Marathon des Sables : une Sancerroise raconte cette course hors norme

Claudine Amat au Marathon des Sables sous les couleurs du Zonta Club de Bourges, Avril 2015 / © Claudine Amat
Claudine Amat au Marathon des Sables sous les couleurs du Zonta Club de Bourges, Avril 2015 / © Claudine Amat

Il y a 3 mois, nous avions rencontré Claudine Amat, une Sancerroise de 57 ans. Elle était en plein entraînement pour participer à l'une des courses les plus difficiles au monde, le Marathon des Sables qui a lieu chaque année dans le désert marocain. Retour avec elle sur cette expérience incroyable

Par Fabienne Marcel


Chaque année ils sont de plus en plus nombreux à vouloir se lancer le défi : courir 250 km dans les dunes du Sahara, au sud du Maroc.
L’épreuve a lieu en avril, sur 5 jours et chaque coureur est en autosuffisance alimentaire. Autrement dit, non seulement, ils devront lutter contre le sable et la chaleur, mais il leur faudra également porter tout ce dont ils auront besoin pendant l’épreuve : vêtements de rechange, pharmacie, repas... etc. Autant dire qu’il faut être bien entraîné et surtout avoir un mental d’acier. 
En mars, nous avons suivi Claudine Amat lors de la préparation de son premier marathon. Presque 2 mois après la fin de la course qui s’est terminée le 18 avril dernier, nous l’avons rencontré pour qu’elle nous raconte son expérience.

France 3 Centre VDL: La première question qu’on a envie de te poser c’est est-ce que tu as pu finir la course ?

Claudine : Oui j'ai fini la course puisque j'ai fini classée 625ème sur 1390 participants et 50ème fille sur 200 filles. Mon objectif était de tenir jusqu'au bout sans trop me soucier du classement. je ne me suis donc jamais renseignée sur mon classement, ce que je voulais avant tout - après ma première étape de 37 km qui a été très dure - c'était de rester le moins longtemps sur le terrain à courir pour avoir plus de temps pour me reposer. En revanche,  je regrette de ne m'être pas intéressée au classement.... car si j'avais su... j'aurai tapé plus fort pour mettre la « nique » aux 50 coureurs devant moi (Ils ne sont qu'à quelques secondes).

France 3 Centre VDL: Tu étais partie avec l’envie de te découvrir, de te tester, de vivre une expérience presque philosophique. Est-ce que le marathon des sables a été à la hauteur de tes attentes ?

Claudine : Oui le marathon des sables a été à la hauteur de mes attentes et bien plus encore... en revanche, je pense bien me connaître, je savais que là-bas il y aura la « Claudine » qui veut abandonner et l'autre « Claudine » qui, coûte que coûte, ira jusqu'au bout ! Je savais déjà avant de partir qui l'emporterai !
A aucun moment je n'ai regretté d'être là, à aucun moment je m'en suis voulue de m'être inscrite ! Pour ce qui est de l'expérience presque philosophique... c'est carrément un cheminement, un accomplissement, un dépouillement, une sorte de « chemin de croix » .
Ce marathon qui n'a été qu'une parenthèse d'une semaine dans ma vie, est inscrit dans ma chair, mon corps et mon âme à jamais.... J'ai pourtant participé à cinq rallyes des gazelles dont une édition gagnante en 2010, mais jamais je n'ai ressenti ces émotions et ces sensations....
j'ai pleuré, j'ai crié... de joie, de douleur et de liberté ! Cette course dans l'épuisement et la douleur m'a fait regardé autour de moi, m'a fait m'observer... C'est pas facile à expliquer, je pense qu'il faut le vivre.... Mais depuis bientôt 3 mois que je suis revenue, j'ai un autre regard et possède donc, une vision différente de la vie...     

France 3 Centre VDL: Comment s’est passé la course ? As-tu eu des soucis de santé ? des blessures ? 

Claudine : Évidemment la course à été très dure. Dure par la longueur des étapes, dure par la chaleur, dure par les douleurs, dure de porter ce foutu sac à dos, dure par le froid, dure par la tempête de sable, dure de ne pas beaucoup dormir, dure de ne manger que lyophilisé, dure de ménager l'eau distribuée.... Il y avait une étape de 92 km, je suis arrivée à 5 h du matin, j'ai donc couru pendant plus de 20 h. Sur les 10 derniers kilomètres, j'ai été malade, je vomissais, j'avais froid - j'étais en short et manches courtes- il faisait 3 degrés et une tempête de sable à 100 km/h... Et là, je me souviens de mettre dit : « ne pas m'arrêter, ne pas m'arrêter ». Si t'as pas le mental, tu ne tiens pas ! Pire... Il faut oublier que tu as un cerveau !
Question blessures, je m'étais blessée aux ischios trois semaines avant de partir... J'ai dû prendre toutes les 6 heures de « l'ixprim » pour soulager ces douleurs. Je suis revenue avec davantage de douleurs aux ischios (scintigraphie, vendredi prochain).
J'ai eu également terriblement mal aux épaules dû au poids du sac à dos, les bretelles, par le frottement m'ont arraché la peau. Au niveau pied, je n'ai pas trop souffert, j'avais de bonnes chaussures et de bonnes guêtres, je n'ai eu que 4 ampoules et depuis mon retour, je n'ai perdu que 3 ongles.  

