Plus de 250 victimes : l'affaire du chirurgien soupçonné de pédophilie examiné par le parquet de Lorient

Palais de justice de Lorient / © AFP - L. Venance
Palais de justice de Lorient / © AFP - L. Venance

La justice a identifié 250 victimes du chirurgien à la retraite Joël Le Scouarnec, suspecté de viols et agressions sexuelles sur des patients mineurs
durant près de 30 ans dans le Centre et en Bretagne. Cette affaire de pédophilie d'une ampleur inédite va être traitée par le parquet de Lorient.

Par T.P. avec AFP


Incarcéré depuis sa mise en examen il y a deux ans, cet ancien chirurgien de 68 ans devra répondre du 13 au 17 mars devant la cour d'assises de la Charente- Maritime à Saintes, d'accusations de viols et d'agressions sexuelles sur quatre victimes, mineures à l'époque des faits. Ces faits, qu'il reconnaît partiellement, remontent aux années 1989 à 2017.

Mais depuis le début de l'instruction de cette affaire, la liste des accusations s'allonge. Car les enquêteurs ont découvert en 2017, à son domicile de Jonzac, de mystérieux carnets comprenant près de 200 noms d'enfants, laissant présager une affaire d'une ampleur inégalée. Durant cette période, le chirurgien a travaillé en Touraine, à Loches (Indre-et-Loire), en Bretagne, à Vannes et Lorient (Morbihan) et en Charente-Maritime, à l'hôpital de Jonzac, lieu de son dernier domicile.
 

La seconde procédure transmise au parquet de Lorient

Après la clôture du premier dossier en mars, la justice a décidé d'ouvrir une procédure distincte des quatre premiers cas pour retrouver et entendre d'autres
éventuelles victimes. Au bout du compte, les gendarmes ont pu identifier "250 potentielles victimes de faits non prescrits", un chiffre exceptionnel pour ce type d'affaire, et "184 ont souhaité déposer plainte", a annoncé ce lundi 18 novembre dans un communiqué le procureur de La Rochelle. La grande majorité, 181, étaient mineures au moment des faits. Selon le magistrat, 209 personnes ont déjà été auditionnées et "plusieurs d'entre elles font état de souvenirs précis".

L'enquête se concentre en Bretagne, et notamment dans le Morbihan où 100 faits potentiels ont été répertoriés et 23 autres dans le Finistère, a encore révélé le procureur. Au total, d'avril 1991 à janvier 2014, 159 agissements pourraient relever de crimes et/ou délits "sur le ressort de la cour d'appel de Rennes".
Devant le nombre important de plaignants résidant sur ce secteur (138 domiciliées sur le ressort de la cour d'appel de Rennes dont 100 dans le Morbihan), le parquet de La Rochelle s'est dessaisi du dossier au profit du parquet de Lorient. 
 

"Le délai d'enquête s'annonce encore long"


Le procureur de Lorient peut décider de confier une information judiciaire à un juge d'instruction ce qui rendrait possible une nouvelle mise en examen du médecin.

"Compte-tenu du nombre de faits et de victimes potentielles recensées, le délai d'enquête s'annonce encore long et l'ouverture d'une information judiciaire n'est pas encore d'actualité", a cependant précisé dans un communiqué la procureure de la République à Lorient, Laureline Peyrefitte.

Et de préciser que "les investigations s’attacheront notamment à poursuivre l’identification et l’audition de l’ensemble des personnes victimes des faits portés à la connaissance des autorités judiciaires, et de vérifier leur réalité. Des auditions, notamment du personnel hospitalier et des différents employeurs, des réquisitions et expertises seront ainsi diligentées sous l’égide du parquet de Lorient, avant d’envisager l’ouverture d’une information judiciaire".
 

200 noms d'enfants dans des carnets personnels


C'est lors de l'instruction sur le premier volet du dossier, que les enquêteurs sont tombés sur des carnets personnels au domicile du suspect, au cours d'une perquisition. Sur ces pages manuscrites, le chirurgien a compilé plus de 200 profils d'enfants. Il y décrit le physique des enfants, les habits qu'ils portent puis les sévices qu'il leur aurait fait subir. C'est suite à cette découverte que la deuxième instruction a alors été ouverte. L'avocat de Joël Le Scouarnec défend son client en déclarant que ces notes relèveraient du "fantasme" de son auteur et que les faits décrits ne sont pas avérés.

Des images pédopornographiques, des poupées cachées dans le plancher et des perruques avaient également été retrouvées.
 

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