Coronavirus : en pleine crise, les restaurateurs de la région Centre-Val de Loire en quête de solutions

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Dans l'obligation de fermer leur établissement dans l'urgence, les restaurateurs et les cafetiers parent au plus pressé : gestion de la marchandise, mise au chômage partielle de leurs salariés, reconversion dans la vente à emporter... 

Par Julie Postollec et Sanâa Hasnaoui

Jerry Gras, restaurateur indépendant à Orléans, accuse encore le coup de l'annonce de la fermeture immédiate de tous les cafés et restaurants le 14 mars. 

On sait que la santé prime, il faut qu’on soit tous solidaires. Mais sur la forme c’est dur, on était en plein service, c’est une situation un peu bouleversante et stressante.

Stressante sur plusieurs aspects, en premier lieu la gestion des denrées alimentaires. Jerry Gras a donné ce qui étaient fruits, légumes, salades à son personnel.  

Les autres produits comme le saumon ont été mis au frais.

Mais J’ai eu mon chef au téléphone, ça ne tiendra pas, il faut le donner aux salariés ou autre, on va essayer de ne pas jeter. On travaille que du produit frais donc on est à flux tendu. On a deux ou trois jours d’avance, c’est juste que ça fait mal au cœur de gaspiller.

À Chartres, Didier Hérisson qui gère une crêperie, estime qu’ils sont "peu nombreux à disposer d’un stock pléthorique de denrées périssables. C’est une situation larvée depuis au moins deux semaines. La plupart des restaurateurs ont décidé de s’approvisionner presque au jour le jour pour éviter de perdre la marchandise."

Pas de recettes, pas de salaires

Du côté des pertes financières, les restaurateurs contactés se disent incapables de répondre, mais tentent de gérer la situation

La première chose que j’ai faite lundi matin, insiste Jerry Gras, c’est envoyer un mail à ma banquière. Je vais prendre le temps de tout calculer dans les jours à venir, de faire tous les dossiers administratifs pour les dossiers de chômage partiel, RDV avec le comptable, RDV avec le banquier,

détaille ce restaurateur qui est aussi trésorier de la chambre de commerce du Loiret et membre de l’UMIH.

Il conseille d’ailleurs à chacun de ses confrères chefs d’entreprise de contacter son comptable, son banquier, « d’évaluer sa situation, de préparer son plan d’action sur deux voire trois mois au cas où. Car « On n’a plus de recettes, mais nos charges seront toujours là. Dans les réunions qu’on peut faire, les banquiers sont prêts à ouvrir les lignes de crédit et à étaler les remboursements de prêt. Il va falloir que tout le monde se serre les coudes.

Comme bon nombre de restaurateurs indépendants, il ne va d’ailleurs rien toucher : "Pas de recette, pas de salaire. Après, chaque entrepreneur pense à son entreprise avant lui-même." Un message visiblement entendu par le chef de l’Etat et le gouvernement, puisqu’hier Emmanuel Macron annonçait plusieurs mesures :

S’agissant des entreprises nous mettons en place un dispositif exceptionnel de report de charges fiscales et sociales, de soutien au report d’échéances bancaires et de garantie de l’Etat à hauteur de 300 milliards d’euros pour tous les prêts bancaires contractés auprès des banques.

Pour les indépendants, les petites et moyennes entreprises, "celles qui font face à des difficultés n’auront rien à débourser ni pour les impôts, ni pour les cotisations sociales. Les factures d’eau, de gaz, d’électricité ainsi que les loyers devront être suspendus."

Un fonds de solidarité de 2 milliards d'euros

Un fonds de solidarité sera également créé, dont les contours ont été précisés ce mardi matin par Bruno Le Maire à savoir qu’il s’agit d’une somme de 2 milliards taillé pour un premier mois. Toute entreprise de moins d’un million d'euros de chiffre d'affaires pourra avoir une indemnité forfaitaire de 1500 euros à condition d’avoir fermé sous le coup des mesures sanitaires de distanciation sociale (comme pour les bars et restaurants) ou d’avoir subi une baisse d'au moins 70 % de son chiffre d'affaires en mars sur un an, c'est-à-dire par rapport au même mois de l'année dernière.
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Les travailleurs indépendants, dès lors que cela concerne leur activité principale, auront aussi droit à cette indemnité mensuelle de 1.500 euros

Cela sera-t-il suffisant ? Certains restaurateurs comme Didier Hérisson de Crep’Salads à Chartres réfléchit en tout cas et discute avec ses confrères, pour « faire de la vente à emporter ou de la livraison à domicile via des sociétés comme Deliveroo ou Uber Eats."

Mais on ne sait pas si avec la mesure de confinements, on aura le droit de faire de la vente à emporter.

Il s’est d’ailleurs rapproché de son assureur pour savoir s’il pouvait bénéficier d’une indemnisation.
Je me suis rapproché de mon assureur aujourd’hui on n’est pas qqch qui relève d’un accident comme un problème de plomberie ou sur la voirie. On est dans un sinistre qui n’est pas éligible à l’indemnisation au titre de la perte d’exploitation.

"Une descente aux enfers"

Dans le Loir-et-Cher même constat, ce département comptabilise plus de 1000 établissements hôteliers et restaurants, cafés, discothèques. Depuis quatre semaines , c’est la descente aux enfers. 2020 devait être une bonne année avec l'évènement régional lié à La Renaissance.

La présidente de l’UMIH Loir-Cher, Sabine Ferrand veut « sauver le plus d’entreprises possible,  ne pas les laisser tomber, certains restaurateurs sont complètement perdus ». L’UMIH a lancé une plateforme d’aide afin d’accompagner les restaurateurs dans leurs démarches administratives.
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Sabine Ferrand est inquiète car beaucoup ne survivront pas à un confinement prolongé. Les charges seront reportées mais dès la reprise, les entreprises auront des difficultés par manque de trésorerie. Les salaires seront en partie pris en charge par le chômage partiel à 84%, le reste est à la charge de l’employeur qui n’a plus de recettes depuis plusieurs semaines.



 

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