Retraites : "Embarquer jusqu'à 64 ans, c'est même pas envisageable", les gens de mer veulent défendre leur statut

Les gens de mer, du monde de la pêche à la marine marchande, entendent défendre leur régime de retraite, "le système le plus ancien mais le plus égalitaire", et seront mobilisés mardi à l'occasion de la nouvelle journée d'action.

© JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Les deux principaux syndicats du secteur, CFDT et CGT, sont sur la même ligne concernant l'âge de départ à la retraite: "nous voulons maintenir le départ à 55 ans après 37,5 années de cotisation (...) avec le même statut en mer et à terre", explique à l'AFP Thierry Le Guével, secrétaire général de l'Union Fédérale Maritime (UFM) CFDT. 

Le gouvernement "parlait de comptabiliser seulement le temps passé en mer (pour le calcul des retraites, ndlr). Ça nous ferait partir à 70 ans ! Nous, on veut garder notre système (...) Embarquer jusqu'à 64 ans, c'est même pas envisageable", affirme Pierrick Samson, nouveau secrétaire général de la Fédération nationale des syndicats maritimes (FNSM) CGT.

L'UFM CFDT appelle dans un tract à la mobilisation mardi et "souhaite affirmer son attachement à un régime universel de retraite juste et solidaire prenant pleinement en compte toutes les spécificités du métier de marin", à l'instar de la FNSM CGT qui appelle tous les marins "à se mobiliser à partir du 17 décembre, dans les actions de grève reconductible, dans les manifestations, pour clamer haut et fort : Macron-Delevoye, votre projet retraite, c'est non !!!".

Concrètement les marins embarqués ne peuvent pas se mettre en grève, "ne serait-ce que pour des raisons de sécurité". Mais "tous les ports seront en grève à partir du 17, sauf Marseille qui débutera le 18", indique le responsable CGT, en espérant que le mouvement tienne jusqu'au 19, date à laquelle une nouvelle réunion est prévue à Paris avec les autorités.
 


"84 heures par semaine" 


"On a le système le plus ancien mais le plus égalitaire (...) On veut aussi être rassurés sur les pensions de réversion", explique Thierry Le Guével, rappelant au passage que le métier de marin "est dix fois plus accidentogène que le BTP". A ce sujet, "les moyens ne sont pas mis en prévention", estime-t-il. Concernant le déficit de ce système de retraite, il considère que "le vrai problème, ce sont les exonérations de charge dont bénéficient les employeurs".
 
"S'il y avait plus de marins français, il y aurait plus de cotisations", renchérit Pierrick Samson, selon lequel "beaucoup d'écoles maritimes ont fermé et il n'y a plus assez de jeunes formés". A titre d'exemple, il cite la compagnie de transport maritime CMA/CGM qui, dit-il, a "beaucoup de mal à recruter des officiers français".

Enfin, la CFDT rappelle que "le Code des transports impose aux marins une situation dérogatoire au Code du travail (...): possibilité de travailler 14 heures par jour, 84 heures par semaine, report à six mois du repos hebdomadaire possible, minimum de 48 heures de travail par semaine (...) En 17 ans, un marin est à disposition de son employeur plus qu'un salarié du régime général qui aurait travaillé 1607 heures par an pendant 42 ans", ce qui fait que ses droits à la retraite "sont calculés sur la base d'un salaire forfaitaire en lien avec la fonction occupée".

"S'il fallait aligner la retraite des marins sur celle du régime général, il faudrait aussi aligner les conditions de travail applicables aux marins sur celles du régime général, ce qui paralyserait toute l'activité économique maritime", relève encore le syndicat.

Au total, selon la CFDT, 37 000 personnes, hors retraités, sont assujetties au régime ENIM, l'établissement public qui gère le régime spécial de sécurité sociale des gens de mer.
          
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