Le boom de l’écoconstruction en Centre-Val de Loire

Construire de manière écologique, c’est une belle idée. Mais comment ? / © France 3 Centre-Val de Loire
Construire de manière écologique, c’est une belle idée. Mais comment ? / © France 3 Centre-Val de Loire

Maison en paille, maison bulle ou à énergie positive : le développement durable se décline aussi dans le bâtiment...Tour d’horizon, à Montgivray, Châteauneuf-sur-Loire, Saint-Doulchard, Bourges et Tours, de ces nouveaux habitats économes en énergie et en empreinte carbone.
 

Par Corinne Bian Rosa / A.Lps

La maison bulle

Une drôle d’habitation se cache dans le côteau de Montgivray dans l’Indre... La maison bulle ou maison enterrée, c’est le rêve de Philippe Delage. Construite avec du fer, de la terre et du ciment, elle se veut économique et écologique.

Je suis comme le colibri de la légende qui apporte quelques gouttes d’eau pour éteindre l’incendie, je fais ma part !

Orientée plein sud, le soleil vient chauffer et assécher la terre humide pendant 6 mois et restitue la chaleur les six mois suivants.
La maison bulle à Montgivray dans l'Indre / © Corinne Bian Rosa
La maison bulle à Montgivray dans l'Indre / © Corinne Bian Rosa

Les maisons bulle sont nées dans les années soixante, conceptualisées par l’architecte finlandais Antti Lovag qui en a réalisées plusieurs sur la côte d’Azur, dont le célèbre palais bulle de Pierre Cardin.
Aucun angle, seulement de la rondeur, pour être en symbiose avec notre planète.

Nous laissons Philippe Delage à son univers de Barba papa, direction la Beauce et ses champs de blé. C’est un producteur de paille que nous rencontrons.

La maison paille

Didier Thomas a commencé à faire des petits ballots il y a six ans pour les centres équestres. Sur les 240 tonnes de production annuelle, 5% sont aujourd’hui vendus pour la construction. Les ballots doivent avoir une dimension, une pression et un taux d’humidité  précis pour être coulés dans des armatures en bois faisant office de murs.

Les ballots de paille de Didier Thomas, nous les retrouvons à 30 kms chez Léa et son mari à Châteauneuf-sur-Loire dans le Loiret. Ils en ont acheté 560 pour mille euros pour construire leur maison de 150 mètres carrés sur trois niveaux.
Maison en ballots de paille à Châteauneuf-sur-Loire / © Corinne Bian Rosa
Maison en ballots de paille à Châteauneuf-sur-Loire / © Corinne Bian Rosa

Et il n’y a pas que la paille qui est locale. Le pin douglas vient de Sologne, les panneaux de bois ESB de Sully-sur-Loire à 20 kms, et le chanvre de Vendôme à 100 kms de là. Léa et son mari, originaires de Seine Saint Denis, ont commencé à s’intéresser à la paille il y a plusieurs années.

Apprendre avec les autres pour construire soi-même.


Ils ont participé à des chantiers pour les autres avant de se lancer en janvier dernier avec l’aide d'ACCORT-paille, une société coopérative spécialisée dans la promotion des constructions en paille, et de l’Association APPROCHE Paille à Orléans.

La paille est un isolant très performant et peu onéreux… Pour les auto constructeurs, il n’y a quasiment aucune contrainte, mais gare à la revente. Dans les dix ans qui suivent, c’est la garantie décennale qui s’applique  et le vendeur est responsable d’éventuels malfaçons ou dommages.
 

La maison passive bio climatique

Tout le monde n’a pas la patience et la motivation de Léa.
Nous avons rendez-vous à Charost près d’Issoudun avec Thomas Manière, le représentant des maisons Bebium.

Aux abords de ce village du Berry, s’achève la construction d’une maison passive bio climatique. Ici, pas de terre, ni de paille, rien que des matériaux traditionnels, et du bon sens. La maison est cubique pour mieux répartir la chaleur, avec une baie vitrée de trois mètres de largeur plein sud et une pompe à chaleur. La consommation énergétique est estimée à soixante euros par mois pour quatre personnes.

