Confinement : les galeries d'art sont fragilisées par la crise du coronavirus

Avec le confinement, tous les commerces non essentiels ont fermé. C’est le cas des galeries d’art qui ont vu leur chiffre d’affaires s’effondrer. Comment se remettront-elles de cette crise économique ? L’avenir paraît bien sombre pour certaines d’entre elles.

La galerie Olivier Rousseau à Tours
La galerie Olivier Rousseau à Tours © Olivier Rousseau
Les galeries d’art ont fermé le 16 mars dernier privant ainsi de revenus les galeries et les artistes qui y exposent. Financièrement, le confinement s'avère une période problématique pour les galeries qui, en tant que commerce, en subissent les conséquences : elles sont privées de ventes alors que le printemps est une saison de très forte en activité pour ces lieux d'exposition.

Le manque à gagner est très important puisqu'elles ne peuvent pas participer aux nombreuses foires qui ont été annulées et qui leur permettent de vendre. Il n’est pas sûr que toutes se remettront de cette crise économique car depuis le début du confinement, leur chiffre d’affaires est tombé à zéro pour quasiment toutes.

Nombreux sont les galeristes qui espèrent rouvrir après le 11 mai. Dans quelles conditions ?

C’est toute la question doublée d’une autre incertitude : comment le marché va-t-il repartir quand on sait que, historiquement après des crises économiques et financières, l’activité dans les galeries reprend très lentement.
Exposition Rodin / Jeanclos à la galerie Capazza
Exposition Rodin / Jeanclos à la galerie Capazza © Galerie Capazza
Selon le CPGA, le Comité Professionnel des Galeries d’Art, il faut s’inquiéter de la disparition des petites structures dans les 12 mois à venir.

L’histoire rappelle que lors de la crise du marché de l’art en 1991 (après la guerre du Golfe), 46 % des galeries ont fermé entre 1990 et 1994 : la reprise ne fut amorcée qu’à partir de 1995 et ce n’est qu’en 1998 que les deux tiers des galeries redevinrent excédentaires (source CPGA). Les mêmes conséquences se sont produites sur la santé des galeries avec la crise financière de 2008.

Quel que soit le Chiffre d'Affaire réalisé, il y a un impact : les galeries sont fragiles financièrement car elles n’ont pas d’avance de trésorerie.
Peinture de Natacha Dumur - Galerie Olivier Rousseau à Tours
Peinture de Natacha Dumur - Galerie Olivier Rousseau à Tours © Olivier Rousseau
Durant ses semaines de confinement, certaines galeries ont fait un peu de trésorerie en finalisant des ventes ou d'autres ont pu vendre en ligne.

Mais cette pratique demeure très marginale car il n'est pas facile de se mettre à vendre en ligne du jour au lendemain. Et puis, le rapport aux oeuvres, les rencontres entre l’oeuvre et l’acheteur, entre l’artiste et l’acheteur restent fondamentales dans le processus d’achat.

Le Comité Professionnel des Galeries d'Art (CPGA) a mené une enquête auprès de ses adhérents afin d’évaluer l’impact de la crise sanitaire du Covid 19 sur la santé des galeries. Il ressort d’une galerie sur trois pourrait mettre la clé sous la porte dans les 12 mois prochains.

85 % des galeries d’art sont des TPE (Très Petites Entreprises) employant moins de 5 salariés et 52 % d’entre elles déclarent un chiffre d’affaires de moins de 500 000 euros par an (soit 41 600 euros mensuels). (Source CPGA)

Plus d’un tiers des galeries françaises risquent de fermer dans les douze prochains mois sans un plan de relance à long et moyen terme. Le marché de l’art souffre d’un décalage conséquent entre la fin de la crise : les oeuvres d'art sont les dernières choses qu'on recommence à acheter après une crise. Marion Papillon, présidente du CPGA

Foires et salons annulés

Le printemps est une période d’activité forte pour les galeries qui participent pour 42 % d’entre elles aux salons et aux foires (Paris, Bâle ou Bruxelles). Toutes ces manifestations ont été annulées ou reportées.

Pour participer à ces événements, les galeries versent des acomptes pour réserver leur stand. Ces acomptes ne seront pas remboursés par les organisateurs mais transformés en avoirs valables pour l’édition 2021 lorsque les événements sont reportés. Des avoirs qui ne font pas l’affaire des galeristes puisque cela représente des sommes parfois importantes qui sont ainsi immobilisées.

