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« Minkul Mi Nlem » recueil de poésies de Marie-Rose Abomo-Maurin

Marie-Rose Abomo-Maurin, enseignante chercheuse et écrivain / © France 3 Centre
Marie-Rose Abomo-Maurin, enseignante chercheuse et écrivain / © France 3 Centre

Minkul Mi Nlem, expression camerounaise signifiant « Épines de mon espoir », recueil de poèmes de M.R. Abomo-Maurin écartelé entre nostalgie — piroguiers voguant torses nus sur les eaux du Wouri — et présent : Notre monde, nous l’avons choisi, Notre vie nous l’avons adaptée..

Par A.L / Bernard Henninger

 
   Marie-Rose Abomo-Maurin, poète, camerounaise d’origine s’est installée à Orléans depuis des années, elle nous interpelle grâce à ce beau recueil :
                     « MINKUL MI NLEM, épines de mon espoir »
 

© Arnaud Réguigne
© Arnaud Réguigne


   Modeste dans sa présentation, ce livret bref et dense nous invite avec simplicité à visiter des pans entiers de la vie de cette émigrée.
Née au Cameroun, dans la ville de Sangmelima — soit à une distance de plus de 5000 km à vol d’oiseau de la France —, Marie-Rose Abomo-Maurin est partie de son pays, sans que le recueil nous dise la date et la raison de cette émigration, que l’on peut supposer inévitable.
Sa poésie se concentre sur le comment de cette émigration : l’arrachement à sa famille, à son pays, l’étonnement perpétuel ressenti dans cette France, qui lui était une terre étrangère, et bien davantage, et dont elle avait appris par ses écoles, par ses manuels, les valeurs, la culture et la langue.

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   Pour les fondations littéraires, il y a évidemment la négritude, mouvement typiquement francophone né en Afrique, dont elle cite avec bonheur les pères, au hasard du cheminement d’un poème :

. Birago Diop, qui traduisit en français des contes issus de la culture orale sénégalaise : 

         « Ceux qui sont morts ne sont jamais partis...
         Les morts ne sont pas sous la terre
         Ils sont dans la forêt, ils sont dans la demeure :                                        
         Les morts ne sont pas morts. » (page 126)

. Léopold Sedar Senghor :

         « Je confonds toujours l’enfance et l’Eden
         Comme je mêle la mort et la vie
         Un pont de douceur les relie. » (page 125)

Mongo Beti, écrivain camerounais / ©

et surtout le grand écrivain camerounais Mongo Beti, dont elle évoque la séduction qu’il a exercé sur sa jeunesse et dont la pensée et l’humanisme persistent à travers son âge adulte. Ces pères littéraires, ne sont pas des statues figées pour l’éternité, mais les racines de sa culture, ceux qui lui ont permis d’écrire, et dont la littérature reste un encouragement de tous les jours à s’épanouir en littérature. Toutefois, il serait exagéré de réduire le recueil à cette seule dimension de la négritude, les pères littéraires sont le début de sa vocation, pas son aboutissement. 

La poésie de Marie-Rose Abomo-Maurin, née au Cameroun se révèle et prend toute son ampleur, dans le voyage, sur le chemin de la migration et de l’acclimatation, traversé par les thèmes de l’intimité :

  • L’ANGOISSE :

         « Bientôt, la nuit enveloppera la terre
         Terre de mes ancêtres, terre de mon existence,
         Existence qui pleure, monde du déficit du rire
         Rire dans les ténèbres de notre terre en souffrance... »
 

  • LE DÉCHIREMENT :

         « Être née africaine
         Avoir consommé dans ce continent natal
         Et son enfance et sa jeunesse
         S’y être fait des amis
         Pour un jour tout quitter
         Et s’installer dans ces pays
         Où toutes les maisons tournent le dos à la rue
         Bon dieu, que c’est difficile ! »

  •  Le regard amusé/ironique

    sur des enfants de la consommation, qui ne sauront jamais la pauvreté à laquelle ils ont échappé :

         « Ils mangent à leur faim
         Ils boivent tous les jours
         Ils sont couverts, chaussés, vêtus...

