Confinement : les propriétaires de châteaux privés s'attendent à une baisse de plus de 50 % de leur chiffre d'affaires

Publié le Mis à jour le
Écrit par Marine Rondonnier
Le château d'Ussé, dit de la Belle au Bois dormant à Rigny-Ussé en Indre-et-Loire au printemps.
Le château d'Ussé, dit de la Belle au Bois dormant à Rigny-Ussé en Indre-et-Loire au printemps. © Dr/ Stanislas de Blacas

Depuis la fermeture des sites ouverts au public le 17 mars, les propriétaires des châteaux privés du Centre-Val de Loire sont très inquiets. Ils tablent sur une division par deux, au moins, de leur chiffre d'affaires pour 2020. Leur seul espoir ? La réouverture des sites le plus rapidement possible.

On se bat auprès du gouvernement pour pouvoir rouvrir dès le 11 mai. Vu la taille de nos sites, nous pouvons accueillir du public en toute sécurité

Lancelot Guyot est le propriétaire de trois châteaux dont deux dans le Loiret : La Ferté-Saint-Aubin et Saint-Brisson-sur-Loire. "Depuis le début du confinement, on a déjà perdu 300 000 euros sur les trois sites. C'est le budget consacré à la restauration pour les différents châteaux chaque année.

Ce propriétaire est particulièrement inquiet. "On ne sait pas si on va passer le cap. Je table sur une baisse de notre chiffre d'affaires de 60% en 2020. J'ai emprunté 400 000 euros en prêts garantis par l'Etat. Il faudra 5 ans pour le rembourser. Ce qui va geler mes capacités d'investissement pendant les 5 prochaines années."

 Aucuns travaux de restauration possibles pendant plusieurs années


En Indre-et-Loire, le fils du propriétaire du château d'Ussé dit de "la Belle au Bois dormant", est venu s'installer au château pendant le confinement. "Je télétravaille tout en assurant le gardiennage du site." Stanislas de Blacas vit à Bruxelles tout comme son père, le propriétaire du château. Château qui appartient à la famille depuis 1840. "C'est la première fois que le château est fermé depuis 1975, la date de son ouverture au public." 
Le château qui aurait inspiré Charles Perrault pour son conte "La Belle au Bois dormant" accueille chaque année 110 000 visiteurs dont la moitié en juillet-août. "Nous avons 17 personnes en équivalent temps plein que nous avons toutes placées en chômage technique. Il ne reste que quelques jardiniers sur le site pour s'occuper des jardins et de l'entretien. Mais il n'y a jamais plus d'un jardinier à la fois", explique le fils du propriétaire. 

Plantations d'été ou pas ? Un pari à 20 000 euros

Les revenus tirés des entrées des visiteurs servent à payer les salaires et les travaux de restauration.

Il n'y aura aucuns travaux cette année ni l'année prochaine. L'urgence pour nous est de savoir si nous faisons les plantations d'été ou pas. Nous devons décider début mai sans savoir si on pourra rouvrir cet été. C'est un pari risqué.

L'investissement pour les plantations d'été est de 20 000 euros. "On pourrait au moins ouvrir les jardins cet été. Peut-être pas l'intérieur parce qu'il y a des parties médiévales très étroites. Mais si on rouvre les jardins en juillet, ça ira", concède Stanislas de Blacas.

Et il ajoute : "C'est tellement triste de voir ce si beau château vide. C'est un lieu qui a vocation à être ouvert au public. J'espère qu'ils viendront nombreux à la réouverture, même si on sait bien que nous devrons nous passer des 30% de touristes étrangers cette année."  

Si on ne perd que 2,5 millions de chiffre d'affaires, on s'estimera heureux

Depuis le début du confinement, le marquis de Vibraye met la main à la pâte. "Nous avons trois jardiniers à plein temps au lieu de sept. Alors tous les après-midi, je les aide." Le propriétaire du château de Cheverny dans le Loir-et-Cher a mis près de 30 personnes au chômage technique. "Mais pour les jardins et l'entretien, il faut que tout soit prêt si jamais le site peut rouvrir."


L'ouverture de notre patrimoine au public c'est notre ADN. La vie de l'humanité sans culture ce n'est pas de l'humanité.


Charles-Antoine de Vibraye est amoureux fou de son château qui appartient à sa famille depuis six siècles. C'est le premier château privé qui a ouvert au public, c'était en 1922. Depuis, il n'a fermé longtemps que lors de la Seconde guerre mondiale. Le château de Cheverny a servi de modèle au dessinateur Hergé, qui s'en est inspiré pour créer Moulinsart, le domaine du capitaine Haddock dans Tintin. 

Une réouverture parfaitement gérable

Charles-Antoine de Vibraye fait partie de ces propriétaires persuadés qu'avec un peu d'organisation, une réouverture prochaine est possible. "On peut limiter les conditions d'accès au château. On pourrait revenir comme au stade 2 de l'épidémie avec au maximum 200 personnes à l'heure sur tout le site, et des groupes de 30 au compte-goutte dans le château. Nous savons comment faire patienter les gens à un endroit en attendant qu'ils puissent visiter l'intérieur du château." 

En attendant, si le château reste fermé jusqu'à l'été, le marquis s'attend à une baisse de son chiffre d'affaires de 50 % : "Si on ne perd que 2,5 millions d'euros, il faudra s'estimer heureux", nous confie-il. 

Réouverture au 11 mai : une réponse attendue d'ici la fin de semaine

Le propriétaire du château de la Ferté-Saint-Aubin et de Saint-Brisson-sur-Loire dans le Loiret, est membre de l'Association "La Demeure historique" qui regroupe 3000 propriétaires de monuments historiques privés.

"On se bat pour faire entendre notre voix auprès du gouvernement. Nous considérons que vu la taille des sites, il est tout à fait raisonnable d'accueillir du public à partir du 11 mai. L'été, nous accueillons au maximum 300 personnes par jour réparties sur 40 hectares de parc et 6000 m2 de bâti. On est loin des densités de population des gares et des restaurants", explique Lancelot Guyot. "Nous avons proposé un référentiel sanitaire aux autorités pour leur prouver que nous pouvons accueillir du public à partir du 11 mai en toute sécurité." 

Les propriétaires privés attendent une réponse gouvernementale d'ici la fin de semaine. En attendant, l'association "La Demeure Historique" s'associe aux Préventes Solidaires lancées par Dartagnans pour aider les propriétaires de monuments historiques privés à générer de la trésorerie afin de traverser la crise. 

 

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