Coronavirus : la réouverture des écoles inquiète les enseignants et les parents d’élèves du Centre-Val de Loire

Crèches, écoles, collèges et lycées devraient rouvrir “progressivement” à partir du 11 mai. C’est ce qu’a annoncé le président de la République, ce lundi 13 avril. Une annonce qui suscite inquiétude et incompréhension chez les enseignants et parents d’élèves.
À partir du 11 mai, les crèches, écoles, collèges et lycées doivent rouvrir progressivement leurs portes.
À partir du 11 mai, les crèches, écoles, collèges et lycées doivent rouvrir progressivement leurs portes. © Lionel Vadam / MaxPPP
Alors que la rumeur sur la réouverture des écoles en septembre circulait depuis quelques jours, le président de la République a surpris tout le monde. Ce lundi 13 avril, Emmanuel Macron a annoncé la “réouverture progressive des crèches, écoles collèges et lycée” à partir du 11 mai, date jusqu’à laquelle est prolongé le confinement pour lutter contre l’épidémie de coronavirus.

Le chef de l’État a précisé que : “ la situation actuelle creuse les inégalités. Nos enfants doivent pouvoir retrouver le chemin des classes.” Les universités, quant à elles, resteront fermées jusqu’en septembre. 
 

Un retour trop rapide pour les enseignants


En Centre-Val de Loire, cette annonce fait réagir les enseignants, suscitant de nombreuses interrogations. Pour Marie-Paule Savajol, enseignante en lycée professionnel et secrétaire académique de la CGT Educ’action, une réouverture des écoles le 11 mai est prématurée, venant renforcer un “climat anxiogène”. “C’est peut-être une décision intermédiaire pour ne pas annoncer septembre tout de suite”, ose espérer Marie-Paule Savajol. “En l’état actuel, cette annonce ne me paraît pas sérieuse, ni réaliste.” Elle ajoute : “Il est hors de question que les élèves aillent en cours avec la peur au ventre ou que les enseignants soient contaminés par des élèves qui seraient asymptomatiques tout en étant porteurs.”

Même son de cloche du côté de SUD Éducation Loiret. Le co-secrétaire Théo Roumier est déterminé : “Si les écoles doivent rouvrir le 11 mai, ce sera dans des conditions très fermes de sécurité”, assure-t-il.

L’Éducation nationale, c’est plus de 12 millions d’élèves et 1 million de personnels. Il ne faut pas reproduire un espèce de cluster géant, avec une machine à contamination qui rythme la société. Ce serait une catastrophe.
Théo Roumier de SUD Éducation Loiret

 


Des questions laissées sans réponse


Mais alors, comment respecter les règles de distanciation sociale à l’école, à la cantine ou dans le bus ? Sera-t-il possible de fournir des masques à chaque élève et personnel des établissements quotidiennement ? La désinfection des locaux pourra-t-elle avoir lieu régulièrement ? En attendant plus de réponses sur les mesures qui devront accompagner la réouverture des écoles, c’est l’inquiétude qui règne dans le monde enseignant.

Les précisions apportées par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, ce mardi 14 avril sur “un retour progressif” dans les classes avec des “aménagements” pour ne pas “avoir de classes bondées”, n’ont pas réussi à rassurer les enseignants. “Allons-nous travailler sur des demi-journées, des semaines partagés ? Combien d’élèves et de personnels allons-nous faire venir à la fois ?”, interroge Théo Roumier. “C’est un énorme travail de préparation qui doit être réfléchi, établissement par établissement, pour permettre la sécurité sanitaire de tous.”
 
Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse, était l’invité des "4 Vérités" de France 2, mardi 14 avril.
 

“Seuls 40 % de mes élèves me rendent des copies”


La réouverture des écoles est vue avec plus de sérénité du côté du SGEN CFDT Académie Orléans-Tours. “On ne sait pas encore de quelle manière celle-ci se fera, mais on a le temps de se préparer d’ici le 11 mai”, assure son secrétaire académique Michel de Peyret. Ce professeur d’histoire-géographie dans un collège REP+ espère permettre à ses élèves de reprendre rapidement le chemin de l’école, dans des conditions sanitaires “les plus sûrs possibles”. “Certains élèves ont complètement décroché, d’autres ont du mal à travailler chez eux”, justifie-t-il. “Actuellement, seuls 40 % de mes élèves me rendent des copies à distance. Rien ne peut remplacer le contact direct avec eux pour les faire progresser.”


Un avis que partage Alexandra Canourgues, présidente de la FCPE (Fédération des Conseils de Parents d'Elèves) du Loir-et-Cher. “Certes, il faut voir l’aspect sanitaire, mais aussi l’aspect social”, assure-t-elle. “Certains enfants ont envie de retourner à l’école. Certains parents ont également cette même envie.” En effet, certains sont satisfaits que les enfants retournent sur les bancs de l’école, à l’instar de Claire, maman de deux enfants à Châteauneuf en Thymerais (Eure-et-Loir). En télétravail, avec des horaires aménagés, cette collaboratrice d’agence dans un cabinet d’assurance avoue avoir du mal à "assurer le travail et l’école à la maison en même temps”. Elle attendait avec impatience une date de réouverture des écoles, mais reste prudente. “On est quand même dans l’incertitude, quant à la mise en place des gestes barrières. Cela me fait un peu peur, mais je l’expliquerai à mes enfants”.
   

Le risque de ramener le virus à la maison


De nombreux parents craignent que le retour à l’école le 11 mai permette une accélération de la circulation du Covid-19, et que leurs enfants ramènent le virus à la maison. Des inquiétudes remontées à Christophe Pallier, président de la FCPE du Loiret. Et ce père de famille sait de quoi il parle : un enseignant a été testé positif dans l’école primaire de sa fille, à Fleury-les-Aubrais, au retour des vacances d’hiver. “L’établissement a été très réactif, mais ma fille a potentiellement eu le virus de manière asymptomatique, et donc moi aussi. Tant qu’il n’y a pas de dépistage systématique on ne peut pas savoir qui l’a eu, et qui ne l’a pas eu”, s’inquiète celui qui considère également que le 11 mai est “une échéance trop courte pour répondre aux critères sanitaires”.

Le 10 avril, le ministre de l’Éducation avançait l’idée que la reprise de l’école pourrait se faire avec “des différenciations” par régions, selon l’évolution de l’épidémie. Une possibilité que Christophe Pallier prend en compte : “Notre région est peu touchée pour le moment, je pense que la date annoncée n’est qu’une date étape, et que le retour à l’école ne va pas être collectif.” Réponse dans les prochaines semaines.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
covid-19 santé société éducation