La député du Loiret Caroline Janvier est pour la légalisation du cannabis

La député LREM, Caroline Janvier, à l'assemblée nationale, le 20 février 2018. / © IP3 PRESS/MAXPPP
La député LREM, Caroline Janvier, à l'assemblée nationale, le 20 février 2018. / © IP3 PRESS/MAXPPP

L'élue loirétaine s'est dite favorable à la légalisation de la substance "à titre médical comme récréatif", lors de son intervention sur le plateau de LCP, le 22 février.

Par AJ

"Personnellement, je suis pour la légalisation du cannabis". Ca a le mérite d'être clair. Invitée sur le plateau de LCP vendredi 22 février, la député La République en Marche (LREM) du Loiret, Caroline Janvier a été interrogée sur la position qu'elle adopterait si un texte légalisant le cannabis en France devait être voté.

Loin de se débiner, l'élue a donc répondu qu'elle serait favorable à la légalisation de la substance "à titre médical comme récréatif". Bien qu'il s'agisse de deux usages "très différents, qu'il faut traiter de façon très différente".

Elle est la première des 23 députés de la région Centre-Val de Loire à se positionner explicitement sur le sujet depuis le début du quinquennat d'Emmanuel Macron, en mai 2017. En effet, par le passé, les très rares élus de la région à s'être exprimés sur le sujet l'ont fait de manière épisodique, sans réellement se mouiller.

En 2013, le député Les Républicains d'Eure-et-Loir, Olivier Marleix avait réagi aux propos de Vincent Peillon qui, alors ministre de l'éducation nationale, s'était dit favorable à l'usage thérapeutique du cannabis et à la dépénalisation de ce dernier. Olivier Marleix avait alors écrit sur son site "que le cannabis était une drogue qui cause des ravages sur la santé et la vie des jeunes". Avant d'annoncer avoir cosigné avec une quarantaine de député LR un communiqué de presse intitulé "Jusqu'où iront-ils ? Vincent Peillon doit démissionner".

Il est ici important de préciser qu'il s'agissait d'un manifeste contre la dépénalisation et non pas la légalisation du cannabis (voir vocabulaire). Parmi les autres députés LR ayant cosigné le texte, certains étaient issu du Centre-Val de Loire :

Jean-Pierre Door, député du Loiret. Plus récemment, le 17 octobre 2018 lors d'une commission des affaires sociales portant en partie sur la création d'un fonds de lutte contre les addictions liées aux substances psychoactives, le cardiologue de formation a posé la question suivante au groupe La République en Marche : "envisage-t-il dans son programme de légaliser le cannabis comme vient de le faire le Canada ce matin même ?"

Laure de la Raudière, député UDI d'Eure-et-Loir avait également apposé sa signature. Sur la même thématique, en juillet 2018, elle a attiré l'attention de la ministre des solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, sur le développement du commerce du cannabinol (CBD), substance issue de plants de chanvre industriel ayant pour but de relaxer le consommateur et non pas de lui procurer un état d'euphorie. La raison ? Le gouvernement s'était opposé à une dérogation concernant les liquides à vapoter à base de CBD accordée par le ministère de la Santé. Laure de la Raudière avait souhaité connaître la raison de ce changement.


Un avis plus tranché que celui de la ministre de la Santé

Caroline Janvier, qui appartient pourtant à la majorité, se positionne ainsi plutôt à l'encontre de celle actuellement adoptée par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn.

En juin 2018, la ministre déclarait à ce sujet : "je ne suis jamais hostile à ce qui peut soulager les douleurs (...) Je suis contre la légalisation du cannabis parce que je pense que c'est un produit toxique et dangereux, qui entraîne des troubles cognitifs majeurs chez des jeunes, un grand nombre d'accidents de la route... Et on n'est pas en train de lutter comme des fous pour faire en sorte que les Français arrêtent de fumer pour qu'ils se mettent à fumer du cannabis !"

Mais, à l'heure où l'usage du cannabis à des fins thérapeutiques se développe un peu partout dans le monde (une trentaine de pays dont les États-Unis, le Canada, la Thaïlande et 21 pays de l'UE...), la ministre a tempéré en évoquant la possibilité d'utiliser des molécules tirées du cannabis dans l'usage thérapeutique. "Soyons cohérents. On est contre l'usage de ces substances psychoactives, mais on peut avoir une exception thérapeutique quand il s'agit de soulager des gens pour lesquels nous n'avons pas de médicaments. Donc nous travaillons à trouver la fameuse ligne de crête permettant d'être dans le rationnel", avait-elle alors déclaré.

Elle avait également affirmé au micro de RMC en juillet dernier qu'elle n'avait "absolument pas de doctrine arrêtée sur le sujet. Soit c’est utile et nous le ferons, soit les médicaments sous forme de comprimés suffisent et on s’arrêtera là".

Le président de la République, pour sa part, serait "un peu moins" favorable au cannabis thérapeutique (contrairement à sa femme), selon le député LREM Jean-Baptiste Moreau interviewé par L'Obs ce mois-ci.
 

L'ANSM d'accord avec Caroline Janvier

Qu'en pensent les professionnels de la santé ? Le 13 décembre dernier, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a de son côté conclu qu'il serait "pertinent d'autoriser l'usage du cannabis à visée thérapeutique pour les patients dans certaines situations cliniques et en cas de soulagement insuffisant ou d'une mauvaise tolérance des thérapeutiques, médicamenteuses ou non, accessibles (et notamment des spécialités à base de cannabis ou de cannabinoïdes disponibles)".

Et d'ajouter que "cet usage peut être envisagé en complément ou en remplacement de certaines thérapeutiques" et qu'il souhaitait "qu'une évolution de la légalisation soit mise en œuvre". Le 27 décembre, l'agence a émis le souhait qu'une expérimentation puisse être mise en place en France avant la fin 2019.

Dans la suite de son intervention sur LCP, Caroline Janvier a expliqué que "nous devrions, si nous nous engageons dans cette voie, prendre le temps de la mettre en place, et avoir comme seul objectif la préoccupation sanitaire".

Ce que dit la loi concernant le cannabis en France

Le cannabis est un produit classé comme stupéfiant et son usage est interdit, sans qu'il y ait de distinction avec les autres types de drogues.

La loi dispose notamment que "l'usage illicite de l'une des substances ou plantes classées comme stupéfiants est puni d'un an de prison et de 3 750 euros d'amende".

La loi ne fait pas de distinction entre usage thérapeutique et récréatif. Est donc sanctionnable un usage du cannabis pour soulager certaines douleurs chroniques.

Vocabulaire :
-La dépénalisation = suppression des sanctions pénales jusqu'alors encourues pour certains actes.
-La légalisation = rendre une action ou un produit légal dans un cadre posé par l'État.
 

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