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Documentaire. “Les voix de la Chesnaie”, immersion dans une clinique psychiatrique près de Blois

Sonia et les musiciens à la clinique privée de la Chesnaie, à Chailles en Loir-et-Cher / © France 3 Centre-Val de Loire
Sonia et les musiciens à la clinique privée de la Chesnaie, à Chailles en Loir-et-Cher / © France 3 Centre-Val de Loire

Le film documentaire « Les voix de la Chesnaie » réalisé par Alex Venel et Cyrille Vauzelle nous emmène au cœur de la clinique privée de la Chesnaie, à Chailles en Loir-et-Cher, qui pratique la "psychothérapie institutionnelle".

Par Anne Lepais

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C'est quoi le centre de la Chesnaie ?

Une institution psychiatrique en milieu ouvert où les pensionnaires sont tous volontaires.
 

Le patient est une personne qui a besoin de soins et qui s'implique. Les soignants sont des ressources supplémentaires pour l'aider - Julien, moniteur à la Chesnaie


Créée dans les années 50, la clinique pratique la « psychothérapie institutionnelle », une psychiatrie basée sur la déstigmatisation de la maladie et la responsabilisation du patient dans ses soins.

Elle accueille 110 patients à temps plein et 40 en hôpital de jour et s’applique à casser la hiérarchie qui sépare le soignant du soigné et abolit la « blouse blanche ». De même, elle promeut la liberté de mouvement de ses patients, renommés pensionnaires, en supprimant les murs d’enceinte qui entravent la circulation et ainsi l’esprit des malades.

Dernier fondement de la psychothérapie institutionnelle, le « contrat » de la Chesnaie propose aux pensionnaires qui s’y engagent de réaliser un travail quotidien permettant de faire marcher la clinique.

La Chesnaie fonctionne ainsi sur un modèle de semi-autogestion dans lequel le malade possède sa part de responsabilité s’il le souhaite.

Après trois ans de préparation, les réalisateurs se plongent plusieurs semaines en immersion à la Chesnaie.

A travers le quotidien de Guillaume et Sonia, deux pensionnaires schizophrènes, nous découvrons la maladie, mais aussi deux êtres fragiles et touchants qui se battent pour obtenir une existence plus apaisée, entre le rêve de sortir de la clinique et celui de guérir par miracle.
 

Quand la musique donne

« Tous les bateaux, tous les oiseaux » de Michel Plonareff, « Evidemment » de France Gall, « Porque te vas » de Jeanette, « Mon vieux » de Daniel Guichard... Autant de titres chantés pas les résidents du centre de la Chesnaie que l'on appelle ici les pensionnaires et qu'Alex Venel et Cyrille Vauzelle ont suivis, écoutés, et à qui ils ont donné la parole. Ils racontent leur histoire, celle des notes prises lors de leurs discussions et de leur observation au travail.
 

La musique joue un rôle essentiel dans le film - Alex Venel, réalisateur.


À 14h45, une fois par semaine, Julian, l’infirmier qui s’occupe aussi de la cuisine, règle tout seul la batterie et les différents instruments de l’atelier musique. Dehors, certains patients arrivent une demi-heure en avance. Mais pas question de commencer avant 15h00, l’heure c’est l’heure. Guillaume arrive dans les premiers, alors que Sonia arrive essoufflée avec 10 minutes de retard. Chacun choisit une chanson à chanter, en solo ou en duo, accompagné par Florian à la batterie et un autre moniteur à la guitare.

Immersion dans la clinique psychiatrique de la Chesnaie près de Blois


Pour Sonia, difficile de trouver une chanson « qui ne mente pas », car dans son esprit, la plupart des comédiens, chanteurs et écrivains mentent dans leurs écrits, ils ne sont pas sincères. Quand elle monte sur scène pour entamer l’air de « Redemption Song » de Bob Marley, son sourire reste vissé et sa gestuelle indique qu’elle est plus à l’aise. À sa suite, Guillaume commence avec une voix moins juste la chanson « Mon vieux » adressée à son père. En interview posé, il nous confie la difficulté de voir son père abattu par le destin brisé de son fils, que ça lui arrive de le voir pleurer d’avoir un fils qui ne pourra jamais sortir de clinique psychiatrique.

À travers le quotidien de Guillaume et Sonia mais également leurs témoignages, nous découvrirons les difficultés et le véritable combat que mène au jour le jour un schizophrène. Nous avons été marqués par la vie des pensionnaires partagée entre la souffrance, le déni de la pathologie et une lente progression vers l’acceptation des symptômes. Car on ne guérit pas. On se soigne. On apprend à vivre avec la maladie.
 


3 questions aux réalisateurs

Alex Venel, l'un des réalisateurs du film, a répondu à nos questions. Voici ses réponses.

♦ Pourquoi avoir choisi de présenter le centre de la Chesnaie ?

Alex Venel : Je ne connaissais que très peu de choses sur la psychiatrie et le monde de la maladie mentale - encore moins la schizophrénie. Juste les clichés, les stéréotypes liés à la folie et les classiques idées reçues. Cyril était un peu plus familier avec le sujet mais nous étions tous les deux intéressés par l’idée de découvrir s’il existait une manière "alternative" de traiter la maladie mentale. Nous avons donc chercher des établissements qui pratiquaient une façon différente d’aborder ce type de maladie.

