36 juifs jetés et enterrés vivants dans des puits situés dans le Cher, un crime contre l'humanité classé secret

Après la Libération, le Monde découvre les horreurs de la persécution antisémite pendant la Seconde Guerre mondiale. L'un des épisodes les plus sombres se trouve dans le Berry. Il s'agit du massacre des puits de Guerry à Savigny-en-Septaine aussi appelé la Shoah du Cher.

C'est grâce au témoignage d'un seul homme que ce dramatique évènement a pu être révélé. Charles Krameisen est le seul survivant du massacre des puits de Guerry à Savigny-en-Septaine, qui a eu lieu les 24, 26 juillet et 8 août 1944. 

Sur ses indications, le 20 octobre 1944, on découvre dans un premier puits, près de la ferme inoccupée de Guerry sur le polygone de tir des établissements militaires de la commune de Savigny-en-Septaine, 25 cadavres ensevelis sous des moellons et des sacs de chaux. Quelques jours plus tard, on retirera d'un autre puits les corps de huit femmes, puis ceux de trois hommes.

En tout, 36 personnes, dont 33 font partie des Juifs arrêtés à Saint-Amand-Montrond par la Gestapo et la Milice dans la nuit du 21 au 22 juillet 1944. Deux autres seront identifiés comme étant les frères Juda, Israélites arrêtés par la Milice le 20 juin. L'autre victime, longtemps appelée " l'inconnu des puits de Guerry " sera identifiée plus tard. Il s'agit du docteur Maurice Seiden, Juif résistant.

Un crime contre l'humanité classé secret

Pendant l'été 44, des dizaines de juifs viennent d’être raflés à Saint-Amand Montrond. Ils sont alors détenus à la prison de Bourges. Ils sont en attente d’une déportation vers les camps de la mort. Mais en cette fin juillet pour les Allemands, la priorité est l’évacuation des troupes. Les Alliés avancent, la Gestapo est acculée. Les nazis manquent de trains. La Gestapo du Cher s’occupe alors de l’assassinat d’une partie des prisonniers juifs. Une version locale de la solution finale qui doit rester secrète.

L'abominable massacre des Juifs à Guerry qui relève du crime contre l'humanité, entre dans l'accomplissement du plan d'extermination des Juifs d'Europe, décidé par les nazis. Cette opération, Jean-Yves Ribault, ancien directeur des Archives départementales du Cher, l'a révélé, le 8 juin 2005, dans son intervention au colloque sur les logiques de répression allemande et vichyste de l'été 1944 organisé par la Fondation de la Résistance. 

Extrait de l'émission "Ces Français qui ont choisi Hitler"

Ce sont des ordres venus du Hauptstrumführer Merdsche, Kommandeur de la Sipo-SD d'Orléans, exécutés par les gestapistes de Bourges (Erich Hasse, Paoli) et la Milice, qui sont appliqués aux puits de Guerry. Vingt-huit hommes et huit femmes vont être alors jetés en pleine campagne, dans deux puits, parfois encore vivants, sur le lieu-dit de Guerry. Le plus jeune avait 16 ans, le plus vieux 85 ans. Parmi ces victimes, Charles Krameisen, alors âgé de 43 ans. Seul rescapé, il réussit à s’enfuir et a passé la nuit dans des ronces avant de se réfugier dans une ferme voisine, chez les Guillaumin. Pour l'avoir caché, Camille et Marie Guillaumin aujourd’hui disparus, ont reçu la médaille des Justes, une distinction honorifique délivrée par l’État d’Israël.

80 ans plus tard, les jeunes Berrichons continuent d'effectuer leur devoir de mémoire  

Cet épisode effroyable de la Seconde Guerre mondiale, la délégation militaire du Cher, en partenariat avec l’Éducation nationale, s'assure de le faire découvrir aux jeunes berrichons grâce à des sorties scolaires pédagogiques sur les lieux du drame. "On ne parle pas que de vagues figures en noir et blanc, mais on leur parle d'êtres humains comme eux qui ont été choisis par le hasard de la naissance, explique David Feldmann Président du comité du souvenir de la tragédie des puits de Guerry. Ils étaient au mauvais endroit au mauvais moment et on a décidé pour eux qu'ils étaient des ennemis à détruire. Et des ennemis de races. Ça, c'est le terme qui était employé par les nazis."

Développer ce travail de mémoire, c'est l'objectif du capitaine réserviste Hugues Boyer, en charge de la jeunesse et du rayonnement à la délégation militaire départementale du Cher.

On s'est rendu compte que souvent les jeunes scolaires peuvent aller aux camps d'Auschwitz ou d'autres camps d'extermination. On a ici un site de la Shoah, à 20 minutes de Bourges qui est méconnu et peu utilisé pédagogiquement.

Capitaine Hugues Boyer, en charge de la jeunesse et du rayonnement à délégation militaire du Cher.

"En 1944, ce site a été utilisé par les Allemands pour sa discrétion. Ils ont choisi de faire disparaitre 36 juifs dans des puits avec une volonté de faire oublier. Donc, nous, notre travail, c'est de faire connaître cette histoire et lutter contre l'oubli en faisant venir des scolaires," nous explique le capitaine réserviste Hugues Boyer. 

C'est la troisième année consécutive que ces journées pédagogiques destinées aux élèves de 3ᵉ s'organisent grâce à la délégation militaire du Cher.