Coût du pavillon de 72 mètres carrés, 100 000 euros prêt à habiter. Un prix qui augmentera avec l’arrivée de la réglementation thermique 2020 en juillet prochain qui va durcir les conditions d’approvisionnement en matériaux pour une empreinte carbone en baisse, et imposer une performance énergétique bien supérieure à celle en vigueur actuellement.


Construire écolo, c’est une affaire de volonté dans l’habitat collectif aussi. Direction Saint-Doulchard, dans les faubourgs de Bourges.
Cet immeuble de 21 logements sociaux construit  il y a 7 ans fait la fierté de Salim Ghemid, le gardien et le bonheur de ses locataires. Monique Giet est retraitée et elle a quitté son appartement en ville pour ce deux pièces dans la résidence Alta dont elle ne tarit pas d’éloges. Elle n’a pas de nuisances sonores et débourse 11 euros par mois pour sa production d’eau chaude son chauffage et son électricité. Une facture dérisoire et pour cause, seule une  petite chaudière approvisionne les 21 logements.
 

Une copropriété écologique

Ce bâtiment, construit par le bailleur social France Loire, avec l’aide de la communauté urbaine de Bourges + et du Conseil régional, est une première nationale en terme d’écoconstruction de logements sociaux.

Orienté plein sud, il bénéficie d’une quadruple isolation, de triple vitrage et d’une VMC double flux. La chaleur ainsi produite reste dans les logements, ce qui permet aux locataires, qui ont été éduqués à ce nouveau mode de vie, de faire de substantielles économies, à tel point que certains ont pu partir en vacances pour la première fois.

Avec ses panneaux solaires, ce bâtiment passif consomme environ 80 pour cent de moins qu’une construction traditionnelle.
Une construction exemplaire qui a tout de même coûté 25 pour cent plus cher qu’un bâtiment traditionnel. Ce qui explique sans doute que l’expérience n’ait pas été renouvelée, du moins pas encore à ce niveau de performance.
 

Vivre ensemble et protéger les ressources, c’est forcément trouver d’autres solutions.


Notre dernière visite nous emmène à Tours où six familles ont décidé de fonder une copropriété écologique sur un terrain commun.
Les six maisons ont été préfabriquées en usine par l’entreprise Isopaille puis assemblées sur place.
Une copropriété écologique sur un terrain commun.
Les six maisons ont été préfabriquées en usine par l’entreprise Isopaille puis assemblées sur place. / © France 3 Centre-Val de Loire
Une copropriété écologique sur un terrain commun. Les six maisons ont été préfabriquées en usine par l’entreprise Isopaille puis assemblées sur place. / © France 3 Centre-Val de Loire

L’isolation des toitures est en laine de bois. La structure des murs est en paille avec une ossature bois, et le revêtement est entièrement naturel, fait de sable, de paille et d’argile du jardin. Lucie vit avec son mari et ses deux enfants dans 100 mètres carrés.
Là encore, une orientation sud, de grandes baies vitrées, une VMC double flux et un chauffe-eau thermo-régulé.
Cout du mètre carré tout compris, 2600 euros, soit environ 20 pour cent moins cher qu’une construction traditionnelle à Tours.

Bien au-delà des maisons, c’est une autre conception de la vie qui rassemble les familles.
Elles partagent le jardin et son potager, mais aussi un parking à vélo et à voitures et une salle où tout le monde se réunit pour un repas, ou une discussion autour d’un projet de voiture partagée ou de production d’énergie à partir de panneaux solaires. Il y a trois ans que  les habitants de la copropriété inventent un quotidien qui leur ressemble.


Quel est le rôle de l'ADEME en matière d'éco-construction ? Céline Meyniel, spécialiste de l’écoconstruction à l’ADEME Centre –Val de Loire nous en dit plus ▼


« C'est bon pour la planète »

Quelles nouvelles formes de consommation pourraient contribuer à préserver la planète ?
Pratique zéro déchet, développement des éco-logis, remplacement des carburants classiques par l’hydrogène, ce sont les trois thèmes abordés dans l'émission de l'Enquêtes au Centre, mercredi 6 novembre à 23h00.
Denis Gannay-Meyer recevra Benoît Faucheux, conseiller régional écologique en Centre-Val de Loire.



 

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