France 3 Centre VDL: Comment gère t-on une course comme celle-là ? On imagine que tout est dans le mental…

Claudine : Arrivée au Maroc, en parlant avec tous ceux et celles que je croisais, je me suis mise à douter de moi et de mes capacités. J'étais une des seule à m'être entraînée pendant 3 mois et surtout, j'avais fait cet entraînement seule. Presque tous les coureurs avaient effectué l'entraînement avec un coach. Alors, à la première étape de 37 km, j'ai couru en observant et m'observant... j'ai couru les 37 km un peu trop vite, j'ai eu des maux de tête, parce que je ne prenais pas assez de pastilles de sel. Le premier jour, j'ai donc fait une bonne course au niveau vitesse.... mais il fallait tenir jusqu'au bout. J'ai donc décidé de ralentir un peu pour les autres étapes. J'ai avalé 18 pastilles de sel par jour au lieu de 10 (pour la déshydratation). En tout cas, maintenant, je sais qu'une personne qui n'a pas de mental, mieux vaut aller en vacances aux Caraibes que de courir un MDS. Chaque minute qui passe, j'ai eu envie d'abandonner... la chaleur a été horrible pour moi et sans cesse des douleurs apparaissent, mal aux genoux, mal aux hanches, mal aux chevilles. J'ai appris à oublier ces douleurs, mais pas les douleurs aux épaules (celles-ci ont été très douloureuses).

France 3 Centre VDL: Est-ce qu’à un moment tu as eu des doutes quand à franchir la ligne d’arrivée ?

Claudine : J'ai eu le doute, juste avant de prendre le départ de la première étape. Après, à moins qu'un accident arrive, je savais que je passerais la ligne d'arrivée !

France 3 Centre VDL: Tu as dû rencontrer des personnes hors norme lors de ton périple?

Claudine : Oui, je suis revenue avec un carnet d'adresse full ! c'était de purs moments de bonheur. J'ai rencontré des personnes extraordinaires, c'était très riche au niveau relation. En tant que coureurs, il y avait des chirurgiens, des médecins, des avocats, des journalistes, des chefs d'entreprises, des banquiers, etc, mais UN SEUL STATUT... et tous le même, on en bavait, on pleurait, on était sale, on avait mal. Je me suis dit que toutes ces personnes devaient avoir de belles valeurs humaines dans la vie courante. Je n'ai jamais vu autant d'hommes pleurer (je suis invitée en côte d'Ivoire, à île de la Réunion, en Alsace...)

France 3 Centre VDL: Selon toi, qu’est ce qui a été le plus difficile ?

Claudine : Pour moi, c'est la chaleur - 45 degrés sans jamais d'ombre - les djebels à grimper, le MAL AUX EPAULES et évidemment l'étape des 92 km. (NB : la course se passe en 6 étapes de 30 à 90 km).

France 3 Centre VDL: Tu as couru pour une cause qui te tenait à cœur, tu as été soutenue notamment par le Zonta Club ? Cela a été une motivation supplémentaire ? Comment les membres du club t'ont accueilli ?

Claudine : Oui, cela a été un moteur, je courais et j'y pensais presque tout le temps, d'ailleurs je pensais à toutes les personnes qui m'ont fait confiance, et c'est grâce à eux tous à vous tous que j'ai passé la ligne d'arrivée. J'ai couru pour faire évoluer le statut de la femme dans le monde entier. J'ai déjà tenu ma première conférence pour récolter des fonds et je serai en octobre aux Sables d'Olonnes pour en tenir une seconde (organisée par le Zonta club). Tous les membres du club m'ont encouragé, m'ont soutenu... Ils m'ont dit être fiers de mouaaa !!!    

France 3 Centre VDL: Il y a des choses qui t’ont surprise ; auxquelles tu ne t’attendais pas ?   

Claudine : Oui ! les djebels, de grandes montagnes à escalader, et même qu'il a fallu en monter une à la corde et les kilomètres de dunes dans la nuit et le froid.

France 3 Centre VDL: Que vas-tu retenir du marathon des sables ?

Claudine : Que c'est un très grand exploit sportif avec de belles valeurs humaines. Qu'il m'a donné une dimension existentielle de liberté.  

France 3 Centre VDL: On a vu ton portrait quand tu t'entraînais pour le marathon, on sait donc que tu aimes relevé les défis. En as-tu un nouveau en tête ?

Claudine : Oui, en octobre, je vais participer au Raid des Amazones. Ce dernier se déroule à Bali et s'effectue en équipe de trois. Et déjà me trotte dans la tête pour 2016, la Diagonale des fous à l'Ile de la Réunion...



Une Sancerroise au Marathon des Sables

 

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