Après le massacre de Maillé en 1944, une grande collecte d'archives pour reconstituer la vie du village

Au sud de l'Indre-et-Loire au matin du 25 août 1944, des soldats allemands ont massacré 124 habitants du village de Maillé, âgés de 3 mois à 89 ans. Si ce drame est tombé dans l'oubli pendant 50 ans, les circonstances, les auteurs et le déroulement du massacre sont aujourd'hui bien connus. La maison du souvenir de Maillé reste toutefois en quête de documents permettant de mieux connaître la vie du village et de ses habitants.

Dans le sud de la Touraine, Maillé s'apprête à commémorer cette année les 80 ans du massacre de sa population par des soldats allemands. Un déferlement de violence qui fera 124 victimes, dont 48 enfants, tués par balle ou par arme blanche : le deuxième plus important massacre de population civile, après Oradour-sur-Glane, commis sur le sol français pendant la Seconde guerre mondiale.

Inévitablement, le nombre de témoins directs du massacre s'amenuise chaque année :

"On en a malheureusement enterré pas mal ces derniers temps, confirme Romain Taillefait, directeur de la Maison du souvenir. Il en reste aujourd'hui une petite dizaine, la plupart très jeunes au moment des faits. Il reste Eugénie, notre doyenne, qui avait 18 ans au moment du massacre, et Jacqueline, qui, elle, en avait 17. Elle vit aujourd'hui du côté de Béziers et continue à venir aux commémorations."

Des photos pour humaniser les victimes

Une disparition progressive des derniers témoins de l'horreur qui rend peut-être plus urgente encore la collecte de tout document pouvant apporter un éclairage sur la vie à Maillé, avant, pendant et après le massacre du 25 août.

"On n'attend évidemment pas des éléments qui viendraient bouleverser la compréhension du massacre, explique le directeur de la structure mémorielle. Mais plutôt des archives familiales, des correspondances, toute pièce en lien avec la vie dans le village, et qui permettrait d'humaniser les victimes. L'exemple type étant une photo, de classe ou autre, qui mettrait un visage sur le nom d'une victime. On a le nom des 124 victimes, il n'y a aucun doute là-dessus, mais il en reste beaucoup pour lesquelles on ne dispose pas de photo, on n'a rien pour les incarner."

En regardant cette photo de la famille Confolent, on imagine le père se retrouvant seul, au soir du massacre, avec ce deuil d'une puissance indicible, pour le reste de ses jours. On prend un uppercut, et c'est cela, en fait, humaniser les victimes, confronter les visiteurs à des êtres humains.

Romain Taillefait, directeur Maison du souvenir de Maillé

Pour la commémoration des 80 ans, la Maison du souvenir prépare une exposition "Retrouver la mémoire" où seront présentés autant de portraits que possible, dans un volet hommage aux victimes. 

"Je suis guidé par l'idée de lien, le lien que nous, historiens, structures mémorielles faisons entre les vivants et les morts, entre ceux du passé, ceux d'aujourd'hui et ceux de demain. Et, en termes de lien, un visage qui incarne la victime est le meilleur outil pour amener les gens à se projeter, à se pencher sur cette histoire."

Travailler sur l'oubli

Le second volet du travail enclenché par la Maison du souvenir pour les 80 ans concerne la période d'oubli.

Le village limousin d'Oradour-sur-Glane devient très vite, à la Libération, un symbole national de la barbarie nazie, mais le silence s'installe, durablement, au sujet de Maillé. Pour marquer les esprits, Oradour est laissé à l'état de ruines, tandis que le choix d'une reconstruction rapide à Maillé efface les traces du massacre. Les cérémonies ont lieu en l'absence de personnalités politiques de premier plan et le sujet devient tabou, évoqué, parfois, au sein des familles, mais jamais à l'extérieur.

L'histoire de la Libération en France s'est faite sans Maillé. Une fois que les ouvrages et manuels scolaires ont été écrits, que les historiens ont travaillé en zappant Maillé, il faut que, derrière, quelqu'un accepte de le corriger. Et il très difficile de corriger la mémoire collective.

Romain Taillefait, directeur Maison du souvenir

Ce n'est qu'en 1994 que le massacre est enfin évoqué publiquement. Les archives départementales d'Indre-et-Loire décident de réaliser une exposition sur le 25 août 1944, qui remporte un grand succès. Les témoins commencent à parler et l'association Pour le souvenir de Maillé est créé dans la foulée. Des documentaires sont réalisés et le processus pour la création d'une maison du souvenir est enclenché.

"Lorsque la Maison du souvenir a été ouverte, en 2006, il y avait un gros travail sur le plan factuel, sur le massacre, le déroulement, les responsabilités, reprend le directeur. Aujourd'hui tout cela est bien avancé et il est peut-être temps, 80 ans après les faits, de faire une pause et d'aborder frontalement cette question de l'oubli. Essayer de mettre des mots, de comprendre, de trouver du sens à tout ça."

Outre l'important volet mémoriel, trouver une photographie pour les 34 habitants qui, à l'heure actuelle, restent des victimes sans visage, la collecte vise donc aussi à rassembler toutes sortes de documents concernant les 50 années pendant lesquelles Maillé est resté dans les oubliettes de l'histoire.

"Puisqu'il n'y avait pas de Maison du souvenir, pas de travail mémoriel, nous disposons de peu d'archives, de documents sur cette période d'oubli. Mais il y a forcément des personnes qui ont assisté aux cérémonies, pris des photos, entendu des récits alternatifs..."

Quant à savoir si, ces 30 dernières années, le village de Maillé a enfin retrouvé la place qu'il méritait dans l'Histoire, Romain Taillefait semble dubitatif :

"On verra quelles seront les personnalités du gouvernement présentes à la cérémonie du mois d'août. Sera-t-on encore les parents pauvres des multiples commémorations de l'année 1944 ? Ce sera un bon indicateur."

Pour tout document concernant Maillé, pour un prêt, un don ou une simple consultation, contacter la Maison du souvenir au 02.47.65.24.89, ou par e-mail à l'adresse contact@maisondusouvenir.fr

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