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Anneau de Jeanne d'Arc : deux historiens comparaissent pour diffamation

L'anneau de Jeanne d'Arc au coeur d'une querelle entre le fondateur du Puy du Fou et deux historiens. / © JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP
L'anneau de Jeanne d'Arc au coeur d'une querelle entre le fondateur du Puy du Fou et deux historiens. / © JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Ils avaient critiqué "l'utilisation de l'Histoire à des fins [...] économiques", par l'homme politique Philippe de Villiers. 

Par Avec AFP

Deux historiens, au tribunal face à un homme politique, autour d'un anneau qui aurait appartenu à Jeanne d'Arc : le scénario est inhabituel. Les médiévistes William Blanc et Christophe Naudin ont comparu pour diffamation pour leur tribune "Comment Philippe de Villiers récupère le mythe de Jeanne d'Arc".


Un anneau chèrement acquis


En mars 2016, le parc vendéen du Puy du Fou avait acquis, pour plus de 375 000 euros, un anneau qui aurait appartenu à la pucelle d'Orléans lors d'une vente aux enchères à Londres. Philippe de Villiers, le fondateur du site touristique, l'avait ensuite présenté en grande pompe dans l'enceinte du parc, devant quelque 5000 personnes. 

L'objet est utilisé comme "attraction principale dans un spectacle" du Puy du Fou et est, le reste du temps, exposé dans une chapelle du château, à l'extérieur du parc.
 

Utilisation de l'Histoire


Dans leur tribune publiée le 25 mars, les historiens William Blanc et Christophe Naudin revenaient sur l'utilisation de cet objet et de la figure historique de Jeanne d'Arc par l'ex-candidat souverainiste à la présidentielle au bénéfice du parc d'attractions vendéen.
           
Les deux scientifiques pointaient notamment, dans cet article d'opinion commandée par le quotidien, un aspect de l'"utilisation symbolique de l'Histoire à des fins mémorielle, politique et économique" qu'ils estimaient mercantile et non scientifique.

Les spécialistes de cette période ne s'accordent en effet pas sur le fait que la bague ait réellement appartenu à la pucelle d'Orléans.
           
"Nous sommes loin d'une démarche scientifique et publique qui souhaite apporter l'Histoire au plus grand nombre à moindres frais", avaient notamment pointé les deux auteurs, critiquant "l'offensive, politique et commerciale, qui marie allègrement un discours identitaire avec une gestion spectaculaire et libérale" de l'objet polémique.
 

Philippe de Villiers réclame 50 000 euros


A la suite de ce texte, William Blanc et Christophe Naudin avaient été attaqués par Philippe de Villiers pour diffamation. 

Emmanuel Tordjman, avocat des deux historiens, a plaidé la relaxe, martelant qu'"aucun fait précis" n'était imputé à Philippe de Villiers et, si ses clients avaient critiqué le "profit considérable" tiré de l'anneau par Philippe de Villiers, ils ne se référaient pas forcément à un aspect financier. 

L'avocat de M. de Villiers, lui, s'est surtout attaché dans sa plaidoirie à redire que son client n'avait "jamais tiré un seul centime" du parc qu'il a créé en 1978.

"Philippe de Villiers ne se présente pas comme un historien scientifique et mais comme un amoureux de l'Histoire de France" voulant donner "le goût de l'Histoire aux petits et aux grands", a-t-il argué.

Pour le préjudice moral causé à son client par l'article, l'avocat a demandé 50.000euros de dommages et intérêts et un euro symbolique au journal Le Monde. Le tribunal correctionnel de Versailles doit rendre sa décision le 17 décembre.
 

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