Nous avons ainsi découvert la psychothérapie institutionnelle qui a pour objectif, entre autres, d’aborder la folie de manière plus humaine, de destigmatiser celle-ci (par notamment l'absence de port de blouses blanches, des patients traités sur la durée - parfois des décennies avec un quotidien rythmé par des contrats - ils participent aux tâches quotidiennes de la gestion de l’établissement: cuisine, ménage, standard - et des ateliers, pas d’utilisation de contentions lors de crises).
 

Nous souhaitions absolument faire connaître ce lieu, perdu au milieu des bois, et ces pensionnaires tous si attachants, émouvants et aux parcours de vie tellement forts.


De plus, le lieu est "ouvert", les patients ne sont pas enfermés en chambres : il n'y a donc pas de "murs". Les quelques cliniques restantes qui pratiquent encore cette méthode se trouvaient dans la région de Blois. Nous avons donc contacté le directeur de la clinique afin de découvrir par nous mêmes les lieux et le mode de fonctionnement de la Chesnaie et nous avons été accueilli à bras ouverts. Au bout d’une demi-journée sur place, nous savions que nous allions réaliser un documentaire sur cet endroit magnifique, un ancien château, et sur cette façon d'aborder la maladie très atypique et beaucoup plus humaine que ce que le grand public peut imagier.

De plus - et finalement essentiellement - c'est notre rencontre avec les "pensionnaires" (le nom donné aux patients à la Chesnaie) qui nous a énormément touché. C'est devenu évident pour nous : nous souhaitions absolument faire connaître ce lieu, perdu au milieu des bois, et ces pensionnaires tous si attachants, émouvants et aux parcours de vie tellement forts.


♦ Quel souvenir de tournage vous a marqué ?

A. V. : A titre personnel, en dehors de la formidable aventure humaine que représente un tournage en immersion étalé sur presque plus de deux ans, c’est l’atelier musique lors de notre première grosse période de tournage de 3 semaines. En sortant, j’étais ému aux larmes et sans voix. Il y avait une poésie exprimée par chacun des pensionnaires grâce au chant - qui représente pour eux une façon tellement plus naturelle de s’exprimer et de communiquer (leurs peurs, leurs rêves, leurs espoirs...). In fine, la musique joue un rôle essentiel dans le film et c'en est bien évidemment une des raisons principales. Quad on me pose la question du "genre" de documentaire qu'est "Les Voix de la Chesnaie", je réponds un "drame musical".


♦ Est-ce que ce documentaire vous a permis de changer de vision sur le monde de la maladie mentale ?

A. V. : Lors de notre premier départ de la clinique, après 3 semaines, le directeur nous a dit: "Vous ne verrez plus jamais la maladie mentale comme avant. Vous allez voir des fous partout". Il y a un schizophrène sur 100 en France et évidemment, ils ne sont pas tous hospitalisés ou soignés.

J’ai trouvé Sonia, Guillaume, Daniel beaucoup plus "humains" que bon nombre de gens considérés comme non malades. Ils ont souvent beaucoup d’humour, voient la vie et analysent leurs maladies avec une lucidité déconcertante et relativisent finalement énormément les soucis plus communs à tout un chacun. Ils sont pour la plupart très cultivés et ont des prédispositions à l’art (nombreux dessinent, jouent d’un instrument de musique, chantent... ce que la Chesnaie encourage et cela fait même partie de leur philosophie de travail avec les pensionnaires). Ils souffrent juste beaucoup de leurs maladies, qui peut selon les cas, être handicapantes souvent toute au long de la journée.

Je n’avais pas d’avis préconçu sur la maladie mentale car elle m’était inconnue. En ce sens, oui, j’ai un avis aujourd’hui : elle peut se déclarer à tout moment et peut toucher tout le monde. On n’en guérit pas mais on apprend à vivre avec (mieux à la Chesnaie que dans un hôpital spécialisé classique selon moi). A part de très rares cas, les schizophrènes ne sont pas dangereux pour autrui mais pour eux mêmes... typiquement, un schizophrène qui crie dans la rue ne vous hurle pas dessus mais cherche à faire fuir ses hallucinations - qu’elles soient auditives ou visuelles. Leurs crises peuvent être d’une extrême violence mais la Chesnaie propose un contexte plus apaisant et humain, moins anxiogène, qui leur permet de vivre plus ‘normalement’ avec leur maladie.
 

Nous avons filmé les pensionnaire sans artifice - Cyril Vauzelle, réalisateur

De son côté, Cyril Vauzelle, co-réalisateur, ajoute : "La folie nous fait peur car nous ne savons pas ce que c'est. Tout comme les préjugés forgent le racisme, les a priori nourrissent le terreau de la discrimination de la maladie mentale. La folie est une maladie qui fait atrocement souffrir mais elle n'est pas contagieuse. Voilà ce que j'ai un peu plus appris lors de ce documentaire et qui me semblait important de transmettre à travers ce documentaire, en filmant les pensionnaires sans artifice".
 
Un documentaire de 52’ réalisé par Alex Venel et Cyril Vauzelle. Une coproduction France Télévisions et RIDDIM Production
Un documentaire de 52’ réalisé par Alex Venel et Cyril Vauzelle. Une coproduction France Télévisions et RIDDIM Production

« Les voix de la Chesnaie » , immersion dans une clinique psychiatrique près de Blois
Un documentaire de 52’ réalisé par Alex Venel et Cyril Vauzelle.
Une coproduction France Télévisions et RIDDIM Production
À voir le lundi 25 novembre vers 23h00
 

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