C’est un peu la triple peine : les rentrées d’agent ne se font plus, la trésorerie est en berne et l’argent est immobilisé.

En moyenne, les galeries font 30 % de leur chiffre d‘affaires durant les foires et les salons du printemps mais, pour certaines d’entre elles, ce chiffre peut monter jusqu’à 70 %.

Vers une réouverture à la mi mai ?

Nous sommes des commerçants, nous devrions pouvoir rouvrir à la mi-mai. Nos espaces accueillent peu de personnes en même temps. L'entrée étant libre, il n’y a pas de billeterie et donc pas d’échange de monnaie.

Les règles de distanciation peuvent être facilement appliquées. La seule limitation est de ne pas organiser de vernissage. Marion Papillon du CPGA
 

Exposition Rodin et Jeanclos à la galerie Capazza
Exposition Rodin et Jeanclos à la galerie Capazza © Denis Durand Galerie Capazza

En Centre-Val de Loire

Dans notre région, aucun visiteur n'a franchit les portes de la Galerie Capazza à Nançay dans le Cher.

C'est pourtant au printemps que tout redémarre pour ce lieu d'exposition : Laura et Denis Capazza-Durand lancent la saison avec le vernissage des nouvelles expositions. Les visiteurs s'y pressent durant les week-ends et les jours fériés. Pas cette année.

L'exposition consacrée aux sculpteurs Auguste Rodin et Georges Jeanclos attend les amateurs.
Sculptures de Georges Jeanclos et Auguste Rodin : la méditation ou voix intérieure
Sculptures de Georges Jeanclos et Auguste Rodin : la méditation ou voix intérieure © Denis Durand Galerie Capazza
Cette galerie créée il y a 40 ans compte 7 salariés. Elle a dû se réorganiser et mettre en place le chômage partiel et le télétravail.

Notre activité est à l’arrêt. Nous accueillons en moyenne 10 000 visiteurs chaque année sur entrée payante. Durant le week-end de Pâques, nous avons toujours une très forte affluence.

Tout est en place pour accueillir nos visiteurs avec cette très belle exposition d’oeuvre de Rodin mais c’est année, nos salles d’exposition restent vides. Laura Capazza

A Tours en Indre-et-Loire, Olivier Rousseau a créé sa galerie il y a 6 ans. Ouvert toute l’année, il enchaîne les expositions de peinture, dessin, gravure, photographie ou bien encore céramique. Il a compris le samedi 14 mars en regardant le premier ministre à la télévision qu’il ne rouvrirait pas sa galerie :

C’est une expérience assez étrange de comprendre qu’on ne rouvrira, que la galerie sera fermée jusqu’à nouvel ordre.

Depuis la mi-mars il n' a enregistré aucune rentrée d’argent. Pour lui aussi, il y a loyer et charges à payer. Même s’il pourra reporter certaines échéances si besoin, il ne faut pas que la fermeture dure trop longtemps.

Heureusement pour lui, il a plutôt bien travaillé durant les premiers mois de l’année 2020, il peut voir venir… mais pas trop longtemps. En tant que travailleur indépendant, il espère avoir droit pour le mois d’avril au fonds de solidarité de 1 500 euros, ce qui représenterait pour lui une bouffée d’oxygène.

J’ai des clients fidèles, des amateurs et des collectionneurs qui suivent ce que je propose dans ma galerie, qui suivent les artistes que j’expose. Ils sont attachés au lieu. 
 

L'artiste-peintre Natacha Dumur devant une de ses toiles
L'artiste-peintre Natacha Dumur devant une de ses toiles © Olivier Rousseau
Lui aussi espère rouvrir le 15 mai avec l’exposition qui aurait dû avoir lieu en avril : "Il faudrat juste s’adapter, il n’y aura pas de vernissage."

L’exposition se déroulera du vendredi 15 mai au samedi 20 juin. Intitulée "L’Essentiel", elle présente les dernières oeuvres Natacha Dumur, une artiste tourangelle de 28 ans. La galeriste présentera une série d’une vingtaine d’oeuvre : des pastels secs et des gouaches.