Puis elle revient vers cette communauté qui n’en est pas une. Cette assemblée hétéroclite de tous ceux qui comme elle, ont parcouru cette route qui va du Tropique du Cancer aux lattitudes tempérées, des pays qui connaissent les chaleurs de l’équateur, vers ce monde froid, humide et chargé de menaces invisibles, les maladies, véritables épreuves de l’émigré, laissant sur son chemin tant de compagnons de route :

  • MES VIEUX

         « Ils ont travaillé toute leur vie
         l’espoir d’un retour au pays
         multipliait
         prodigieusement leurs forces
 
         Ils ont supporté la solitude
         Le célibat d’hommes mariés
         dont la femme reste muette et digne
         dans une attente patiente et
         éternelle d’un retour
         qui ne s’accomplira pas
 
Enfin, et nous arrivons ici à la partie la plus importante de la poésie de Marie-Rose Abomo-Maurin, il y a la mort, les morts, ceux que l’acclimatation a fauché, ceux qui se sont perclus de solitude, ceux pour qui l’arrachement est devenu intolérable, alors la terre de la migration — la terre du travail — devient le chemin d’une mort cruelle, aux pièges subtiles, aux espoirs toujours déçus, piège infernal dont seul l’hommage aux morts peut adoucir la peine : 
 

  • A MES CAMEROUNAIS MORTS A ORLÉANS

         « Ils étaient si nombreux,
         Ils étaient si malheureux
         Francis, mort mystérieusement
         Akono, se pendant dans la douleur
         Amougou se noyant au Sénégal
         Lydie se taillant les veines
         Valérie avalant du désherbant...
         Le voisin déclare de mauvaises odeurs
         Dans la chambre de sa voisine : c’est Mimi !
 
 Les mouvements de migration de l’Afrique ont engendré une véritable culture, possédant ses codes, ses valeurs et traduisant les différentes phases que connurent chacun de ses émigrés, afin de s’acclimater dans un pays si différent du leur et qui leur donne une communauté, une véritable culture de la migration.
   La poésie de Marie-Rose Abomo-Maurin ne cesse de voyager en âme et en sensibilité entre Sangmelima, préfecture du sud du Cameroun et banlieue orléanaise, évoquant la forêt tropicale et se glaçant aux humides forêts de Sologne, entre « Piroguiers voguant torses nus sur les eaux du Wouri » et Loire aux paresseux méandres.
   Les interminables banlieues ne font que rehausser le charme et la douceur du souvenir du village natal de Nkol Assok. Nous arrivons sans doute à cette découverte étonnante qu’au-delà de la référence à l’Afrique, se crée sous nos yeux une poétique de la nostalgie, et qu’un autre nom, très français, vient subtilement changer le regard poétique, oui, il y a du Joachim du Bellay, dans cette poésie : le rêve du petit Liré s’incline devant le village de Nkol Assoc, le Loire gaulois s’efface devant le fleuve Wouri, et le doux parler angevin s’incline devant le parler Boulou... 
 

« la doulceur angevine et parler Boulou » / © Arnaud Réguigne
« la doulceur angevine et parler Boulou » / © Arnaud Réguigne

     Comme le vent qui éparpille les pétales des fleurs,
     Laissant à la tige un morne aspect,
     Comme l’eau qui heurte les rochers,
     Puis s’écoule lentement versl’embouchure,
     La vie passe
     Mais parfois se brise brutalement
     Anors qu’on n’a que vingt ans.
     La maladie t’emporte
     Au moment où tes rêves sont encore nombreux :
     Rêve de réussir tes études,
     Rêve de gagner ta vie,
     Rêve de repartir en Afrique,
     Montrer
     Que tu as su dompter la France
     Que tu as été plus forte que l’hiver le plus rigoureux
     Que tu as battu ceux qui t’opposaient
     Leur comportement raciste
     Que tu as triomphé de la faim et de la misère estudiantine
     Du désespoir qui fait plier ces jeunes venus d’Afrique
     Et les acculent à la démission.

   On ne saurait retarder le moment de découvrir la poésie de Marie-Rose Abomo-Maurin et de ses « Minkul Mi Nlem »

>>> revoir le portrait de Marie-Rose que lui ont consacré Jean-Pierre Brusseau et Grégoire Grichois le 8  mars 2013 pour « La journée de la femme »

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Portrait d'une femme africaine : Maire-Rose Abomo-Maurin, enseignante chercheuse et écrivain


 

 

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