VIDEO inédite. Loin des écrans, des réseaux sociaux, une troupe d’adolescents du Cap Sizun navigue de port en port pour présenter leur spectacle itinérant en mer d’Iroise.

Publié le
Écrit par Sophie Bourhis et Laurie-Anne Courson

C'était en 2021, après le confinement, une petite troupe de jeunes embarque sur La Louisette, un ancien cotre palangrier reconverti en voilier de croisière, pour aller chanter de port en port la liberté enfin retrouvée.

« Un bateau-un spectacle ».  C’est une belle aventure humaine, qui a commencé il y a 7 ans environ lorsque le Centre Nautique de Plouhinec fait l’acquisition de la Louisette, un ancien cotre palangrier. A l’origine de ce projet, Hugues Termeau, le directeur du Club Nautique et Valérie Strullu, professeur de Français au collège de Locquéran. Chaque année, des jeunes créent un spectacle et partent en représentations de port en port à bord de la Louisette, afin de vivre un moment extraordinaire, unique et marquant dans leur vie.  

Au printemps 2021, à la sortie du confinement, pendant 3 mois, une dizaine de jeunes du Collège du Bois de Loquéran, se sont portés volontaires pour vivre cette aventure accompagnés par leur professeur de français, Valérie, et l'auteur compositeur Gabriel de Villeneuve.

La réalisatrice Laurie-Anne Courson les a accompagnés dans ce projet artistique en mer comme à terre. Durant ce périple et après une année de crise sanitaire, les jeunes ont appris à faire sauter les verrous qui briment leur imaginaire et leurs libertés.

Après toutes les incertitudes qui pesaient injustement sur les activités des jeunes depuis des mois à cause du contexte sanitaire, j'ai aimé l'enthousiasme et l'énergie que le Club nautique de Plouhinec déployait pour faire sauter les verrous et accompagner les jeunes à être eux-mêmes, à être libres. J'ai alors embarqué dans l'aventure

Laurie-Anne Courson

Il restera la mer, quand même. Un film de Laurie-Anne Courson, coproduction Aligal Productions dimanche 9 octobre 12h55 sur France 3 Bretagne

Pour voir le film 👇

Retour sur cette aventure avec la réalisatrice

Revenons sur la genèse de ce projet , comment tout cela a t'il démarré? 

Hugues Termeau est le directeur du Club nautique de Plouhinec. Avec sa femme, Valérie Strullu, professeur de français au collège voisin du club nautique, il s'est posé la question suivante : comment faire (re)naviguer le patrimoine maritime du Cap Sizun, au-delà des sorties touristiques qui se limitent à une clientèle argentée ? Comment transmettre l'envie et le savoir-faire de la navigation traditionnelle aux jeunes du Cap qui tournent parfois le dos à la mer ?

Propriétaire de La Louisette, le club nautique a trouvé une idée pour faire retravailler ce cotre palangrier presque centenaire : écrire des chansons dans le cadre des cours de français avec l'aide d'un musicien professionnel, auteur-compositeur. Ensuite, construire un spectacle autour de ces chansons et embarquer ces jeunes pendant une semaine pour qu'ils se produisent de port en port. Le projet « un bateau-un spectacle » vient de naître.  

 

Comment s’est passée la rencontre avec ces jeunes ?

Avant d'embarquer avec cette petite troupe, j'avais rencontré un jeune que la mer avait particulièrement transformé, grâce à l'accompagnement de Hugues. C'était fou de voir combien ce garçon en colère avait trouvé une réelle sérénité sur son kayak. Il vient de gagner le championnat de France le week-end dernier en Gironde, et il a tellement grandi au contact de Hugues.  Hugues est un magicien, j'en suis sûre!

J'ai donc eu envie de voir comment il faisait, alors j'ai embarqué: je ne peux pas dire que le changement a été aussi radical pour les 11 jeunes qui sont partis, car aucun n'avait réellement de souci criant. En revanche, ce qui est certain, c'est qu'avec la complicité de Valérie qui amène sans cesse ces jeunes à réfléchir, à se positionner, à assumer leur choix et leurs envies, tous ont grandi. Et le discours de Valérie est tellement fort que pour une fois, j'ai eu envie d'en faire la trame générale. La voix off. Celle qui guide les jeunes dans les méandres de l'adolescence, cette période que j'adore filmer. Avec, au bout du chemin, une quête: la liberté, d'autant plus précieuse, qu'elle a été vraiment malmenée ces derniers mois.

 

Les jeunes ont-ils rapidement trouvé leurs places, leurs rôles à bord ?

Oui, c'est drôle, chacun a trouvé sa place. Mathéo s'en est aperçu le soir de l'avant-première: "c'est marrant, je ne suis pas très bateau, moi, je suis plutôt chanson. Et dans le film  je vois que je suis toujours assis, sur le bateau. Je n'ai jamais hissé une voile. Contrairement à Hugo, qui, lui, redoutait les concerts et qui est toujours actif sur le bateau. Moi, ce que j'ai aimé dans le projet, c'est vraiment les spectacles, ça se voit!". Yuna et Matthias barraient, Carmen godillait magnifiquement la petite annexe, Naïa et Noémie géraient les virements de bord...  

 

Ont-ils accepté facilement d’être suivis par une caméra ?

Oui, super facilement! Ils sont tellement habitués à l'image, partout, tout le temps. Marguerite Duras, qui inspira ce film, avait vu juste. Dès 1985, elle prédisait un monde cauchemardesque, envahi d'écran ! 

En voyant ces jeunes calfeutrés derrière leurs masques, j'ai vraiment pris conscience que la mer était le dernier espace de liberté sur terre. Et la célèbre réplique de l'écrivaine m'est revenue: "Il restera la mer, quand même". Ouf !

 

Ont-ils évolué, se sont-ils libérés au fur et à mesure des représentations ?

Enormément! Valérie le dit dans le film : rien que taper dans ses doigts tous ensemble, c'était pas facile au début. Alors, quand on les voit danser accrochés les uns aux autres, le dernier soir à Concarneau, on se dit que oui, ils ont évolué. Mathéo aussi le souligne: "Je m'en fous maintenant. Je préfère m'amuser et danser, même si mes potes me regardent, plutôt que de rester dans un coin, les bras croisés, à m'ennuyer!"

 

Quelles ont été leurs réactions quand ils se sont vus, lors de l’avant-première ?

Six sont venus, un n'a pas répondu, deux travaillaient, et deux ont eu peur en voyant l'abri du marin plein à craquer. S'ils ont clairement appris à assumer qui ils sont lors de ce séjour, ils ont, pour certains, encore du mal à accepter de s'afficher sur grand écran. Je les comprends. J'ai été particulièrement touchée par Hugo, qui a fini par rentrer discrètement dans la salle noire, sitôt le film lancé. Hugo, dont la maman se confie le soir du dernier concert en disant: "Je vois son regard qui cherche le mien et semble me dire: c'est bon, maman. Rassure-toi. C'était dur, mais je l'ai fait. Je suis sur scène. La transformation est en marche et c'est chouette". 

A la fin de la projection, je les ai trouvés tous les deux, collés l'un contre l'autre, au fond de la salle!

 

Ce qui m’a touchée dans ce projet aussi c’est de rencontrer véritablement La Louisette, et vivre une semaine sur cet ancien cotre palangrier, presque centenaire, que les jeunes de Plouhinec connaissent et respectent comme une grand-mère. Voir des jeunes naviguer sur un patrimoine historique, c'est pour moi la plus belle façon d'écrire le passé au futur.

Laurie-Anne Courson

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