Pour montrer que les artistes continuent à créer dans les ateliers, le galeriste propose aux amateurs une Exposition Inédite... à voir sur le site de la galerie.

Vente aux enchères

C’est pour répondre au cri d'alerte des artistes du Vendômois inquiets pour leur avenir et pris dans des difficultés financières que le commissaires-priseur Aymeric Rouillac a décidé de réaliser une vente aux enchères d’oeuvres artistiques : "Les galeries sont fermées, les salons et les foires sont annulés. Pour les artistes, la situation est compliquée car ils ont besoin de vendre pour vivre. Ils m’ont demandé si je ne pouvais pas organiser une vente aux enchères. Sur le principe, ce n’est pas évident mais je me suis dis : c'est une situation exceptionnelle alors, pourquoi pas ?

Quelques coups de fils plus tard, en collaboration avec le magazine Artension, le CCCOD de Tours (Centre de Création Contemporaine Olivier Debré) et le salon d’art contemporain Puls’Art du Mans (Sarthe), la maison de vente aux enchère Rouillac a organisé une vente : les artistes proposent une oeuvre à mettre aux enchères. Le commissaire-priseur s’engage à ne prendre aucun frais et à reverser les gains aux artistes qui en ont besoin.

Avec le confinement, notre activité s’est arrêtée, nous ne pouvons rien faire. Quitte à être confiné, autant être utile ! Aymeric Rouillac

Une vente aux enchères exceptionnelle organisée au profit des artistes

L’appel a donc été lancé sur les réseau sociaux sous le nom #SoutiensUnArtiste. Le succès a été tel qu’en quelques jours :

Nous avons reçu en quatre jours plus de 500 propositions de toute la France, du Centre-Val de Loire bien sûr mais aussi d’Afrique, d’Asie et d’Amérique. A croire que nous sommes les seuls à proposer ce genre de chose pour soutenir les artistes ! Aymeric Rouillac

Un élan de solidarité

Des artistes très connus et reconnus ont fait des dons : l’artiste-peintre Robert Combas, le photographe-plasticien JR, la photographe Sarah Moon, le plasticien Ernest Pignon-Ernest. D’autres artistes moins connus et qui soufrent moins de la crise ont décidé de participer solidairement en donnant des œuvres au profit de ceux qui en ont davantage besoin.

L’étude de Maître Rouillac a donc mis en place un fonds de soutien avec la Fondation Taylor pour distribuer des chèques de 1000 euros aux artistes qui ont besoin d’agent et qui en feront la demande.

La galerie Capazza de Nançay (18) a donné une photographie de LaO PaZ, une galerie de Deauville a donné des sérigraphies de Banksy, un galeriste parisien a fait don de dessins du peintre Derain...
Photographie de LaO PaZ intitulée Filicaria III
Photographie de LaO PaZ intitulée Filicaria III © Galerie Capazza

Une vente "online" sur le Web

Confinement oblige, la vente aura lieu en ligne, par enchères électroniques, à partir du jeudi 30 avril et jusqu’au 6 mai. La catalogue des œuvres est à voir sur le site de de Maître Rouillac : sculpture, peinture, dessin, photographie. Tous y est classé par ordre alphabétique.

Les amateurs pourront enchérir directement depuis chez eux :
 

La vente s’arrêtera le 6 mai à 15h.

Une vente aux enchères sans aucun frais ni pour le vendeur ni pour l’acheteur

La vente aux enchères se fera sans aucun frais ni pour le vendeur ni pour l’acheteur. 100 % des dons seront reversés aux artistes. C’est un coup de pouce pour les artistes qui se retrouvent sans revenu ni assurance chômage et qui ne pouvent vivre de leur travail en ce moment. C’est symbolique mais cela montre notre attachement à la création. Aymeric Rouillac
 

Le Comité Professionnel des Galeries d’Art
Le Comité Professionnel des Galeries d’Art représente les galeries en France depuis 1947.

En lien permanent avec ses adhérents, il remplit la fonction d'une organisation professionnelle dont l'objectif est de défendre les intérêts de ses acteurs et de veiller au respect des règles déontologiques et éthiques. Il assure une représentativité des galeristes auprès des pouvoirs publics avec lesquels il collabore régulièrement.

Il contribue à l'élaboration des réglementations concernant le marché de l'art et tout particulièrement celles qui concernent les galeries d'art
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