leur position naturelle et avoir suffisamment de place pour se tenir debout." Et la députée conclut : "Il faut arrêter de considérer les animaux comme des objets.

 

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