Trop rare curare : la chirurgie s'adapte et mise davantage sur l'anesthésie locale

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Écrit par Thierry Bréhier
Opération sous anesthésie locale pour ce patient, au centre hospitalier de Saint-Grégoire (35)
Opération sous anesthésie locale pour ce patient, au centre hospitalier de Saint-Grégoire (35) © T. Bréhier - France Télévisions

Nouveauté opératoire au CHP Saint-Grégoire, conséquence, heureuse cette fois, de l'épidémie : les produits nécessaires à l'anesthésie ayant été réservés en priorité à la réanimation, les praticiens ont dû s'adapter, et ont tenté, avec succès, de remplacer des anesthésies générales par des locales.

Quand la pénurie pousse à la créativité. Au printemps dernier dans tous les hôpitaux, les anesthésistes avaient été soumis à des restrictions sur leurs produits de travail, qui devaient en priorité être affectés aux services de réanimation, de cancérologie et d’urgence. Le curare devenait rare

Conséquence directe, de nombreuses opérations non-urgentes étaient déprogrammées et reportées, ce qui mettait en péril leur taux de réussite, ce que les praticiens appellent "la perte de chances". Particulièrement touchée, l’orthopédie : des opérations pourtant presque de routine, étaient ainsi retardées sine die, au détriment du bien-être des patients, et donc de leur capacité à recouvrer un fonctionnement normal.


Davantage miser sur les anesthésies locales 


Alors au centre Hospitalier Privé de Saint-Grégoire, anesthésistes et chirurgiens se sont concertés pour chercher des solutions : comment faire autant et aussi bien, avec des moyens momentanément limités ? Une solution est vite apparue : remplacer les anesthésies générales par des anesthésies locales ou loco-régionales, moins gourmandes en produits anesthésiants et anti-douleur, à chaque fois que la pathologie ou le type d’intervention le permettait.

Avec l’accord des patients, et en général sur des pathologies simples, l’expérience a donc été tentée, et couronnée de succès. L’anesthésie locale, jusque-là utilisée pour des opérations des pieds ou de la main, est vite devenue la règle aussi pour celles l’épaule, 90% des interventions aujourd’hui.

Le docteur Alain Meyer, anesthésiste-réanimateur, dit aujourd’hui : "Il a fallu changer l’utilisation ou la concentration des produits, et gérer différemment l’équilibre entre anti-douleur et anesthésiants". Par ailleurs, pour compléter le dispositif, une légère sédation par anxiolytique est administrée, pour permettre au patient d’appréhender plus sereinement la durée de l’opération.
 

Je sentais certains mouvements, mais aucune douleur

Joseph, après une intervention chirurgicale à l'épaule

Un patient conscient


A 66 ans, Joseph est ainsi passé mi-novembre sur le billard pour une réparation par arthroscopie de la coiffe, les tendons rotateurs de son épaule droite. Pendant toute l’opération d’une quarantaine de minutes, il est donc resté conscient, capable d’exprimer la moindre sensation, et de comprendre les explications du chirurgien au fur et à mesure de l’intervention.
 
A noter que pendant la durée de l’opération, Joseph, "isolé" par un champ opératoire (un tissu tendu entre son visage et son épaule), ne pouvait voir directement les gestes du chirurgien, mais qu’il pouvait suivre sur écran l’image de la caméra arthroscopique.

Le Docteur Laurent Baverel, chirurgien-orthopédiste précise : "Ce qui change évidemment, c’est que le patient est éveillé pendant l’opération. On peut lui parler, lui poser des questions. On inter-agit et lui-même pose des questions, on lui répond, on lui explique pourquoi de temps en temps, on met un coup de marteau, pourquoi de temps en temps, il sent l’épaule tirer... Mais le geste chirurgical à la fin doit être le même."

Ensuite, au lieu de passer 1h30 en salle de réveil comme il aurait dû le faire après une anesthésie générale, Joseph n’y restera qu’une quinzaine de minutes avant de repartir chez lui. Un gain de temps, de sécurité, et de confort pour le patient, donc, qui rejaillit sur l’ensemble du système de soins. Les praticiens n’y voient pour l’instant que des avantages, d’autant que l’acte médical proprement dit reste inchangé.

Aujourd’hui, il n’est plus question de revenir aux protocoles anesthésiques antérieurs. Le dispositif est même déjà envisagé pour d’autres interventions dans d’autres domaines. Par ailleurs, certaines opérations jusque-là impossibles pour certains patients pour cause d’incompatibilité allergique à l’anesthésie générale, leur seront désormais plus accessibles. Des changements qui bien sûr demanderont toujours l’approbation des patients qui garderont le choix.

 

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